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Taux directeurs bas, crédit toujours cher :  Ce que révèlent les chiffres 2026 sur les banques béninoises

Sur le papier, l’argent n’a jamais été aussi bon marché en Afrique de l’Ouest. Depuis le 16 mars 2026, le principal taux directeur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), celui auquel elle refinance les banques commerciales, est fixé à 3,00%, contre 3,25% auparavant, tandis que le taux du guichet de prêt marginal est passé de 5,25% à 5,00%. Cette baisse de 25 points de base, décidée à l’issue de la réunion du Comité de politique monétaire (CPM) du 4 mars 2026, a été confirmée sans changement lors de la réunion suivante, tenue le 10 juin 2026 à Dakar. Pourtant, pour un ménage béninois qui souhaite emprunter, la réalité du guichet bancaire est tout autre.

Un écart persistant entre refinancement et taux aux clients

Selon les données publiées par la BCEAO, le taux de base bancaire moyen des quinze établissements de crédit opérant au Bénin s’établissait à 8,66% au 31 décembre 2025, avec un taux débiteur maximum moyen de 13,57%. L’écart entre banques reste important : le taux débiteur maximum le plus bas est appliqué par l’Africaine des Garanties et du Cautionnement (AFGC), à 11%, suivie par NSIA Banque Bénin (12%) et Sonibank Bénin (12,5%), tandis que les grandes enseignes du marché, Bank of Africa Bénin, Société Générale Bénin, Coris Bank International Bénin ou UBA Bénin, pratiquent des taux débiteurs maximums compris entre 13% et 14%.

Sur des produits précis, les conditions affichées confirment ce décalage avec le taux directeur. Société Générale Bénin propose un prêt personnel immobilier à un taux hors taxe de 6,8%, sur une durée pouvant atteindre 240 mois, avec un apport de 10%. Orabank Bénin et Ecobank Bénin se situent dans une fourchette comparable, respectivement autour de 6 à 8% et de 6,5 à 7,5%. Ces offres immobilières s’appuient en partie sur le mécanisme de la Caisse Régionale de Refinancement Hypothécaire de l’UEMOA (CRRH-UEMOA) : contrairement à une banque commerciale, cet établissement financier à caractère bancaire, créé en 2010, ne prête pas directement aux particuliers. Il a pour unique objet de refinancer les prêts à l’habitat déjà accordés par les banques et les systèmes financiers décentralisés (SFD) à leurs clients, en levant des ressources longues sur les marchés financiers régionaux ou auprès de partenaires au développement. C’est ce mécanisme qui permet aux banques membres d’offrir aux ménages des durées de prêt plus longues et des taux plus détendus que si elles se refinançaient seules à court terme. Côté crédit à la consommation, les prêts personnels oscillent généralement entre 7% et 11%, certaines plateformes de prêt annonçant 10 à 11% pour des prêts à moyen terme destinés aux salariés.

Le plafond légal a lui aussi baissé

Le coût du crédit reste néanmoins encadré. Par une décision du 29 décembre 2025, le Conseil des ministres de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) a abaissé le taux d’usure applicable aux banques de 15% à 14% l’an, effectif depuis le 1er juin 2026 ; celui applicable aux établissements financiers de crédit et aux institutions de microfinance recule dans le même temps de 27% à 24%. Concrètement, un salarié béninois qui emprunte pour l’immobilier obtient un taux nettement supérieur aux 3% du taux directeur, mais qui reste sous le nouveau plafond légal de 14%. Les petites entreprises peu formalisées, elles, se rapprochent souvent de ce plafond, tandis que les structures se finançant auprès des institutions de microfinance restent exposées à un coût du crédit pouvant atteindre 24%.

Le Bénin dans la moyenne ouest-africaine

Un classement 2026 portant sur le taux moyen débiteur des prêts aux ménages, construit à partir du Bulletin mensuel des statistiques de la BCEAO (mai 2026) et des publications des banques centrales nationales, situe le Bénin en cinquième position régionale, à 8,01%, un niveau identique à celui du Mali. Ce chiffre place le pays dans la fourchette des huit pays de l’UEMOA classés, qui va de 7,20% pour la Côte d’Ivoire à 8,99% pour le Niger, en passant par la Guinée-Bissau (7,50%), le Burkina Faso (7,62%), le Togo (7,82%) et le Sénégal (8,05%). Le Liberia, hors zone UEMOA, se détache très nettement du groupe avec un taux moyen de 16,16%, selon les données de la Banque centrale du Liberia. Plusieurs pays de la région, Ghana, Nigeria, Guinée, Cap-Vert, Gambie, Mauritanie et Sierra Leone, ne figurent pas dans ce classement, faute d’un indicateur de taux ménages directement comparable à celui de la zone UEMOA.

Un système financier qui répercute son propre coût du risque

Cette comparaison régionale confirme ce que montrent les données béninoises prises isolément : la baisse du taux directeur de la BCEAO ne se traduit pas mécaniquement par une baisse équivalente du coût du crédit pour les ménages et les entreprises. L’écart entre les 3% de refinancement et les 7 à 14% pratiqués localement reflète, selon les données disponibles, le degré de bancarisation, le coût du risque de crédit, la capacité de recouvrement et les contraintes prudentielles propres au système financier béninois. Pour les emprunteurs, la comparaison des offres entre établissements, de l’AFGC aux grandes banques panafricaines présentes au Bénin, demeure, chiffres à l’appui, le principal levier pour réduire le coût réel de leur financement.

Olivier ALLOCHEME

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