À travers le Festival International Zogben, la promotrice culturelle Imelda BADA porte depuis plusieurs années une vision ambitieuse : faire du patrimoine béninois un levier de transmission, de dialogue des cultures et de rayonnement international. Festival hybride, itinérant et profondément enraciné dans les réalités africaines contemporaines, le Zogben s’est progressivement imposé comme une plateforme culturelle reliant le Bénin, l’Afrique, la diaspora naturelle et la diaspora historique autour d’une même mémoire collective.
À quelques mois de la 6ᵉ édition prévue à Dangbo du 23 au 26 juillet 2026, sous le thème « Héritage en mouvement, quand le passé éclaire l’avenir », Imelda BADA revient sur la philosophie du festival, sa dimension internationale et son ambition de faire de la culture un instrument de reconnexion entre les peuples.

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L’Événement Précis : Le Festival International Zogben est aujourd’hui identifié comme un rendez-vous culturel majeur entre le Bénin, l’Afrique et les diasporas. Comment est née cette initiative ?
Imelda BADA : Après la présentation du Programme d’Actions du Gouvernement du Président Patrice TALON, le 16 décembre 2016, j’ai profondément ressenti le besoin de contribuer, à ma manière, à la révélation du Bénin.
J’ai compris que le développement d’une Nation ne repose pas uniquement sur les infrastructures ou l’économie. Un pays rayonne aussi par son identité culturelle, sa mémoire, sa capacité à transmettre son histoire et à dialoguer avec le monde.
Le Festival International Zogben est né de cette conviction : utiliser la culture comme un outil de rayonnement, de cohésion et de transformation sociale.
Nous avons voulu créer un espace où les patrimoines béninois et africains ne sont pas seulement exposés, mais vécus, transmis et projetés vers l’avenir.
Pourquoi le nom “Zogben” ?
“Zogben” signifie “lampe” en fongbé. La lampe éclaire, guide et transmet la lumière. C’est une image extrêmement forte pour nous.
Le festival veut être cette lumière culturelle capable d’éclairer les mémoires, de raviver les héritages oubliés et de reconnecter les générations à leurs racines. Dans un monde où beaucoup de peuples africains cherchent encore à réconcilier modernité et identité, nous pensons que la culture peut devenir une boussole.
Vous décrivez souvent le Zogben comme un festival “hybride et itinérant”. Que signifie concrètement cette approche ?
Le Festival International Zogben est hybride parce qu’il se vit à la fois en présentiel et à distance. Nous accueillons physiquement les festivaliers au Bénin, mais grâce au streaming et aux plateformes numériques, des milliers de personnes peuvent également suivre le festival depuis l’étranger.
Cette dimension hybride nous permet d’impliquer pleinement les Béninois de la diaspora, les Afrodescendants et tous les amoureux du patrimoine africain qui ne peuvent pas toujours effectuer le déplacement.
Le numérique devient ainsi un outil de transmission culturelle et de rapprochement des peuples. Et le festival est itinérant parce que nous avons un véritable défi : contribuer à la révélation du Bénin à chaque édition.
Nous faisons volontairement le choix de changer de commune et parfois même de département afin d’aller découvrir chaque territoire en profondeur : son histoire, ses traditions, ses savoir-faire, ses rites, sa gastronomie, ses artistes, ses réalités humaines et son potentiel touristique.
Cette itinérance permet de décentraliser la culture et surtout de mettre en lumière des patrimoines locaux parfois méconnus.
Le Zogben ne veut pas simplement organiser un événement. Nous voulons raconter le Bénin territoire par territoire.
Le festival accorde une place centrale à la diaspora. Quelle définition donnez-vous à cette notion ?
Quand nous parlons de diaspora, nous parlons de deux réalités complémentaires. D’abord, il y a la diaspora naturelle, c’est-à-dire les Africains vivant aujourd’hui à l’étranger : étudiants, entrepreneurs, artistes, intellectuels, travailleurs, familles installées en Europe, en Amérique, dans les Caraïbes ou ailleurs.
Mais nous parlons également de la diaspora historique, c’est-à-dire les descendants des peuples africains dispersés à travers l’histoire de la traite négrière et des migrations forcées.
Pour nous, cette diaspora historique fait pleinement partie de la mémoire africaine. Le Festival International Zogben veut justement créer des ponts entre ces différentes mémoires africaines dispersées dans le monde. Nous voulons transformer les blessures de l’histoire en espaces de dialogue, de transmission et de reconnexion culturelle.
Pourquoi avoir choisi Dangbo pour cette 6ᵉ édition ?
Dangbo n’est pas un choix de circonstance. C’est un choix profondément symbolique et stratégique. Cette commune se situe au cœur de la Vallée de l’Ouémé, souvent présentée comme la deuxième vallée la plus riche au monde après celle du Nil, en raison de la fertilité exceptionnelle de ses terres, de sa biodiversité, de ses ressources naturelles et surtout de son immense potentiel patrimonial, culturel et touristique.
Dangbo possède une identité unique. On y retrouve une civilisation liée à l’eau, au fleuve, aux traditions lacustres, aux savoirs ancestraux et aux pratiques culturelles transmises depuis des générations. Le fleuve Ouémé, principal cours d’eau du Bénin, structure toute la vie économique, culturelle et spirituelle de cette région.
Mais au-delà de cette richesse naturelle, Dangbo représente également un territoire d’avenir.
La commune dispose d’importantes ressources encore insuffisamment valorisées : des zones humides exceptionnelles, des ressources en argile favorables à l’artisanat et aux industries locales, des potentialités écotouristiques, des patrimoines immatériels extrêmement riches, des traditions artistiques vivantes, ainsi que des sources et espaces naturels qui peuvent devenir de véritables pôles d’attractivité culturelle et touristique.
La Basse Vallée de l’Ouémé constitue d’ailleurs un espace reconnu pour sa richesse écologique et patrimoniale, avec des villages lacustres, une biodiversité remarquable et un héritage culturel unique en Afrique de l’Ouest.
À travers le Festival International Zogben, nous voulons justement contribuer à révéler ces territoires souvent méconnus du grand public international.
Notre ambition est claire : faire découvrir le Bénin en profondeur, commune après commune, patrimoine après patrimoine, mémoire après mémoire.
Dangbo incarne parfaitement cette vision. C’est une terre où le passé dialogue encore avec le présent. Une terre où la culture n’est pas seulement conservée : elle est vécue au quotidien.

Le thème de cette édition est particulièrement évocateur : « Héritage en mouvement, quand le passé éclaire l’avenir ». Quel message souhaitez-vous transmettre ?
Aujourd’hui, beaucoup de jeunes Africains vivent une crise de repères culturels. Nous voulons montrer que le patrimoine n’est pas quelque chose de figé dans les musées ou enfermé dans le passé. Notre héritage doit devenir une force créative capable d’éclairer l’avenir.
Le passé peut nourrir l’innovation, inspirer l’éducation, renforcer le tourisme culturel, stimuler les industries créatives et consolider la confiance des peuples africains en eux-mêmes. Le patrimoine n’est pas un poids. Le patrimoine est une énergie.
Les “Flammes d’Or Zogben” occupent désormais une place importante dans le festival. Quelle est leur vocation ?
Les Flammes d’Or Zogben ont été créées pour honorer les femmes et les hommes qui contribuent réellement au rayonnement du patrimoine africain, de la culture et de l’interculturalité. Nous voulons distinguer des personnalités du Bénin, d’Afrique et des diasporas qui transmettent, inspirent et construisent des ponts entre les peuples. Ces distinctions célèbrent moins la célébrité que l’impact culturel et humain.
Quel rôle attribuez-vous à la jeunesse dans cette dynamique ?
La jeunesse est le cœur du projet. Nous voulons que les jeunes Africains comprennent que leur identité culturelle peut devenir une force de création, d’innovation et même de développement économique. Le patrimoine ne doit pas être vécu comme une nostalgie, mais comme un levier d’avenir.
Quel est aujourd’hui votre plus grand rêve pour le Festival International Zogben ?
Faire du Zogben une grande plateforme culturelle panafricaine et internationale. Un espace capable de connecter les territoires, les mémoires et les générations autour de la culture comme instrument de paix, de dialogue et de souveraineté culturelle. Si demain un jeune Africain retrouve de la fierté dans son identité grâce au festival…
si un Afrodescendant retrouve un lien avec ses racines…
si des peuples apprennent à mieux se comprendre à travers la culture…
alors nous aurons accompli une mission essentielle.
📍 6ᵉ édition du Festival International Zogben
🗓️ 23 au 26 juillet 2026 – Dangbo, Bénin
🌍 Thème : « Héritage en mouvement, quand le passé éclaire l’avenir »
Festival International Zogben

