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Dette publique : Le Bénin conforte son statut de bon élève dans une UEMOA sous tension

Dans son rapport sur les Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne, publié en avril 2026, le Fonds monétaire international dresse un tableau contrasté des finances publiques ouest-africaines. Si l’institution alerte sur un lien étroit entre États et banques au sein de l’UEMOA, où la dette publique compte pour 43 % des actifs bancaires, faisant courir un risque de contagion entre crise budgétaire et crise financière, le Bénin continue de se distinguer par une trajectoire d’endettement maîtrisée.

Selon les projections initiales du FMI reprises par plusieurs médias économiques régionaux, la dette publique béninoise devait s’établir à 57,2 % du PIB en 2026. Ce niveau reste sensiblement inférieur au plafond communautaire de 70 % fixé par l’UEMOA. La rigueur reste toutefois à nuancer : selon une reclassification opérée par le FMI en février 2026,  qui a réintégré dans la dette publique plusieurs prêts extérieurs contractés en 2021 et transférés à des entreprises publiques, , l’encours atteignait en réalité 60,5 % du PIB à fin 2024, contre 53,7 % annoncé initialement par la Caisse autonome de gestion de la dette. Le FMI classe néanmoins toujours le Bénin parmi les pays à « risque modéré » de surendettement, tout en appelant à un rééquilibrage progressif vers la dette intérieure.

Cette gestion s’accompagne d’une politique de remboursement assumée : la loi de finances 2026 sanctuarise une enveloppe de 718,8 milliards de FCFA pour le seul remboursement du principal, dont près de 300 milliards consacrés aux obligations du Trésor sur le marché régional,  un signal de solvabilité adressé aux investisseurs institutionnels de l’UMOA.

Une moyenne régionale qui s’alourdit

À l’échelle de l’Union, la tendance est nettement moins favorable. La dette publique de l’UEMOA a doublé en dix ans pour atteindre environ 62,5 % du PIB, et le service de la dette a absorbé 69,4 % des recettes fiscales des États membres en 2025,  une ponction qui limite drastiquement les marges de manœuvre budgétaires pour l’éducation, la santé ou les infrastructures.

Le contraste est le plus frappant avec le Sénégal. Depuis la révélation, en février 2025, d’engagements non déclarés accumulés entre 2019 et 2024, la dette publique sénégalaise a été réévaluée à 132 % du PIB à fin 2024, selon un audit du cabinet Forvis Mazars confirmé par un communiqué du FMI du 6 novembre 2025. Le chef de mission du Fonds à Dakar, Edward Gemayel, a résumé la situation en novembre 2025 : « On n’a jamais vu une dette cachée de cette importance en Afrique ». L’épisode a entraîné la suspension d’un programme de financement de 1,8 milliard de dollars et trois dégradations successives de la note souveraine par Moody’s.

Un nouveau cadre régional de gouvernance de la dette

Ce contexte a pesé sur les débats de la deuxième session ordinaire 2026 du Conseil des ministres de l’UEMOA, tenue le 3 juillet 2026 à Ouagadougou sous la présidence du ministre burkinabè Aboubakar Nacanabo. Les ministres y ont adopté un projet de règlement portant cadre de référence de la politique d’endettement public et décidé la création d’un Réseau des gestionnaires de la dette publique, destiné à mieux coordonner les pratiques entre États membres. Cette session a également enregistré le départ de Romuald Wadagni, élu président de la République le 12 avril 2026, désormais remplacé au Conseil par le ministre Aristide Mèdénou.

Pour le Bénin, l’enjeu des prochains mois sera de conjuguer cette discipline budgétaire, désormais collectivement encadrée à l’échelle régionale, avec l’ambition affichée par le président du Conseil des ministres de « transformer » davantage l’économie plutôt que la seule croissance, un défi partagé par l’ensemble de l’Union face à des marchés financiers redevenus exigeants.

Olivier ALLOCHEME

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