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« Ma colline de Ma’anling » : À Cotonou, Wang Chengze fait dialoguer la mémoire des Femmes Soldates Rouges avec celle des Agoodjié du Dahomey

À travers le film chinois consacré aux Femmes Soldates Rouges de Hainan, le producteur Wang Chengze poursuit une démarche de circulation culturelle qui trouve au Bénin une résonance particulière. Pour Imelda BADA, vice-consul du Bénin à Bordeaux et promotrice du Festival International Zogben, l’œuvre fait surgir le souvenir des Agoodjié du Dahomey, ouvrant un dialogue inattendu entre deux mémoires féminines.

COTONOU — Il y a des films qui racontent une histoire. Et puis il y a ceux qui, au détour d’une image, réveillent chez celui qui les regarde une autre mémoire.
À Cotonou, Ma colline de Ma’anling (《我的马鞍岭》), œuvre chinoise consacrée aux Femmes Soldates Rouges de Hainan, appartient à cette seconde catégorie. Porté notamment à l’international par son producteur général, Wang Chengze (王程泽), le film raconte une page de l’histoire révolutionnaire chinoise tout en cherchant à rendre cette mémoire accessible à de nouvelles générations. Au Bénin, cette démarche a trouvé un écho singulier.
Parmi les personnalités ayant eu l’honneur de découvrir le film, Imelda BADA, vice-consul du Bénin à Bordeaux et promotrice du Festival International Zogben, a été particulièrement sensible à la figure de ces femmes combattantes. Les images de Hainan lui ont immédiatement rappelé la mémoire des Agoodjié du Dahomey, ces femmes guerrières qui occupent une place majeure dans l’histoire du royaume du Dahomey et dans l’imaginaire historique béninois.
La comparaison ne saurait être historique au sens strict. Les Femmes Soldates Rouges et les Agoodjié appartiennent à des époques, des sociétés et des contextes politiques radicalement différents. Mais elles se rencontrent dans un même imaginaire : celui de femmes qui, chacune dans son histoire, ont occupé une place exceptionnelle dans la défense et le destin collectif de leur communauté.

C’est cette résonance qui donne à la projection de Cotonou une portée particulière.

Une mémoire chinoise qui voyage

Ma colline de Ma’anling revient sur l’histoire des Femmes Soldates Rouges de Hainan et notamment sur la bataille de Ma’anling, épisode profondément inscrit dans la mémoire révolutionnaire de l’île.

L’œuvre entend transmettre cette histoire à un public contemporain, notamment aux jeunes générations. Le choix d’une forme cinématographique courte et d’une narration centrée sur les personnages permet de transformer une mémoire historique en expérience émotionnelle.
Le film ne se contente donc pas de rappeler le passé. Il cherche à lui donner un nouveau langage.
C’est aussi ce qui explique sa circulation hors de Chine. En 2026, l’œuvre a notamment été présentée dans des cadres universitaires et culturels en Afrique du Nord, notamment au Maroc, dans le cadre d’initiatives de diffusion du cinéma chinois.

Pour Wang Chengze, cette ouverture internationale constitue un prolongement naturel du travail de production : faire voyager une histoire chinoise, mais aussi permettre qu’elle soit reçue, interprétée et questionnée par d’autres cultures.


De Hainan au Dahomey

C’est précisément ce qui s’est produit à Cotonou. Face aux images des combattantes de Hainan, Imelda BADA a retrouvé l’écho d’une autre histoire : celle des Agoodjié.
Cette association est révélatrice de la manière dont fonctionne la mémoire lorsqu’elle traverse les frontières. Le spectateur ne reçoit jamais une œuvre avec un regard totalement neutre. Il la regarde avec son propre passé, ses propres références et les figures historiques de son pays.
Ainsi, une jeune combattante chinoise peut faire surgir, dans l’esprit d’une spectatrice béninoise, la silhouette d’une Agoodjié.
Deux histoires différentes, mais une même puissance symbolique. Le rapprochement est d’autant plus intéressant qu’il place les femmes au centre du récit historique. Dans les deux mémoires, elles ne sont pas de simples figurantes de l’histoire militaire. Elles en deviennent des protagonistes.
Cette dimension féminine constitue probablement l’un des points de rencontre les plus forts entre les deux récits.

Imelda BADA, témoin d’un dialogue des patrimoines

La sensibilité d’Imelda BADA à cette œuvre prend un relief particulier au regard de son engagement culturel. À travers le Festival International Zogben, elle défend une vision du patrimoine comme une réalité vivante, capable de voyager, de rencontrer d’autres cultures et de parler aux générations nouvelles. Le nom même de Zogben « lampe » en fongbé évoque cette idée de lumière et de transmission. La rencontre avec Ma colline de Ma’anling en constitue une illustration presque parfaite. Une mémoire chinoise arrive au Bénin. Elle rencontre une mémoire béninoise. Et, au lieu de rester étrangère, elle provoque une nouvelle lecture du patrimoine local. C’est là toute la force de la diplomatie culturelle lorsqu’elle dépasse les discours convenus : elle permet aux peuples de se découvrir sans leur demander de renoncer à leur propre identité.

Le cinéma comme passerelle

La présence de Wang Chengze à Cotonou dépasse ainsi la simple promotion d’une œuvre cinématographique. Elle s’inscrit dans une démarche plus large de circulation des récits et des patrimoines. Le cinéma possède cette capacité rare de franchir les frontières sans passeport. Une histoire née à Hainan peut être regardée au Bénin, puis faire naître une réflexion sur le Dahomey. L’œuvre reste chinoise. La mémoire des Femmes Soldates Rouges reste profondément liée à l’histoire de Hainan. Mais le regard béninois lui donne une nouvelle profondeur.
C’est peut-être là le véritable enjeu de la rencontre entre les cultures : non pas chercher à rendre les histoires identiques, mais découvrir ce qu’elles peuvent se dire lorsqu’elles acceptent de se rencontrer.


Deux mémoires, un même besoin de transmission

À Hainan comme au Bénin, une même question demeure : comment transmettre aux générations futures la mémoire de celles et ceux qui ont marqué l’histoire ? Le cinéma apporte une réponse chinoise.

Le patrimoine vivant en apporte une autre au Bénin. Les deux démarches se rejoignent dans une même nécessité : empêcher que les grandes figures historiques ne deviennent de simples noms dans les livres.

À Cotonou, Wang Chengze apporte donc plus qu’un film. Il apporte une mémoire. Et cette mémoire, en rencontrant le regard d’Imelda BADA, fait surgir celle des Agoodjié. La Chine raconte Hainan. Le Bénin se souvient du Dahomey. Entre les deux, un dialogue commence. La colline de Ma’anling est restée en Chine. Les Agoodjié demeurent dans la mémoire du Dahomey. Mais le temps d’un film, deux histoires éloignées par les continents ont trouvé un langage commun : celui du courage, de la transmission et de la mémoire des femmes.
Et c’est peut-être là que réside la plus belle force de cette rencontre culturelle : faire de la mémoire non pas une frontière entre les peuples, mais un pont.

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