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Sondage :  49 % des Béninois satisfaits de leur démocratie

Le dixième cycle d’enquêtes d’Afrobaromètre, publié dans son rapport de septembre 2026 sous le titre « Democracy: Faltering demand in Africa? », livre un panorama inédit et nuancé de l’état de la gouvernance sur le continent africain. Au cœur de cette étude continentale menée auprès de plus de 50 000 citoyens dans 38 pays, le Bénin fait figure de cas d’école particulièrement instructif. Alors que les observateurs internationaux pointent un effritement des libertés politiques dans la sous-région, 49 % des Béninois se disent satisfaits du fonctionnement de leur démocratie.

Le taux de 49 % de satisfaction exprimé par les béninois quant au fonctionnement quotidien de leurs institutions démocratiques place le pays dans la moitié supérieure du continent. Le rapport souligne d’ailleurs la grande précarité de cette évaluation à l’échelle globale : « Seulement environ quatre répondants sur dix (38 %) se disent « assez satisfaits » ou « très satisfaits » de la façon dont la démocratie fonctionne dans leur pays ».  Avec ses 49 %, le Bénin surpasse de 11 points de pourcentage la moyenne continentale établie à 38 %.

Dans l’espace ouest-africain, le Bénin se positionne au même niveau que le Ghana (49 %) et juste derrière le Sénégal, qui domine largement le classement régional avec 68 % de satisfaction. Le modèle béninois surpasse nettement la Côte d’Ivoire (40 %), le Togo (30 %) et surtout le Nigeria, où seuls 16 % des citoyens se déclarent satisfaits de leur système démocratique.

Cette évaluation positive se retrouve également dans la perception de l’existence même de la démocratie. Au Bénin, 60 % des personnes interrogées considèrent que leur pays constitue « une pleine démocratie » ou « une démocratie avec des problèmes mineurs ». Ce résultat dépasse de 13 points la moyenne africaine (47 %) et place à nouveau le Bénin au coude-à-coude avec le Ghana (61 %), loin devant la Côte d’Ivoire (54 %), le Togo (39 %) et le Nigeria (27 %), tandis que le Sénégal mène la zone avec 70 %.

Entre déclin institutionnel et érosion de la demande

L’analyse des tendances sur la période 2014/2015-2024/2025 révèle toutefois des dynamiques plus complexes. Sur le plan institutionnel, le rapport note que selon l’Index lexical de la démocratie électorale, plusieurs pays ont subi une dégradation de leurs standards politiques. Afrobaromètre rappelle ainsi que « plusieurs pays ont connu un recul démocratique au cours des années suivantes, évoluant vers des « autocraties multipartites » (Bénin, Nigeria, Côte d’Ivoire, Mozambique, Sierra Leone et Tanzanie) ». Le Bénin, autrefois classé parmi les « polyarchies » bénéficiant d’une compétition électorale et de libertés publiques de haut niveau, a ainsi basculé dans cette catégorie des autocraties multipartites.

Ce glissement institutionnel s’est accompagné d’un effritement de la pleine demande de démocratie chez les citoyens, c’est-à-dire la combinaison entre une préférence explicite pour la démocratie et un rejet catégorique de toutes les alternatives autoritaires. En dix ans, cette pleine demande a chuté de 9 points de pourcentage au Bénin, passant de 57 % en 2014/2015 à 48 % en 2024/2025.

Cette érosion s’inscrit dans un mouvement général de recul observé dans la sous-région. La Côte d’Ivoire a connu l’un des effondrements les plus spectaculaires du continent avec une perte de 26 points (tombant de 65 % à 39 %), tandis que le Mali s’est effondré de 35 points pour atteindre un plancher de 8 % de pleine demande. Le Sénégal et le Ghana ont également enregistré des baisses de 7 et 5 points respectivement, s’établissant à 59 % et 43 %. Le Nigeria est resté stable à 44 %, alors que le Liberia fait figure d’exception régionale avec une progression de 11 points, grimpant à 48 %. À l’échelle des 28 pays suivis depuis une décennie, la satisfaction moyenne a reculé de 44 % à 42 %. Le rapport constate d’ailleurs que « Les évaluations des Africains de l’offre démocratique restent en deçà de leur demande de démocratie, révélant un écart persistant entre ce que les citoyens veulent et ce qu’ils reçoivent de leurs régimes politiques ».  tout en avertissant que « L’écart se réduit parce que les citoyens de nombreux pays sont de plus en plus susceptibles d’envisager des formes de gouvernement non démocratiques ».

Les interventions militaires

Malgré ce contexte de dégradation institutionnelle, l’attachement de principe des Béninois aux valeurs démocratiques demeure extrêmement élevé. En effet, 77 % des Béninois affirment que la démocratie est préférable à toute autre forme de gouvernement, un taux bien supérieur à la moyenne continentale de 64 %.

Ce choix se traduit par un rejet massif des formes traditionnelles d’autoritarisme :

  • 89 % des Béninois rejettent le pouvoir d’un seul homme ou la dictature présidentielle.
  • 89 % s’opposent à l’établissement d’un système de parti unique.
  • 67 % désapprouvent un gouvernement dirigé par l’armée.

Sur ce dernier point, le rejet du régime militaire au Bénin (67 %) dépasse la moyenne africaine (65 %) ainsi que les niveaux observés au Nigeria (66 %), en Côte d’Ivoire (63 %), au Ghana (62 %), au Togo (40 %) et au Mali (21 %), même s’il reste en deçà du Sénégal (81 %).

Cependant, le rapport met en lumière une nuance cruciale concernant le rôle des forces armées. Lorsqu’on interroge les citoyens sur une éventuelle intervention militaire en cas de crise, 42 % des Béninois prennent une position catégorique en estimant que l’armée ne devrait jamais intervenir dans le processus politique. À l’inverse, 57 % des personnes interrogées au Bénin jugent légitime que l’armée prenne le contrôle du gouvernement si les dirigeants élus abusent de leur pouvoir. Cette tolérance conditionnelle reflète une insatisfaction face à la gestion des affaires publiques. Comme l’analyse le rapport, les désillusions s’expliquent par de mauvaises évaluations des performances publiques et par le fait qu’il y a des « des baisses disproportionnellement plus importantes de la demande parmi certains groupes démographiques qui ont traditionnellement été des bastions d’attitudes pro-démocratiques, notamment les citoyens plus aisés, mieux éduqués et mieux informés ».

Tableau synthétique des indicateurs démocratiques en Afrique de l’Ouest

Pays / ZoneSatisfaction envers la démocratiePerception d’une démocratie pleine / minoréePréférence pour la démocratiePleine demande de démocratieRejet du régime militaireNon-intervention absolue de l’armée
Sénégal68 %70 %82 %59 %81 %58 %
Bénin49 %60 %77 %48 %67 %42 %
Ghana49 %61 %74 %43 %62 %48 %
Côte d’Ivoire40 %54 %70 %39 %63 %32 %
Togo30 %39 %58 %18 %40 %27 %
Nigeria16 %27 %65 %44 %66 %45 %
Moyenne (38 pays)38 %47 %64 %36 %65 %40 %

 Le rapport Afrobarometer est animé par un réseau de recherche panafricain et non partisan à but non lucratif dont le siège est situé au Ghana. Les auteurs de cette étude (Afrobarometer Policy Paper No. 106) sont Robert Mattes ( cofondateur d’Afrobarometer et professeur de science politique à l’Université de Strathclyde), Suhaylah Peeraullee, formatrice en renforcement des capacités chez Afrobarometer et Rehan Visser,  éditeur pour Afrobarometer.

Le réseau s’appuie sur la coordination régionale de plusieurs institutions partenaires sur le continent, notamment le Ghana Center for Democratic Development (CDD-Ghana), l’Institute for Justice and Reconciliation (IJR) en Afrique du Sud, l’Institute for Development Studies (IDS) de l’Université de Nairobi au Kenya, et Innovante Recherche en Economie et Gouvernance (IREG) au Bénin, ainsi que sur l’appui technique des universités d’État du Michigan et du Malawi.

Olivier ALLOCHEME

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