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10ème législature : Parlement monocolore ou pas ? Ce qu’en disent Azatassou, Adihou et Amoussou

Les élections législatives du 11 janvier 2026 continuent de susciter de vifs débats dans l’opinion publique béninoise. Une semaine après la proclamation des résultats par la Commission électorale nationale autonome (Céna) et leur confirmation par la Cour constitutionnelle, l’émission Info Hebdo du samedi 24 janvier 2026 sur Esae TV a réuni trois acteurs politiques pour décrypter les enseignements du scrutin il s’agit de Eugène Azatassou, vice-président du parti Les Démocrates (LD), Alain Adihou, ancien ministre, et Distel Amoussou, chroniqueur politique et militant du Bloc républicain (BR). Au cœur des échanges, le faible taux de participation, l’absence de députés d’opposition à la 10ème législature et les implications de cette configuration pour l’avenir de la démocratie béninoise.

Une opposition sans élus

Pour Eugène Azatassou, le principal enseignement des législatives ne se résume pas à l’absence d’élus du parti Les Démocrates à l’Assemblée nationale. « Nous n’avons pas de député, mais ce n’est pas la chose la plus grave. La chose la plus importante, ce sont les irrégularités et l’achat massif de conscience qui ont émaillé les élections », a-t-il affirmé, dénonçant également des difficultés d’organisation ayant, selon lui, contribué à décourager les électeurs. Le vice-président du parti LD estime que la faible participation est devenue une constante depuis 2019 et qu’elle traduit un malaise profond. « Les populations se disent, à quoi bon me déplacer, puisque tout est déjà fait », a-t-il regretté, tout en appelant les citoyens à ne pas céder à la résignation.

Le « taux de non-participation »

Alain Adihou préfère, pour sa part, parler de « taux de non-participation ». Selon lui, près de deux électeurs sur trois boudent désormais les urnes, un phénomène qu’il analyse comme une fatigue démocratique. « La vitalité d’une démocratie se mesure surtout à la participation citoyenne et à la confiance que les citoyens font au système », a-t-il soutenu.

L’ancien ministre rappelle que le désintérêt pour le vote ne date pas d’aujourd’hui, mais qu’il s’est accentué au fil des années, en lien avec les réformes politiques et la perception d’un rétrécissement de l’espace démocratique. « Nous étions cités comme un laboratoire démocratique depuis 1990. Aujourd’hui, nous nous sommes éloignés de ce qui faisait l’honneur de notre démocratie », a-t-il déploré.

Une lecture différente au sein de la mouvance : Face à ces analyses, Distel Amoussou relativise la portée du faible taux de participation. Pour lui, l’essentiel est de poursuivre le travail d’éducation civique sans dramatiser excessivement la situation. « Le vote n’est pas obligatoire dans notre pays. Que quelqu’un vote ou ne vote pas ne pose pas de problème du point de vue de la loi », a-t-il rappelé.

Le chroniqueur politique insiste toutefois sur la nécessité de renforcer la sensibilisation des jeunes. Il confie avoir lui-même été surpris de constater que sa propre fille, pourtant majeure, n’avait pas spontanément envisagé d’aller voter. « Ça veut dire qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Nous devons faire plus d’éducation civique et patriotique », a-t-il reconnu.

Pour Distel Amoussou, les réformes issues du Recensement administratif à vocation d’identification de la population (RAVIP) ont permis d’améliorer la fiabilité du fichier électoral, en intégrant automatiquement les citoyens ayant atteint l’âge de 18 ans.

Un Parlement sans opposition : quelles conséquences ?

La configuration issue des législatives de 2026 conduit à une Assemblée nationale composée exclusivement de députés issus de partis soutenant l’action gouvernementale. Une situation qui suscite des inquiétudes chez Alain Adihou. « Il n’y aura pas de députés d’opposition à l’Assemblée. Mais l’opposition ne disparaîtra pas dans le pays », a-t-il nuancé, tout en appelant les élus à faire preuve de sagesse et d’éthique.

L’ancien ministre estime que la prochaine législature devra s’atteler à la relecture de certaines lois controversées, notamment celles touchant à l’emploi et à la gouvernance. « Auront-ils le courage d’ouvrir ces lois et de remettre un peu d’ordre là-dedans ? C’est à cela qu’ils sont invités », a-t-il lancé.

De son côté, Eugène Azatassou se montre pessimiste quant à la capacité de cette Assemblée à impulser de grandes réformes. « Connaissant la conviction des députés de la mouvance, je ne crois pas que cette Assemblée puisse nous apporter de grandes choses », a-t-il déclaré.

Distel Amoussou défend, quant à lui, une lecture institutionnelle du rôle du parlementaire. « Les députés sont, par essence, les représentants du peuple. Une fois élus, ils doivent parler au nom de tous les Béninois, quelle que soit leur obédience politique », a-t-il affirmé. Il met l’accent sur trois missions majeures ; le vote des lois, le contrôle de l’action gouvernementale et la promotion de la redevabilité. Pour les sept prochaines années, il appelle à faire de la reddition de comptes un pilier central de l’action parlementaire.

Vers une recomposition politique ?

Au-delà des divergences, les trois invités s’accordent sur un point, la scène politique béninoise est appelée à évoluer. Alain Adihou évoque une inévitable recomposition. « Une grande page vient d’être tournée. Nous entrons dans une nouvelle ère », a-t-il estimé.

Distel Amoussou voit, pour sa part, dans les réformes politiques actuelles, les prémices de la consolidation de grands ensembles partisans. « Nous quittons les micro-partis pour aller vers de grands blocs politiques. C’était une vision, et elle est en train de se réaliser », a-t-il soutenu.

Quant à Eugène Azatassou, il annonce des réflexions internes au sein du parti Les Démocrates, sans en dévoiler les contours. « Le parti va se réunir et décider. Vous serez au courant des décisions qui seront prises », a-t-il indiqué.

Romain HESSOU

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