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Jean-Baptiste Elias

36 ans après la Conférence nationale : Jean-Baptiste Elias entre mémoire et vigilance démocratique

Invité de l’émission « L’Invité spécial » sur Matin Libre TV, Dr Jean-Baptiste Elias, président du Front des Organisations Nationales contre la Corruption (FONAC) et délégué à la Conférence nationale de février 1990, a replongé dans les moments décisifs qui ont fondé le renouveau démocratique béninois. Trente-six ans après, son regard oscille entre fierté historique et prudence face aux mutations actuelles du système politique.

Jean-Baptiste Elias

« Nous étions prêts à mourir pour le pays » : Le 19 février 1990 reste, pour Jean-Baptiste Elias, « un souvenir glorieux ». Il évoque d’abord la désignation de Mgr Isidore de Souza à la tête du présidium, saluée par une acclamation unanime. Mais le moment le plus critique survient lorsque les délégués décident de proclamer la Conférence nationale « souveraine ». « Si on allait dynamiter la salle PLM Alédjo, nous étions tous prêts à mourir pour le pays », se souvient-il.

Il raconte l’intervention musclée du colonel Maurice Kouandété, opposé à cette souveraineté, puis les réactions de figures historiques comme Justin Ahomandégbé, Hubert Maga et Émile Derlin Zinsou, qui ont contribué à maintenir le cap.

La phrase restée mémorable de Mgr de Souza résonne encore : « Qu’aucun bain de sang ne nous éclabousse et ne nous emporte dans ses flots. » Finalement, le président Mathieu Kérékou accepte les décisions de la Conférence, ouvrant la voie à la nomination d’un Premier ministre de transition. Jean-Baptiste Elias évoque également le désistement de Me Adrien Houngbédji en faveur de Nicéphore Soglo, scène qu’il qualifie de « magnifique ».

Le Bénin, ancien « modèle démocratique »

Pour le délégué à la Conférence nationale, les deux premières décennies post-1990 ont consacré le Bénin comme « berceau de la démocratie » en Afrique. « Beaucoup de pays ont tenté la conférence nationale. Ça a réussi plus ou moins ailleurs, mais nous avions gardé le cap jusqu’en 2016. » Cependant, il estime que les réformes engagées depuis 2016 ont profondément modifié l’architecture politique héritée de 1990. « Beaucoup de participants à la conférence nationale ne se retrouvent pas. »

Le parrainage, « un changement majeur »

Au cœur de ses préoccupations figure le mécanisme du parrainage des candidats à l’élection présidentielle. « Je l’appelle problème », tranche-t-il. Selon lui, l’obligation d’obtenir le soutien de 186 parrains limite la possibilité pour tout citoyen de se présenter librement devant le peuple. « Quelqu’un qui a des idées novatrices ne peut plus se présenter sans prendre l’angle avec les parrains. » Il reconnaît toutefois que le dispositif doit être évalué dans le temps, « Si la formule donne de bons résultats, pourquoi pas ? Sinon, il faudra l’évaluer. »

Interpellé sur les critiques selon lesquelles la Conférence nationale aurait négligé la question du développement, Jean-Baptiste Elias invite à clarifier les concepts. « Il y en a qui confondent développement, modernisation et embellissement. Ce n’est pas la même chose. » Il insiste sur la continuité de l’État, rappelant que chaque président agit dans une « course de relais ». Il cite les différentes projections stratégiques, notamment « Bénin 2025 Alafia » initié sous Mathieu Kérékou, puis « Bénin 2060 Alafia », pour souligner que la planification à long terme n’est pas une innovation récente. « L’État est une continuité. Chaque dirigeant fait ce que l’ère du temps lui permet de faire. »

Il rappelle qu’à l’époque révolutionnaire, l’internet et le numérique n’existaient pas, contrairement au contexte actuel marqué par l’essor des technologies et de l’intelligence artificielle.

Entre héritage et incertitudes

Trente-six ans après la Conférence nationale, Jean-Baptiste Elias ne renie pas l’élan fondateur de 1990. Il en appelle toutefois aux médias pour raviver la mémoire collective, notamment auprès des jeunes générations. Si le principe de l’alternance demeure un acquis, les modalités actuelles de compétition électorale suscitent, selon lui, des interrogations légitimes.

Le Bénin poursuit son chemin démocratique. Reste à savoir si les réformes engagées consolideront l’héritage de 1990 ou en redessineront durablement les contours. L’histoire, comme toujours, se chargera de l’évaluation.

Romain HESSOU

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