
Le Bénin affiche un taux de 69,6 % de population utilisant au moins un service élémentaire d’eau potable en 2024, selon les dernières estimations du Programme commun OMS/UNICEF de suivi de l’approvisionnement en eau, de l’assainissement et de l’hygiène (JMP). Ce niveau place le pays derrière la Guinée (74,2 %), la Côte d’Ivoire (77,2 %), la Mauritanie (77,3 %), le Liberia (78,8 %) et le Nigeria (82,2 %) dans le classement ouest-africain présenté par les données du JMP. Le chiffre de 69,6 % est également repris dans le portail des indicateurs des Objectifs de développement durable des Nations unies et dans les données de la Banque mondiale.
Cette donnée doit toutefois être lue avec précision. Dans la méthodologie du JMP, un « service élémentaire » ne signifie pas nécessairement que l’eau est disponible directement au domicile ou qu’elle est systématiquement exempte de contamination. Le JMP définit le service élémentaire comme une eau provenant d’une source améliorée, à condition que le temps nécessaire pour effectuer l’aller-retour, file d’attente comprise, ne dépasse pas 30 minutes. Les sources améliorées comprennent notamment l’eau courante, les forages, les puits protégés, les sources protégées, l’eau de pluie ainsi que l’eau conditionnée ou livrée.
La catégorie supérieure est celle des services d’eau potable « gérés en toute sécurité ». Elle suppose que la source améliorée soit accessible sur place, disponible au moment où elle est nécessaire et exempte de contamination fécale et de produits chimiques prioritaires. Le Bénin affiche, selon le profil pays de l’UNICEF, 18 % de population utilisant un service d’eau potable géré en toute sécurité. La même source donne 52 % pour les services élémentaires, 7 % pour les services limités, 20 % pour les sources non améliorées et 3 % pour les eaux de surface.
L’évolution de longue période montre néanmoins une progression. Le portail statistique des Nations unies indique que la proportion de la population béninoise utilisant des services élémentaires d’eau potable est passée de 61,1 % en 2000 à 69,6 % en 2024. Les données de la Banque mondiale, qui s’appuient sur le même indicateur, présentent également une progression régulière : 61,1 % en 2000, 67 % en 2015, 68,3 % en 2020, 69 % en 2022, 69,3 % en 2023 et 69,6 % en 2024.
Une mesure internationale à distinguer des statistiques nationales
Le chiffre de 69,6 % ne doit cependant pas être confondu avec le « taux de desserte » calculé par les autorités béninoises, notamment pour le milieu rural. Les deux indicateurs ne reposent pas sur exactement la même méthode.
Dans son rapport d’allocation et d’impact publié en 2025, le Bénin indique ainsi un taux de desserte en eau potable de 82,1 % en milieu rural en 2024, contre 76,7 % en 2022. Pour le milieu urbain, le taux de desserte est donné à 74,8 % en 2024. Le document précise que ces données proviennent respectivement de l’Agence nationale d’approvisionnement en eau potable en milieu rural (ANAEPMR) et du ministère en charge de l’Eau pour les indicateurs concernés.
Il ne s’agit donc pas d’une contradiction arithmétique entre les chiffres de l’État béninois et ceux de l’OMS/UNICEF. Le premier indicateur mesure la desserte du service public selon les dispositifs nationaux de suivi, tandis que le second mesure la proportion de la population utilisant au moins un service élémentaire selon l’échelle internationale du JMP. Le rapport JMP rappelle d’ailleurs explicitement que ses chiffres sont des estimations établies pour assurer leur comparabilité internationale et qu’ils « ne sont pas nécessairement les statistiques officielles » des pays concernés.
Des investissements importants dans le milieu rural
Les données nationales témoignent parallèlement d’un effort important d’investissement dans les infrastructures hydrauliques rurales. Le rapport semestriel de l’ANAEPMR consacré à la période juillet-décembre 2024 fait notamment état du suivi des ouvrages d’approvisionnement en eau potable, de l’achèvement et de la réception de nouveaux ouvrages ainsi que du suivi des indicateurs de performance du sous-secteur.
Cette dynamique s’inscrit dans l’objectif gouvernemental d’atteindre l’accès universel à l’eau potable. Dans son rapport annuel 2024, l’UNICEF au Bénin indique que le pays entend « atteindre l’accès universel à l’eau potable d’ici fin 2026 ».
Le chemin reste toutefois significatif lorsqu’on considère la définition la plus exigeante de l’accès à l’eau potable. Avec seulement 18 % de la population utilisant en 2024 un service classé comme « géré en toute sécurité » par le JMP, une large partie de la population bénéficiant d’une source améliorée ne dispose pas encore simultanément d’une eau accessible sur place, disponible au besoin et répondant aux critères de qualité retenus par le système international de suivi.
Le rapport mondial 2025 du JMP, consacré aux données 2000-2024, souligne précisément que les progrès mondiaux en matière d’eau potable demeurent inégaux et que les populations rurales, les pays à faibles revenus et les populations vulnérables restent davantage exposés aux déficits de services. Pour le Bénin, l’enjeu ne se limite donc plus à augmenter le nombre d’ouvrages : il porte également sur la disponibilité effective du service, sa proximité avec les ménages et la sécurité de l’eau fournie.
Ainsi, le 69,6 % de 2024 constitue un indicateur international comparable qui situe le Bénin dans la progression de l’accès à l’eau potable en Afrique de l’Ouest. Les 82,1 % de desserte rurale et 74,8 % de desserte urbaine publiés dans les statistiques nationales traduisent, pour leur part, les performances du dispositif béninois de desserte. La distinction entre ces indicateurs est essentielle pour apprécier correctement les progrès accomplis et mesurer, sans les confondre, le chemin restant vers l’accès universel à une eau potable effectivement sûre et disponible.
Olivier ALLOCHEME

