
L’Institut National de la Statistique et de la Démographie (INStaD) a livré, en juin 2026, le verdict d’un chantier statistique entamé depuis plusieurs mois : le Produit Intérieur Brut du Bénin, recalculé avec 2023 comme nouvelle année de référence, s’établit désormais à 14 020,2 milliards de FCFA, contre 11 200,7 milliards de FCFA sous l’ancienne base 2015. Soit une réévaluation de +25,2%. Une opération technique, mais aux implications économiques et diplomatiques considérables, qui inscrit le Bénin dans un mouvement statistique continental engagé depuis plus d’une décennie.
Une révision périodique imposée par les standards internationaux
Le rebasage n’est pas une fantaisie nationale. Il répond à une recommandation du Système de Comptabilité Nationale (SCN) 2008 des Nations Unies, qui préconise une révision de l’année de base des comptes nationaux tous les cinq ans, afin de corriger les biais d’estimation et de mieux saisir les mutations structurelles d’une économie. Le communiqué de l’INStaD le précise, ces changements traduisent « une amélioration de la couverture et de la mesure statistique de l’économie nationale et non une création soudaine de richesse ».
Pour le Bénin, le cycle quinquennal n’avait toutefois pas pu être respecté après le précédent rebasage de 2015, en raison des « chocs économiques » traversés par la plupart des pays du monde entre 2019 et 2022, pandémie de Covid-19, crises énergétiques et alimentaires consécutives au conflit en Ukraine. C’est finalement l’année 2023, jugée la plus stable de la période récente, qui a été retenue comme nouvelle année de référence, en remplacement de 2015.
Une hausse deux fois moindre qu’en 2015
La comparaison entre les deux derniers exercices de rebasage est révélatrice. En 2015, lorsque le Bénin avait abandonné l’année de base 2007 au profit de 2015, le PIB avait bondi de 36,7%, passant de 4 926 milliards à 6 732,8 milliards de FCFA aux prix courants, selon les données de l’INStaD, qui notait que le Produit intérieur brut du Bénin passait pour l’année 2015 de 4 926 milliards de francs CFA aux prix courants à 6 732,8 milliards de francs CFA, soit une réévaluation de 36,7%. Le rebasage 2026, avec ses +25,2%, marque donc une progression moins spectaculaire, même si elle reste substantielle.
Cet écart s’explique en partie par la nature même des deux opérations. En 2015, le Bénin sortait d’une très longue période sans révision méthodologique (l’ancienne base datait de 2007), ce qui avait mécaniquement amplifié l’effet de rattrapage statistique, notamment en intégrant pour la première fois des pans entiers de l’économie informelle et des services jusque-là sous-évalués. Dix ans plus tard, l’appareil statistique béninois est mieux outillé, mieux doté en enquêtes régulières, et l’écart entre l’économie réelle et l’économie mesurée s’est donc naturellement réduit.
Le détail sectoriel du rebasage 2026 confirme cette dynamique de meilleure couverture plutôt que de rupture : le secteur secondaire tire l’évolution avec une hausse de 56,1%, portée notamment par les investissements dans les infrastructures et les équipements productifs liés à la Zone Industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ). Du côté de la demande, la formation brute de capital fixe (FBCF) a été réévaluée de 36,6%, traduisant une meilleure prise en compte des investissements réalisés dans la construction et les infrastructures.
Une dynamique africaine
Le Bénin n’est pas un cas isolé sur le continent. Le mouvement de modernisation des comptes nationaux, engagé sous l’impulsion conjointe des Nations Unies, de la Banque mondiale, du FMI et des commissions économiques régionales, a touché la quasi-totalité des économies ouest-africaines au cours de la dernière décennie.
Le précédent le plus retentissant reste celui du Nigeria. En avril 2014, à la suite d’un changement de calcul statistique, le PIB nigérian avait atteint 510 milliards de dollars, contre 262 milliards précédemment, propulsant le pays au rang de première économie d’Afrique devant l’Afrique du Sud — un bond de près de 90%, alimenté notamment par l’essor des télécommunications et de l’industrie cinématographique « Nollywood ». Plus récemment, en 2024, le Nigeria a procédé à un nouveau rebasage, faisant passer son année de base de 2010 à 2019.
Dans l’espace UEMOA, plusieurs voisins du Bénin sont également passés par cet exercice. Lors du rebasage 2015, le Burkina Faso avait réévalué son PIB de plus de 13%, le Niger de 33,3% (en remplacement de l’année 2006), le Sénégal de 29,6% (avec 2014 comme nouvelle année de base, en remplacement de 1999), et la Guinée-Bissau de 10%. Plus loin sur le continent, le Cameroun avait enregistré une hausse de 8% de son PIB, le Kenya de 25%, illustrant l’ampleur très variable de ces révisions selon la qualité antérieure des appareils statistiques nationaux et l’ancienneté de la précédente base de référence.
Une mécanique statistique, pas un enrichissement soudain
Ce parallèle régional confirme un enseignement constant : l’ampleur d’un rebasage dépend moins de la performance économique récente d’un pays que du temps écoulé depuis la précédente révision et de la rigueur des nouvelles méthodes de collecte. Le cas nigérian, où vingt années séparaient les deux bases de référence, explique l’ampleur exceptionnelle du bond de 2014 ; à l’inverse, des cycles de rebasage plus rapprochés, comme celui que vient de boucler le Bénin, produisent des réévaluations plus modérées.
L’INStaD a précisé que les travaux se poursuivent désormais pour la rétropolation des comptes nationaux sur la période 1999-2022, afin de disposer d’une série longue cohérente avec la nouvelle base 2023, un chantier technique indispensable pour permettre les comparaisons historiques et alimenter les futurs cadrages macroéconomiques du pays, dans la perspective de la vision Bénin 2060 – Alafia.
Olivier ALLOCHEME

