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Prévention de l’extrémisme violent : Les messagers de paix renforcent la cohésion sociale à Kouandé et Péhunco

De la sensibilisation dans les mosquées et églises aux émissions sur les radios communautaires, les pools de messagers de paix installés dans plusieurs communes du Nord-Bénin ont multiplié les initiatives pour contrer les discours de haine et promouvoir la cohésion sociale. À Kouandé et Péhunco, leurs actions commencent à produire des changements dans les rapports entre communautés, notamment entre les fidèles de différentes confessions et entre populations et forces de sécurité.

Dans les zones exposées aux risques d’extrémisme violent, la prévention passe aussi par la capacité des communautés à désamorcer les tensions avant qu’elles ne se transforment en conflits. C’est dans cette logique que le projet « Prévenir et répondre à l’extrémisme violent dans le Corridor Atlantique » (2023-2025) a mis en place, en décembre 2024, des pools de messagers de paix dans les communes de Bassila, Kouandé, Péhunco et Toucountouna.

Cette initiative est intervenue après deux séries de formations destinées notamment aux professionnels des médias, aux leaders religieux, aux jeunes et aux femmes. Le premier atelier, organisé du 27 au 30 décembre 2023, portait sur la promotion de récits alternatifs. Le second, tenu du 6 au 10 août 2024 à Natitingou, était consacré à l’identification et à la déconstruction des discours de haine. À l’issue de ces formations, les participants ont été structurés en pools de messagers de paix chargés de relayer, dans leurs communautés, des discours favorables à la paix, aussi bien en présentiel que sur les plateformes en ligne.

À Kouandé, la mise en œuvre n’est pas restée au niveau du pool communal. « Juste après la formation en 2024, le bureau avait installé les comités d’arrondissement », explique Capo Chichi Marguerite, présidente du pool de messagers de paix de la commune. Des plans d’action ont été élaborés puis remis aux différents comités. Les activités ont essentiellement porté sur la sensibilisation contre les discours de haine et la diffusion de messages alternatifs. L’objectif, selon la responsable, était de réduire les propos susceptibles d’alimenter les tensions et de préserver la cohésion sociale.

Les effets se manifestent également dans les relations interreligieuses. Capo Chichi Marguerite évoque un rapprochement entre fidèles et responsables religieux de différentes confessions. « Il y a eu plus de brassage entre les gens », constate-t-elle, citant notamment des initiatives de solidarité entre responsables catholiques, protestants et musulmans lors des célébrations religieuses.

Pour Ousmane Birikissou, membre du pool de messagers de paix de Kouandé, les actions ont également contribué à améliorer les relations entre populations et forces de sécurité. Les sensibilisations menées dans les églises et les mosquées ont favorisé, selon lui, « plus de confiance entre nos parents et la police », ainsi qu’un renforcement du dialogue.

Les femmes, relais essentiels de la prévention

À Péhunco, les femmes constituent également un important relais dans la diffusion des messages de paix. Orou Chabi Mane Taibatou, présidente des femmes musulmanes de la commune, a entrepris des séances de sensibilisation dans les marchés, les écoles coraniques et les lieux de rassemblement religieux. Dans la localité d’Oussa, plusieurs groupes de femmes se retrouvent chaque matin pour la lecture du Coran et des séances de prêche. Ces rencontres ont constitué pour elle des espaces privilégiés pour aborder la question des propos discriminatoires et leurs conséquences potentielles sur la cohésion sociale.

Au-delà de la sensibilisation, ces rencontres ont progressivement libéré la parole. Des femmes qui, au départ, hésitaient à poser des questions sur les sujets religieux ont commencé à s’exprimer. Pour la responsable, cette évolution a favorisé davantage de respect et de compréhension au sein des groupes. « Cela a beaucoup contribué à la paix surtout dans nos cercles d’écoles coraniques », estime-t-elle, tout en appelant à la poursuite de telles initiatives dans la commune.

Sensibiliser avant que les tensions ne dégénèrent

À Péhunco également, le roi des Peulhs (Froudounga), Amandou Issa, membre du comité de paix, a participé aux activités de sensibilisation dans les mosquées et auprès des responsables religieux. L’un des messages essentiels portés auprès des populations consiste à éviter les différences et les discriminations entre religions, considérées comme des facteurs pouvant favoriser les conflits.

Les membres du comité ont également organisé une marche pour la paix. Une initiative symbolique qui, selon lui, a permis de mobiliser les populations autour d’un même idéal. Pour ces acteurs communautaires, la prévention exige surtout de ne pas attendre que les tensions deviennent incontrôlables. Même avec des moyens limités, les comités poursuivent leurs actions dans les quartiers, les lieux de culte et les espaces communautaires.

Les radios communautaires ont également été mises à contribution. Des émissions ont permis de toucher un public plus large et de porter les messages de paix au-delà des rencontres de proximité.

Une dynamique à consolider

Les témoignages recueillis à Kouandé et Péhunco font ressortir plusieurs acquis, ceux de l’amélioration du dialogue entre communautés, du rapprochement entre confessions religieuses, meilleure communication entre populations et forces de sécurité, mais aussi la prise de conscience progressive des dangers liés aux discours discriminatoires et haineux. Ces résultats restent toutefois fragiles dans des zones où les risques sécuritaires demeurent présents. Les acteurs eux-mêmes reconnaissent que le travail doit se poursuivre.

La mise en place de nouveaux pools de messagers de paix à Pèrèrè et Gogounou, dans le cadre de la deuxième phase du projet, offre ainsi l’occasion de capitaliser sur l’expérience des premières communes. Au-delà des formations, l’enjeu est désormais de maintenir ces réseaux actifs au sein des communautés afin que le message de paix ne soit pas seulement un discours ponctuel, mais devienne un réflexe collectif. Car, pour les messagers de paix, prévenir l’extrémisme violent commence souvent par un geste simple, celui d’apprendre à parler à l’autre sans l’exclure, l’écouter sans le juger et intervenir avant que la parole ne se transforme en conflit.

HESSOU Romain

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