ENSEMBLE PLUS LOIN, SEPTENNAT ET IDEOLOGIE DE MASSE
LE TEMPS DE LA PROMOTION D’UNE VALEUR
Dans notre précédente analyse, nous avons suggéré au Président élu de conduire l’action publique à partir d’une philosophie fondée sur la solidarité. Nous avons alors considéré la valeur principalement sous son angle économique. Dans la présente réflexion nous demandons à l’élu d’en élargir la portée à sa dimension morale, tant elle est susceptible d’influencer en profondeur les comportements individuels et collectifs dans tous les secteurs d’activités et dans les relations sociales.
Généralement, les chefs d’Etat gèrent les affaires publiques en tenant compte des réalités sociales existantes sans chercher à transformer en profondeur les mœurs. En tout état de cause, la durée de leur mandat ainsi que les contraintes de l’exercice du pouvoir ne leur permettent guère de s’y attarder. Mais à présent, nous avons un Président élu dans des conditions particulières.
Un Président singulier
Le Président élu accédera au pouvoir avec des atouts exceptionnels dont aucun Chef d’Etat avant lui n’a bénéficié. Des atouts dans tous les domaines, sans exclusive. Il est le plus jeune président que le Bénin ai jamais connu. Il est entré au gouvernement avec une compétence technique éprouvée dans le secteur privé, enrichie ensuite par une solide expérience du secteur public acquise au contact de la gestion des affaires publiques durant une décennie sans discontinuer à des postes clé de la gouvernance : l’économie et les finances. Son expérience s’est également étendue à la gestion de la Coopération.
Sur le plan politique, il a appris au contact de celui qui lui cède sa place aujourd’hui et qui a su protéger son avènement avec méthode. De mémoire, rares sont les successions aussi soigneusement construites. En outre, la Constitution lui permet d’exercer le pouvoir pendant sept bonnes années, renouvelable le cas échéant. Sa mandature sera la plus longue jamais connue. Grand privilège certes, mais surtout responsabilité majeure qui pèse sur ses épaules et qui ne saurait s’accommoder d’approximations, de tiédeurs ni d’erreurs ; une responsabilité qui appelle rigueur, constance et vision.
Nous lui avons proposé une gouvernance fondée sur la solidarité dans sa dimension économique. Nous lui recommandons à présent d’en faire une valeur transversale embrassant l’ensemble de la société. Pourquoi cette recommandation ?
La raison fondamentale
Elle est à la fois logique et pratique. Une philosophie d’action fondée sur la solidarité ne peut produire ses effets que si le diptyque solidarité-développement s’installe et s’enracine définitivement dans les esprits, et si le peuple en comprend le bien-fondé comme moyen de gouvernance légitimant ainsi l’option stratégique du Président. Pour cela, il est nécessaire de diffuser largement la valeur solidarité afin qu’elle soit popularisée et appropriée par l’ensemble du corps social. Le Président élu fera ainsi d’une pierre deux coups : obtenir l’adhésion du peuple à sa vision et promouvoir une valeur essentielle à la cohésion nationale tout à la fois dans les domaines économique, culturel et administratif.
Le développement économique d’un pays repose sur l’effort commun ; la solidarité en constitue le ciment et rapproche les composantes de la nation. Il y a donc un lien fonctionnel entre solidarité et développement qu’il convient d’entretenir. La science politique nous enseigne que pour être efficace, toute gestion de la chose publique devra s’adjuger la composante solidarité ; au reste, l’idée même de la solidarité renforce l’idéal patriotique.
Le développement culturel quant à lui dépend de la transmission des savoirs tandis que cette transmission suppose le rapprochement des individus dont la solidarité est le vecteur. Il y a donc un lien fonctionnel entre la transmission du savoir et la solidarité. C’est en nous fondant sur ce fait que nous renouvelons au Président notre proposition de création d’un mentorat de fin de carrière dans l’administration.
Ce mentorat consisterait à organiser la transmission des expériences des hauts cadres avant leur départ à la retraite. Au cours d’une période déterminée précédant sa retraite professionnelle, tout cadre supérieur ayant assumé une fonction de direction devra se préparer à transmettre ses expériences à la postérité, dans un document qui sera étudié par le cabinet de son ministre de tutelle. Nous ne pouvons entrer dans les détails dans le cadre de la présente réflexion. Nous pouvons rappeler cependant que nous proposons que la production de ce document soit une condition liée à la liquidation des droits à pension à tous hauts cadres y astreints. De cette manière, la continuité de l’action administrative sera forcément garantie et la solidarité consacrée comme principe structurant de l’Etat. Au cas où cette approche paraitrait maximaliste à certains en raison de son aspect sanction, l’on pourrait envisager de lui donner un caractère plutôt incitatif en accordant un échelon supplémentaire dans le calcul des pensions à ceux qui rédigeront ce rapport de fin de carrière.
La raison complémentaire
La popularisation de la solidarité emportant l’adhésion de la société fera d’elle une référence morale capable de trouver une solution à un mal qui mine ladite société: l’esprit destructeur corollaire de la méchanceté sociale. La Constitution lui permettant de rester sept ans au pouvoir et lui offrant la possibilité d’y rester quatorze, le Président élu pourra se permettre si non de changer du moins d’influencer durablement les mentalités. Par quelle alchimie peut-on faire du développement avec un esprit qui tend à détruire ce que l’on réalise ? Si donc nous reconnaissons que nous avons en nous l’esprit destructeur, il faudrait peut-être commencer par le combattre pour garantir notre développement. Il faut dire que le Président Boni Yayi s’y était attelé de quelque manière avec ses politiques du Changement, de la Refondation, du retour à l’Instruction civique. Il a par ailleurs dénoncé publiquement dans un exercice de psychanalyse de masse, l’esprit destructeur du béninois et son corollaire la méchanceté. Mais les fruits n’avaient pas tenu la promesse des fleurs alors qu’il est admis que le développement d’un pays dépend aussi de l’état d’esprit des citoyens qui en sont les acteurs.
Solidarité et méchanceté sont deux notions antinomiques qui ne peuvent cohabiter; elles se neutralisent. L’une disparait forcément quand l’autre apparait. Solidarité rime avec partage tandis que méchanceté est la négation même du partage. La philosophie d’action du Président élu fondée sur la solidarité sera donc la bienvenue. Le syndrome du méchant qui nous tient si fermement a dépassé le niveau privé; il est devenu un phénomène national, trop fort, trop malade, trop pathologique pour qu’il ne s’inscrive pas au tableau des préoccupations étatiques. Et nous aimons à penser que le Président élu pourra se donner le temps d’influencer progressivement les mentalités.
Comment agir ?
- Par l’enseignement
L’école doit jouer un rôle central dans la diffusion des valeurs. Nous estimons que les ministères concernés devront prendre des mesures pour qu’on enseigne dans les jardins d’enfants, le contraire de la méchanceté par des jeux et des dessins animés qui mettent en exergue la gentillesse, l’empathie, l’amour du prochain, le sens du partage : des notions plus accessibles à leur entendement tout en les préparant à cerner par la suite la substance de la valeur solidarité. Au primaire, l’on devra enseigner l’instruction civique en insistant sur la solidarité, utilisant des supports pédagogiques adaptés. Au secondaire, il conviendra d’adopter une approche psychologique des comportements sociaux ; de développer le thème méchanceté dans les manuels de psychologie en tant que facteur dévastateur de la personne et de la dignité humaine. A l’université, il conviendra d’analyser les liens entre valeurs sociales et développement ; de relever que la méchanceté sociale est facteur et vecteur de sous-développement. Dans les lieux de culte et les médias, il conviendra de stigmatiser l’esprit de méchanceté et de promouvoir la solidarité en procédure d’immersion totale.
La lutte contre la méchanceté devra être une croisade nationale permanente et son antidote qu’est la solidarité devra être promu inlassablement. Telle campagne sera de longue haleine nous en convenons ; mais en sept ans elle pourra faire un bout de chemin d’autant qu’il sera judicieusement appuyé par les médias d’état notamment. Il suffira que la volonté politique y soit et nous ne doutons pas qu’il y sera avec le président élu.
- Par l’organisation d’une journée thématique comme support de la solidarité
Célébrer une journée de manière cyclique et régulière avec une thématique spécifique, c’est la meilleure manière de conscientiser le peuple sur un sujet déterminé; lui en faire saisir et admettre l’importance pour le bien-être commun. C’est un puissant levier de sensibilisation collective ; une arme d’éducation sociale massive et fédératrice. C’est pourquoi nous pensons, qu’il serait opportun de décréter une grande journée de solidarité nationale pour qu’elle soit célébrée régulièrement chaque année.
Il est de notre opinion qu’en république moderne, l’état de la solidarité nationale est tout à la fois le miroir de son évolution sociale, un indicateur de maturité sociale et le reflet de la considération que les citoyens se portent mutuellement. Faire de la solidarité une référence centrale de l’action publique, c’est donner au développement un fondement durable.
Ambassadeur Candide Ahouansou
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