You are currently viewing Festival International Zogben 2026 :  À Dangbo, la diaspora béninoise du Nigeria a rappelé que les frontières s’arrêtent là où commence la mémoire

Festival International Zogben 2026 :  À Dangbo, la diaspora béninoise du Nigeria a rappelé que les frontières s’arrêtent là où commence la mémoire

Il est des voyages qui relèvent du déplacement. Il en est d’autres qui tiennent du retour. En faisant le choix de converger vers Dangbo pour prendre part à la sixième édition du Festival International Zogben, les dignitaires, autorités traditionnelles, responsables communautaires et représentants de la diaspora béninoise établis au Nigeria n’ont pas simplement répondu à une invitation. Ils ont posé un acte de fidélité à une histoire commune, rappelant que les peuples survivent moins par les frontières qu’ils habitent que par la mémoire qu’ils transmettent.

Pendant longtemps, les États modernes ont appris à dessiner des lignes sur les cartes. Les peuples, eux, ont continué à tracer d’autres chemins, plus anciens, plus profonds et souvent invisibles. Les langues ont franchi les fleuves, les croyances ont traversé les royaumes, les familles se sont prolongées d’une rive à l’autre et les traditions ont ignoré les barrières administratives. Le Bénin et le Nigeria portent cette histoire commune.

Une histoire faite de voisinages, de migrations, d’alliances, de parentés spirituelles, de marchés, de royaumes, de cultes et de civilisations qui ont toujours circulé bien avant que les cartes politiques ne découpent l’espace. C’est cette histoire silencieuse que le Festival International Zogben a remise en lumière à Dangbo. Car au milieu des spectacles, des conférences scientifiques, des expositions et des grandes célébrations populaires, une autre scène se jouait, plus discrète mais tout aussi essentielle : celle des retrouvailles d’une mémoire partagée.

Lorsque la diaspora ne revient pas en visite, mais en héritière

Il y avait dans cette délégation venue du Nigeria quelque chose qui dépassait largement le cérémonial. Les titres étaient nombreux. Les responsabilités prestigieuses. Les fonctions parfois impressionnantes. Mais derrière les attributs protocolaires apparaissait une évidence beaucoup plus profonde : ces femmes et ces hommes ne venaient pas représenter une institution uniquement. Ils venaient représenter une continuité.

À la tête de cette importante délégation figurait Aholou Toyimi Adanyroh « Daniel » Gbenga, Président des cultes endogènes du Bénin au Nigeria. À ses côtés, Sa Majesté Hounnon Dansogbé Alowadé Frédéric, Vice-Président de la CNCVB-RACINE Nigeria, Sa Majesté Chief Dossou Alex Sunday, Premier ministre de la CNCVB-RACINE Nigeria, ainsi que Sa Majesté Togbé AVLESSI Augustin, Secrétaire général de cette même organisation. Autour d’eux, une constellation de rois, Oba, de chefs traditionnels, de dignitaires religieux, de responsables communautaires, de représentants associatifs et de personnalités influentes incarnait cette autre géographie du Bénin. Une géographie qui ne figure sur aucune carte. Une géographie tissée par les filiations spirituelles, les appartenances culturelles et la permanence des héritages.

La présence de Hounnongan Papahossou Oba Thron Nigeria, de Oba Ifarotimi ADEFAGBOLA, de Ibrahim Opaleye OGUNMUYIWA, de HRM Olawale Aminu Joshua, de Sa Majesté YINDA Lokossou, de Chief Denis TOKPANOU ASHOJU, du Pasteur ADANKLOUNON Cyrille, de Christophe Joël A. Ilasclac SOSSOU, de Vincent Codjo MEGNIHA, de plusieurs souverains traditionnels ainsi que de la grande prêtresse nigériane OBA OBINRIN OSUNFUNKE n’avait rien d’anecdotique. Elle racontait une autre histoire. L’histoire d’une diaspora qui refuse que les héritages deviennent des archives.

Dangbo, capitale d’une diplomatie que les États ne peuvent décréter

Les diplomates parlent souvent de coopération. Les festivals, eux, fabriquent parfois quelque chose de plus durable : la confiance. À Dangbo, aucune signature officielle n’aura probablement autant marqué les esprits que cette succession de poignées de mains, d’accolades, de salutations rituelles et de conversations improvisées entre gardiens des traditions venus de plusieurs horizons. Le Festival International Zogben a rappelé une vérité que les politiques culturelles redécouvrent aujourd’hui : la culture demeure l’une des plus puissantes diplomaties. Parce qu’elle parle avant les discours. Parce qu’elle rassemble avant les négociations. Parce qu’elle construit des appartenances que les circonstances politiques ne suffisent jamais à effacer. Le Nigeria n’était pas simplement un pays invité. À Dangbo, il apparaissait comme l’un des prolongements naturels d’une même civilisation. Et cette évidence donnait au festival une profondeur rare. La mémoire n’est pas un musée. Elle est un mouvement. Depuis six années, le Festival International Zogben poursuit une intuition devenue aujourd’hui une certitude. Le patrimoine ne survit pas parce qu’on le protège derrière des vitrines. Il demeure vivant parce qu’on le célèbre. Parce qu’on le pratique. Parce qu’on le transmet. Parce qu’on accepte de le confronter au présent. En accueillant cette forte délégation de la diaspora béninoise du Nigeria, le festival a démontré que la transmission ne connaît ni frontière, ni génération, ni distance. Elle circule avec les hommes. Elle voyage avec les familles. Elle se déplace avec les croyances. Elle accompagne les migrations. Et lorsque les circonstances le permettent, elle revient là où tout a commencé. Dangbo fut, durant quelques jours, ce lieu du retour.

Un hommage qui dit davantage que merci

Le comité d’organisation du Festival International Zogben a exprimé sa gratitude à chacun des membres de cette prestigieuse délégation. Mais le mot « MERCI » paraît presque insuffisant. Car ce qui s’est joué à Dangbo dépasse le registre de la reconnaissance. Il s’agit d’une démonstration. La démonstration que le patrimoine béninois possède désormais une diaspora culturelle structurée.

Qu’il existe, hors des frontières nationales, des femmes et des hommes qui continuent d’investir leur temps, leur énergie et leur autorité dans la préservation des traditions héritées de leurs ancêtres. Dans une époque dominée par l’accélération, cette fidélité possède une valeur inestimable. Elle rappelle que les civilisations ne disparaissent jamais faute d’histoire. Elles disparaissent lorsque plus personne ne consent à les transmettre.

L’avenir du patrimoine s’écrira avec sa diaspora

Le Festival International Zogben a désormais franchi un seuil. Il n’est plus seulement un rendez-vous culturel. Il devient progressivement un espace international où les patrimoines africains dialoguent entre eux, où les diasporas retrouvent leur centralité et où les autorités traditionnelles réaffirment leur rôle dans la transmission des identités.

À mesure que le Bénin affirme son ambition de faire de la culture un pilier de son développement et de son rayonnement international, des initiatives comme le Festival International Zogben apparaissent comme des partenaires naturels de cette vision.  Car elles accomplissent, sur le terrain, ce que les politiques publiques appellent de leurs vœux : relier les territoires, mobiliser les diasporas, valoriser les patrimoines, stimuler le tourisme culturel, encourager les industries créatives et inscrire durablement le nom du Bénin dans la grande conversation des cultures du monde. En cela, la présence de cette forte délégation venue du Nigeria revêt une portée qui dépasse largement le cadre de cette sixième édition. Elle constitue un signal. Le signe qu’au-delà des frontières administratives existe une nation culturelle plus vaste.

Une nation qui continue de parler plusieurs langues mais partage une même mémoire

Une nation dont les racines plongent dans l’histoire et dont les branches s’étendent désormais bien au-delà du golfe de Guinée. Lorsque les derniers tambours se sont tus à Dangbo, une évidence demeurait. Les invités étaient repartis. Les cortèges s’étaient dispersés. Les places avaient retrouvé leur calme. Mais quelque chose avait changé. Parce que, durant quelques jours, une communauté dispersée s’était retrouvée autour d’une même flamme. Et cette flamme, celle que le Festival International Zogben entretient depuis six années avec une constance remarquable, ne brûle pas seulement pour éclairer le passé. Elle éclaire déjà l’avenir d’un patrimoine qui a compris que sa plus grande force réside dans sa capacité à rassembler les vivants.

Par La Rédaction

Laisser un commentaire