Avec la réforme instaurant le bicaméralisme, le Bénin amorce un tournant institutionnel majeur. Invité à s’exprimer sur la place de cette nouvelle chambre au sein de l’architecture étatique, le Professeur Théodore Holo, ancien président de la Cour constitutionnelle, apporte une clarification nécessaire sur les prérogatives réelles des sénateurs.

L’entrée du Sénat dans le paysage politique béninois soulève de nombreuses interrogations, notamment sur son influence réelle face à l’Assemblée nationale. Pour le Professeur Théodore Holo, il convient avant tout de distinguer le prestige protocolaire de l’exercice effectif du pouvoir législatif.
Loin d’être une chambre dominante, le Sénat béninois est doté de compétences spécifiques et encadrées. Au micro de la Société de Radio et de Télévision du Bénin (SRTB), l’ancien président de la Cour constitutionnelle a tenu à lever toute ambiguïté. « C’est pour moi une question protocolaire qui n’a rien à voir avec le poids du Sénat dans la vie politique. Par exemple, dans notre Sénat, les sénateurs n’ont pas l’initiative des lois », a-t-il précisé.
Cette absence d’initiative législative marque une différence fondamentale avec d’autres systèmes, comme le modèle français. Au Bénin, l’intervention des sénateurs se concentre sur des domaines précis avant la promulgation des lois. Ils sont principalement sollicités pour les lois constitutionnelles, électorales et celles relatives à la vie des partis politiques, telles que le code électoral. À l’inverse, les questions budgétaires leur échappent. « C’est spécifié, par exemple, les lois des finances et autres, ils n’interviennent pas », a précisé le Professeur Holo.
Succession et spécificités culturelles
Le Professeur Holo a également abordé la question de l’intérim du pouvoir, souvent dévolu au président du Sénat dans certains pays en cas de vacance de la présidence de la République. Il rappelle qu’au Bénin, l’existence d’un vice-président modifie cette donne traditionnelle. « C’est une tradition que le vice-président prend la succession. Mais quand il n’existe pas, malgré l’existence de l’Assemblée nationale dans certains pays, c’est le président du Sénat qui prend la tête de l’État », a-t-il insisté avant de marteler que ces configurations sont le reflet de « l’histoire et de la culture politique de chaque pays ».
Une mission d’expertise et de transmission
Au-delà des structures, l’ancien président de la Cour constitutionnelle voit dans son appartenance à cette institution une opportunité de partage d’expertise et d’apprentissage continu. Refusant toute querelle d’ego pour la présidence de la chambre, il affirme être prêt à apprendre auprès des anciens chefs d’État disposant d’une plus grande expérience.
Toutefois, sa participation reste conditionnée par l’utilité de son action pour la nation. « Je ne fais pas la poitrine de la chaise vide, mais si je n’ai pas la possibilité de mettre en œuvre ce que je pense être juste pour le pays, je ne suis pas obligé de rester », a-t-il conclu.
Augustin HESSOU

