You are currently viewing Portrait : Majoie Houndji, de victime du cyberharcèlement à stratège de la réputation

Portrait : Majoie Houndji, de victime du cyberharcèlement à stratège de la réputation

Née en 1997 au Bénin, Majoie Houndji s’est progressivement imposée dans les univers du journalisme, du digital, de l’influence et de l’entrepreneuriat. Marquée en 2017 par une violente exposition au cyberharcèlement, elle a transformé cette expérience en combat, puis en expertise dans les domaines de l’identité, de la réputation et de la gestion de crise.

Née le 4 mars 1997 au Bénin, Mawuna Majoie Gloria Houndji, connue sous le nom de Majoie Houndji, est entrepreneure, journaliste, influenceuse, conférencière et formatrice. Son parcours professionnel s’est progressivement construit à la croisée du journalisme, des médias, du digital, de l’influence et de la communication. Mais avant de devenir une professionnelle de l’image, de la réputation et de la gestion de crise, elle a elle-même connu les conséquences brutales du regard porté sur une personne dans l’espace numérique.

En 2017, alors qu’elle est encore une jeune femme, Majoie Houndji fait partie des premières victimes fortement exposées au cyberharcèlement au Bénin. Son apparence physique devient le sujet de moqueries et d’attaques répétées sur Internet, notamment autour de sa poitrine. En l’espace d’une semaine, plus de 60 000 personnes suivent son actualité sur les réseaux sociaux. Derrière cette soudaine visibilité se trouve pourtant une expérience particulièrement douloureuse, qui lui permet de mesurer directement les effets des violences numériques sur l’estime de soi et le rapport au monde.

Cette expérience aurait pu rester une blessure personnelle. Elle devient finalement le point de départ d’un engagement. Majoie comprend que le phénomène dépasse son propre cas et que, dans le Bénin de cette période, le cyberharcèlement reste encore mal compris, parfois assimilé à une simple liberté d’expression sur Internet. Elle décide alors d’utiliser la communauté qu’elle vient de rassembler pour sensibiliser, écouter les victimes, les orienter et parler publiquement des conséquences des violences numériques. Peu à peu, celle qui avait été exposée devient l’une des voix engagées contre le cyberharcèlement au Bénin et en Afrique de l’Ouest.

De la violence numérique à la compréhension de l’image

Cette période lui laisse une autre leçon, qui va peser sur la suite de sa carrière : l’image d’une personne peut être façonnée par le regard des autres, parfois très loin de ce qu’elle est réellement. Majoie découvre également qu’une réputation se construit avec le temps, mais peut être fragilisée en quelques heures. Dans une situation de crise, la communication peut alors devenir déterminante. Ce qu’elle expérimente comme victime constitue progressivement l’une des bases de son expertise professionnelle.

Formée au journalisme, elle développe un parcours à la croisée des médias, du digital, de l’influence et de la communication. Production de contenus, marketing digital, communication institutionnelle et valorisation de l’image viennent compléter son activité sur les réseaux sociaux. Son influence, elle choisit de ne pas la limiter à une question d’audience : elle l’utilise pour sensibiliser, transmettre, mettre des personnes en lumière et créer des opportunités.

Son engagement la conduit à collaborer avec des organisations telles qu’Amnesty International, Oxfam Ghana et l’Université d’Abomey-Calavi. Elle intervient dans des écoles, des universités et des conférences et est sollicitée par des médias béninois et internationaux. BBC et Deutsche Welle s’intéressent notamment à son parcours et à son expérience du cyberharcèlement.

La parole comme autre forme d’engagement

À mesure que son parcours s’élargit, Majoie Houndji investit davantage les espaces de transmission. En 2021, elle est TEDx Speaker à TEDxCadjèhounWomen. Elle y partage notamment sa réflexion sur la manière de transformer les complexes et les épreuves en force. L’année suivante, elle rejoint la 15e promotion de la Young African Leaders Initiative (YALI), une expérience qui renforce son intérêt pour le leadership et l’engagement des jeunes Africains.

Cette volonté de transmettre s’accompagne d’un engagement plus large en faveur de la jeunesse, de la culture, de l’éducation, de la créativité et de la valorisation des talents. Majoie ne s’enferme pas dans une seule fonction. Elle fait du journalisme, de la communication, de l’influence et de l’entrepreneuriat des outils complémentaires au service de différents projets.

Structurer le combat contre le cyberharcèlement

En 2023, son engagement franchit une nouvelle étape avec la création de LCCAM – Lutte Contre le Cyberharcèlement en Afrique MIGBƆ, dont elle est aujourd’hui présidente. Le terme MIGBƆ, choisi avec l’accompagnement de l’expert linguistique fon Fabroni Bill Yoclounon, porte l’idée d’arrêter, de dire stop au cyberharcèlement. Avec cette initiative, le combat change d’échelle. Il ne s’agit plus seulement de témoigner d’une expérience personnelle, mais de contribuer à organiser une action collective autour de la prévention et de la lutte contre les violences numériques. Dès son lancement, l’initiative mobilise rapidement sa communauté : plus de 1 000 personnes suivent la page en 24 heures et 335 manifestent leur volonté d’y adhérer durant la première semaine.

« Célébrons-nous vivant »

La valorisation des personnes constitue également le cœur d’une autre initiative portée par Majoie Houndji : les Prix de la Considération – Majoie Houndji. Le principe est de reconnaître les personnes de leur vivant, plutôt que d’attendre leur disparition, une polémique ou un événement dramatique pour saluer leur contribution. Le slogan de l’initiative, « Célébrons-nous vivant », résume cette philosophie.

Le premier trophée est remis à BB Sans Os, artiste, poète et performeur. Le deuxième revient à Badro Escobar, présenté comme le meilleur ami du feu Dj Arafat. Au-delà des récompenses, l’initiative entend installer une culture de la considération et de la reconnaissance. Elle prolonge aussi, d’une certaine manière, le combat de Majoie contre les violences numériques : utiliser l’influence pour valoriser les personnes plutôt que contribuer à les détruire.

Son propre parcours finit par être distingué. Nominée au Festival Gala des Jeunes en 2020, elle est également nominée en 2025 dans le cadre des distinctions portées par Open Conscience avant d’être choisie comme Best Influencer 2025. En 2026, elle figure parmi les 100 jeunes leaders béninois.

Cette reconnaissance prend une résonance particulière au regard de son histoire. Quelques années plus tôt, Internet avait été le théâtre d’attaques visant son image. Elle y construit désormais une influence suffisamment forte pour être distinguée dans ce même univers.

De Majoie Communication à la stratégie de réputation

L’entrepreneuriat devient progressivement l’autre versant de son parcours. En 2021, Majoie Houndji fonde Majoie Communication, qui évolue aujourd’hui vers un cabinet spécialisé dans la stratégie d’autorité, l’influence, la réputation et la gestion de crise. La structure accompagne des personnalités publiques, des dirigeants, des entrepreneurs, des institutions et des organisations sur des questions d’identité, de positionnement, de visibilité, de communication et de réputation.

Le positionnement de ce cabinet s’inscrit directement dans son histoire. Celle qui a connu une image façonnée par les autres avant de pouvoir reprendre la parole consacre désormais une partie de son activité à aider des personnes et des organisations à construire, protéger et maîtriser leur propre récit.

C’est dans cet univers qu’est né le surnom d’« Olivia Pope du Bénin », en référence au personnage de la série Scandal, associé à la gestion de crise et à l’image des personnalités publiques. Chez Majoie Houndji, la communication ne se résume toutefois pas à accroître la visibilité. Elle touche aussi à l’identité, à la perception du public et à la protection de la réputation lorsque celle-ci est mise à l’épreuve.

Son expérience professionnelle au sein de P.E.B.Co-BETHESDA, notamment dans le marketing digital, complète cette trajectoire. Elle y développe une expérience de la communication institutionnelle, de la production de contenus, des médias et de la valorisation de l’image d’une organisation.

Aujourd’hui, son profil reste transversal : journaliste, influenceuse béninoise, conférencière, formatrice, entrepreneure, militante contre le cyberharcèlement et stratège en identité, réputation et gestion de crise. Ces différentes dimensions ne sont pas, chez elle, des trajectoires séparées. Elles se répondent.

Le journalisme lui apporte le goût de l’information et du récit. Le cyberharcèlement lui révèle la fragilité et la puissance de l’image publique. L’influence lui apprend à fédérer une communauté. Les conférences et les formations renforcent sa capacité de transmission. L’entrepreneuriat lui permet enfin de transformer cette expérience en projets et en solutions.

Derrière la diversité de ses activités, une même trajectoire apparaît. En 2017, Majoie Houndji découvre la violence du regard public en devenant elle-même une cible du cyberharcèlement. Elle répond par la prise de parole. Cette parole devient un combat, le combat rassemble une communauté, la communauté nourrit une influence. Cette influence l’ouvre ensuite aux médias, aux conférences, aux organisations et aux universités, avant de l’amener vers une expertise professionnelle de l’identité, de l’image, de la réputation et de la communication.

Son parcours ressemble ainsi moins à une succession de changements de métiers qu’à un approfondissement progressif d’une même histoire. L’attaque contre son apparence devient un combat contre le cyberharcèlement. Le combat devient une communauté. La communauté devient une influence. L’influence devient une capacité de transmission. Et cette capacité se transforme à son tour en expertise entrepreneuriale.

À 29 ans, Majoie Houndji poursuit donc une trajectoire née d’une expérience qu’elle n’avait pas choisie. Ses formations, ses prises de parole, ses engagements et ses entreprises prolongent une conviction : une histoire personnelle douloureuse peut aussi devenir une source de compréhension, de création et d’impact. De victime exposée sur Internet à professionnelle de l’identité et de la réputation, elle a fait de son expérience le point de départ d’un combat, puis d’un métier.

Augustin HESSOU

Laisser un commentaire