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Banques du Bénin en 2025 : Une place solide, mais encore modeste dans l’UEMOA

Le secteur bancaire béninois a terminé 2025 sur des indicateurs globalement solides, avec une progression du crédit supérieure à la moyenne régionale, une rentabilité en hausse et une solvabilité nettement au-dessus du minimum réglementaire. Mais rapportée à la taille de l’économie, l’intermédiation bancaire reste encore relativement limitée. Les données de la Commission bancaire de l’UMOA, croisées avec celles de la Banque mondiale et du FMI, montrent que le Bénin occupe une position intermédiaire dans la région, loin derrière le Sénégal sur le crédit bancaire rapporté au PIB, mais devant plusieurs pays de l’Union.

Le rapport annuel 2025 de la Commission bancaire de l’UMOA, publié le 21 août 2026, recense 161 établissements de crédit agréés, dont 136 banques, à fin décembre 2025. Le Bénin en compte 14, auxquels s’ajoute un établissement financier à caractère bancaire. Le total de bilan des établissements béninois atteint 7 607,6 milliards de FCFA, en progression de 9,0 % sur un an, contre une croissance de 14,1 % pour l’ensemble de l’UMOA, dont les actifs culminent à 82 298,8 milliards de FCFA. Le Bénin représente ainsi environ 9,2 % des actifs bancaires de l’Union.  

Le crédit progresse plus vite au Bénin

Le financement de l’économie constitue l’un des points forts de la place béninoise. Les crédits à la clientèle ont augmenté de 8,3 % en 2025, soit environ 283 milliards de FCFA supplémentaires. Dans l’ensemble de l’UMOA, leur progression n’a été que de 5,5 %, pour un encours de 38 731,6 milliards de FCFA. Le Bénin se situe ainsi derrière la Côte d’Ivoire, à +11,9 %, mais devant le Sénégal, le Togo et le Mali.

Cette dynamique est particulièrement intéressante lorsqu’elle est rapportée au PIB. La Banque mondiale, à partir des données des International Financial Statistics du FMI, publie l’indicateur « Domestic credit to private sector by banks (% of GDP) ». Celui-ci mesure les ressources fournies au secteur privé par les banques de dépôt, notamment sous forme de prêts, d’achats de titres autres que les actions et de crédits commerciaux.  

En 2025, le ratio atteint 19,7 % du PIB au Bénin. Il est inférieur à celui de la Côte d’Ivoire (22,7 %) et du Burkina Faso (22,7 %), du Mali (20,4 %), du Togo (22,9 %). Toutefois, il est supérieur à celui du Niger (9,5 %) et de la Guinée-Bissau (9,6 %). Le Sénégal se détache nettement avec 30,9 %. Les données 2025 de la Banque mondiale confirment ainsi que le Bénin se situe dans le bas du classement régional en matière de profondeur du crédit bancaire.  

Les dépôts : un indicateur plus favorable au Bénin

La situation est différente lorsqu’on examine les dépôts. La Banque mondiale définit le ratio « Bank deposits to GDP » comme la valeur totale des dépôts à vue, à terme et d’épargne auprès des banques de dépôt rapportée au PIB.  

Pour 2025, les données nationales disponibles permettent toutefois d’établir un ordre de grandeur. Les dépôts collectés par les banques béninoises ont atteint 4 659,7 milliards de FCFA, en hausse de 6 % sur un an, tandis que les emplois se sont établis à 3 709,9 milliards, en progression de 8,6 %.  

Rapporté au PIB nominal 2025 publié par la Banque mondiale, évalué à 24,57 milliards de dollars, le stock de dépôts représente, à titre de calcul indicatif, environ 29 % du PIB après conversion au taux fixe de 655,957 FCFA pour un dollar. Ce ratio ne doit toutefois pas être présenté comme le ratio officiel « Bank deposits to GDP » de la Banque mondiale, car les définitions et méthodes statistiques ne sont pas strictement identiques. Le PIB 2025 du Bénin est bien évalué à 24,57 milliards de dollars par la Banque mondiale.  

Des ressources qui progressent plus vite que les crédits dans l’UEMOA

À l’échelle régionale, le décalage entre ressources et emplois constitue l’un des faits marquants de 2025. Les dépôts et emprunts des établissements de crédit de l’UMOA ont progressé de 16 %, atteignant 56 200,2 milliards de FCFA. Cette hausse est presque trois fois supérieure à celle des crédits à la clientèle, limitée à 5,5 %. Le rapport de la Commission bancaire relève parallèlement une progression de 15,1 % du portefeuille de titres, porté à 25 796 milliards de FCFA.

Le Bénin présente un profil un peu différent. Avec 4 659,7 milliards de dépôts et 3 709,9 milliards d’emplois, les emplois représentent environ 79,6 % des dépôts. La collecte progresse donc moins vite que les crédits : +6 % pour les dépôts contre +8,6 % pour les emplois. Cela signifie que, contrairement à la tendance régionale générale, le financement bancaire béninois a augmenté plus rapidement que les ressources collectées en 2025.

Cette évolution indique que le principal problème du système bancaire béninois n’est pas une absence de transformation des dépôts en crédit, mais plutôt le niveau encore modeste de l’intermédiation bancaire rapporté à la taille de l’économie.

Une solvabilité supérieure à la moyenne régionale

La solidité financière demeure néanmoins un atout majeur. Le résultat net des banques béninoises a atteint 95,1 milliards de FCFA en 2025, contre 1 252,1 milliards pour l’ensemble de l’UMOA. Le rendement des fonds propres régional est passé de 14,4 % à 16,1 %.

Surtout, le ratio moyen de solvabilité du Bénin s’établit à 17,4 %, contre 15,6 % pour l’UMOA. La qualité du portefeuille constitue également un avantage : le Bénin et la Côte d’Ivoire sont les deux seules places de l’Union dont le taux de dégradation du portefeuille est inférieur à la moyenne régionale de 9,1 %.

Cette solidité doit toutefois être mise en regard de la concentration croissante du marché. L’indice Herfindahl-Hirschman du secteur bancaire béninois est passé de 1 266 en 2024 à 1 525 en 2025, traduisant une concentration accrue des crédits autour des principaux établissements.

Au total, les données disponibles dessinent une image assez claire du système bancaire béninois. Le Bénin dispose en 2025 d’un secteur bancaire solide, rentable et bien capitalisé, mais dont la profondeur financière reste inférieure à celle des principales places de l’UEMOA. L’enjeu pour notre pays est donc double : maintenir les niveaux élevés de solvabilité et de qualité des actifs enregistrés en 2025, tout en élargissant l’accès au crédit afin que la croissance du secteur bancaire accompagne davantage celle de l’économie réelle, notamment les PME et les entreprises encore éloignées du financement bancaire classique.

Crédit bancaire au secteur privé rapporté au PIB en 2025

Comparaison des huit pays de l’UEMOA selon l’indicateur de la Banque mondiale « Domestic credit to private sector by banks (% of GDP) ».

ratiocountry
30,9Sénégal
22,9Togo
22,7Burkina Faso
22,7Côte d’Ivoire
20,4Mali
19,7Bénin
9,6Guinée-Bissau
9,5Niger

Olivier ALLOCHEME

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