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BENIN : Au-delà des partis, la diaspora béninoise esquisse une nouvelle culture politique

À travers une rencontre organisée en région parisienne, les échanges entre responsables politiques et diaspora ont révélé une évolution profonde du débat démocratique béninois. Au cœur des discussions : la trêve politique, l’avenir des partis et la revendication croissante d’une représentation parlementaire des Béninois de l’extérieur.

Les grandes mutations politiques ne commencent pas toujours dans les hémicycles. Elles prennent parfois forme dans un espace où on respire la nature, au détour d’une question posée sans détour ou d’une réponse qui dépasse les clivages habituels.

La rencontre organisée par l’UP Le Renouveau Île-de-France, en partenariat avec le CCPAG, en a offert une illustration singulière.

Sous le thème « Rencontre et partage avec la diaspora », plusieurs Béninois établis en France se sont retrouvés autour d’une ambition commune : réfléchir au rôle de la diaspora dans le nouveau cycle politique qui s’ouvre au Bénin après une décennie de profondes réformes institutionnelles.

L’événement réunissait notamment le Professeur Joseph Fifamè DJOGBÉNOU, président de l’Assemblée nationale et président de l’UP Le Renouveau. Pendant plusieurs heures, celui-ci s’est livré à un exercice rarement observé dans les rencontres partisanes : répondre directement aux interrogations d’une diaspora exigeante, parfois critique, mais profondément attachée à son pays.

Parmi les participants figurait également Imelda BADA, Vice-Présidente coordonnatrice de la diaspora du parti MOELE-BÉNIN. Si sa présence relevait naturellement de son engagement politique, son intervention a rapidement dépassé le seul cadre partisan pour ouvrir une réflexion plus large sur l’évolution de la démocratie béninoise.

Une trêve politique qui interroge autant qu’elle interpelle

Parmi les thèmes ayant suscité les échanges les plus nourris figure la trêve politique désormais inscrite dans le nouveau paysage institutionnel béninois.

Là où certains y voient une simple disposition juridique, d’autres y lisent une invitation à repenser la manière même de faire de la politique.

C’est cette seconde lecture qu’a défendue Imelda BADA.

Pour elle, cette période ne doit pas être comprise comme une suspension de la vie démocratique, mais comme un temps de respiration institutionnelle destiné à renforcer les partis, à former leurs militants et à consolider les fondements idéologiques des différentes familles politiques.

Une analyse qui trouve un écho particulier dans la doctrine défendue depuis plusieurs années par MOELE-BÉNIN.

Bien avant que la notion de trêve ne s’impose dans le débat public, le parti plaidait déjà pour un modèle démocratique moins conflictuel et davantage orienté vers la construction de l’État.

Cette philosophie se retrouve dans le cinquième couplet de son hymne, souvent cité par ses militants : « Travaillons à construire un modèle démocratique où tout le monde sera utile. Oui, travaillons à construire un modèle de citoyens où l’amour de la Patrie reste le socle qui nous unit ! Oui, travaillons à construire un modèle démocratique où tout le monde sera utile, car les mouvanciers d’aujourd’hui seront les opposants de demain ! »

Une formule qui, loin d’être un simple slogan militant, traduit une conception particulière de la démocratie : celle d’un système où majorité et opposition sont appelées à alterner sans remettre en cause les fondements de la République.

Faire des partis de véritables écoles de pensée

L’un des enseignements majeurs de cette rencontre réside dans une idée désormais largement partagée au sein de plusieurs formations de la mouvance présidentielle : la stabilité politique dépendra moins du nombre de partis que de leur capacité à assumer une véritable identité.

Dans cette perspective, l’héritage laissé par le Président Patrice TALON une majorité organisée autour de trois grandes formations politiques apparaît comme une étape de structuration plutôt qu’une finalité.

Encore faut-il, soulignent plusieurs observateurs présents, que ces partis dépassent leur vocation électorale pour devenir de véritables écoles de pensée.

Former. Débattre. Produire des idées. Préparer une relève politique.

Autant de missions qui devraient désormais occuper une place centrale durant la période de trêve.

La réflexion renvoie également à une maxime populaire souvent évoquée au cours des échanges : « Trois pierres bien disposées au foyer ne renversent pas la marmite. »

Une image simple, mais qui résume une ambition politique : faire coexister plusieurs forces organisées sans fragiliser l’équilibre institutionnel.

Une diaspora qui réclame désormais une place dans les institutions

Mais c’est peut-être sur un autre sujet que la rencontre a marqué les esprits.

Profitant des échanges avec le président de l’Assemblée nationale, Imelda BADA a posé une question qui revient avec insistance au sein de la diaspora : à quand une représentation parlementaire des Béninois établis à l’étranger ?

La question dépasse largement les appartenances partisanes.

Les Béninois de la diaspora participent au financement de l’économie nationale, investissent, entreprennent, transfèrent des compétences et contribuent au rayonnement diplomatique et culturel du pays.

Pour beaucoup, cette contribution mérite désormais une traduction institutionnelle.

La réponse apportée par Joseph DJOGBÉNOU a été perçue comme un signal d’ouverture.

Elle rejoint une proposition défendue depuis plusieurs années par MOELE-BÉNIN : la création d’une circonscription électorale spécifique pour la diaspora béninoise.

Une réforme qui, si elle venait à voir le jour, modifierait durablement les rapports entre l’État et ses citoyens établis hors du territoire national.

Quand le dialogue prend le pas sur les appartenances

Au-delà des débats institutionnels, cette journée aura peut-être révélé une évolution plus profonde.

Alors que les formations politiques demeurent concurrentes sur le terrain électoral, les échanges ont montré qu’il existe des sujets susceptibles de transcender les appartenances partisanes.

La représentation de la diaspora en fait partie.

Dans son intervention, Imelda BADA a d’ailleurs tenu à adresser un message aux militants de l’UP Le Renouveau présents dans la salle.

Sans renier son engagement au sein de MOELE-BÉNIN, elle a appelé à une coopération entre les différentes sensibilités politiques afin de porter ensemble ce projet.

Un geste salué par plusieurs participants, qui y voient l’expression d’une nouvelle manière de concevoir le débat démocratique.

Une nouvelle étape pour la démocratie béninoise ?

L’histoire dira si cette rencontre restera une simple parenthèse ou si elle marquera le début d’une évolution plus profonde.

Une chose apparaît néanmoins avec netteté : la diaspora béninoise ne souhaite plus être uniquement un soutien financier ou affectif du pays.

Elle revendique désormais une place dans la réflexion nationale.

Elle veut participer aux décisions. Être écoutée. Être représentée.

Dans ce contexte, les partis politiques sont appelés à relever un défi inédit : transformer le temps de la compétition en temps de construction.

Car si la démocratie se nourrit des élections, elle se consolide surtout par la qualité de ses institutions, la solidité de ses partis et la capacité de ses acteurs à placer, lorsque les circonstances l’exigent, l’intérêt supérieur de la Nation au-dessus des intérêts partisans.

À cet égard, la rencontre de Paris aura peut-être livré une première réponse.

Le pluralisme politique n’est pas incompatible avec l’unité nationale.

Il peut, au contraire, en devenir l’une des conditions les plus solides.

La Rédaction

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