Invité le dimanche 4 octobre 2026 de l’émission sociopolitique Expression Directe sur Radio GERDDES Afrique, Expérience Tèbè, président du Mouvement populaire de libération (MPL), a largement commenté la réforme portant création de six pôles de développement au Bénin. Favorable à l’initiative portée par le président de la République Romuald Wadagni, il estime que cette approche ne constitue pas un nouveau découpage administratif, mais une stratégie visant à organiser les territoires autour de leurs complémentarités économiques, à rationaliser les investissements et à rapprocher les opportunités de développement des populations.
Au cours des 90 minutes d’échanges avec le journaliste Laurent Agbotouyedo, Expérience Tèbè a d’abord livré son appréciation des premiers mois de la gouvernance de Romuald Wadagni. Le président du MPL, dont le parti a soutenu la candidature du chef de l’État, juge prématuré de tirer un bilan définitif après seulement quelques mois d’exercice. Il estime toutefois que les premières décisions prises traduisent, selon lui, « un bon démarrage de l’action publique » et une volonté d’assouplir le quotidien des Béninois. « En quelques mois, on ne peut pas avoir des chantiers de changements notables », a-t-il relevé, tout en appelant les populations à la patience et à la résilience. Il cite notamment, parmi les mesures qu’il considère comme encourageantes, les actions dans les secteurs de l’éducation, du transport des étudiants et de l’énergie.
Une réforme qui ne bouleverse pas le découpage administratif : Revenant au cœur du débat, Expérience Tèbè a tenu à clarifier la portée de la réforme des six pôles. Selon lui, il ne s’agit pas de remettre en cause l’organisation administrative existante, notamment les départements, les communes et les mécanismes de décentralisation.
Les six pôles retenus, Nord-Ouest, Nord-Est, Centre, Sud-Est, Sud-Ouest et Grand-Nokoué doivent plutôt être compris comme des territoires de coopération et de développement. L’objectif est, explique-t-il, de regrouper des territoires présentant des complémentarités économiques afin de mieux organiser les investissements et de favoriser la réalisation de projets dépassant les capacités d’une seule commune.
Pour illustrer cette logique, le président du MPL évoque la complémentarité entre Porto-Novo et Avrankou. Là où une commune peut disposer de ressources ou de capacités d’investissement, une autre peut posséder les matières premières ou les potentialités agricoles nécessaires à la mise en place d’une activité de transformation. La mutualisation de ces atouts permettrait, selon lui, de créer davantage de valeur à l’échelle du territoire. « L’esprit qu’il faut voir dans ce nouveau découpage, c’est organiser le territoire en fonction des potentialités qu’offre la zone considérée », a-t-il expliqué.
Des « locomotives économiques » pour les territoires
Pour Expérience Tèbè, la simple délimitation de six pôles ne saurait suffire à produire du développement. La réussite de la réforme dépendra de sa traduction en actions concrètes. Il préconise notamment l’identification des vocations économiques propres à chaque pôle, la mise en valeur des villes susceptibles d’en devenir les locomotives, ainsi que le renforcement des infrastructures énergétiques, numériques et de transport. Il insiste également sur la nécessité de mettre en place des mécanismes de financement adaptés aux projets dépassant le cadre d’une seule commune et d’évaluer régulièrement les résultats obtenus, notamment en matière d’investissements, d’emplois et d’accès aux services.
Dans cette perspective, il invite les collectivités territoriales à dépasser les logiques de concurrence. La réforme, soutient-il, ne devrait pas diminuer les prérogatives des maires, mais offrir aux communes une possibilité supplémentaire de travailler ensemble sur des projets structurants. « Le Bénin n’a pas besoin de nouveau pouvoir administratif. Le Bénin a besoin de six locomotives économiques », a-t-il résumé en conclusion sur cette question.
L’emploi des jeunes au cœur des attentes
Au-delà de l’organisation territoriale, le président MPL voit dans cette réforme un moyen de lutter contre le chômage et le sous-emploi, particulièrement chez les jeunes. Il estime que la valorisation des ressources locales, la transformation des productions et l’attraction de nouveaux investissements peuvent créer des emplois directement dans les territoires.
Il s’est notamment inquiété de l’exode des jeunes Béninois vers l’étranger, estimant qu’une politique de développement territorial devrait permettre aux citoyens de trouver davantage d’opportunités dans leurs propres localités. Selon lui, le développement doit ainsi devenir l’affaire de tous les citoyens et non rester concentré dans quelques grands centres urbains. L’enjeu consiste, à ses yeux, à faire de chaque Béninois un acteur du développement de son territoire.
Le MPL assume son soutien à Wadagni
Interrogé sur le positionnement du MPL et sur son soutien au président Romuald Wadagni après avoir été identifié comme une formation de l’opposition, Expérience Tèbè a revendiqué un choix guidé, selon lui, par l’intérêt national plutôt que par la recherche de postes. Il affirme que son parti n’a pas besoin d’être représenté au gouvernement pour contribuer à la gouvernance du pays. « De partout où nous sommes, nous pouvons influencer positivement la gouvernance de notre pays », a-t-il déclaré.
Face aux interrogations des auditeurs sur une éventuelle adhésion du MPL à un bloc politique, le président du parti a également indiqué que la formation politique existe toujours et qu’aucune adhésion à un bloc n’avait, à ce stade, été annoncée.
Des mesures gouvernementales saluées
Expérience Tèbè s’est par ailleurs félicité de plusieurs mesures prises par le gouvernement, notamment dans le domaine de l’éducation. Il a salué la décision annoncée concernant les agents contractuels de l’État (AME), estimant que l’amélioration des conditions des enseignants constitue un enjeu majeur pour l’avenir du système éducatif. Il a également mis en avant les efforts engagés dans le secteur de l’énergie, qu’il considère comme une condition essentielle de l’industrialisation et de l’attraction des investissements.
Sur la question de la frontière entre le Bénin et le Niger, il a appelé à la poursuite du dialogue entre les deux pays. Pour lui, les populations des deux États ont intérêt à retrouver une circulation plus fluide des personnes et des biens, dans un contexte où les économies et les populations restent fortement interdépendantes.
Il a enfin estimé que le déplacement du président Wadagni en France ne devait pas être interprété comme une rupture avec une quelconque tradition diplomatique. À ses yeux, le calendrier des rencontres présidentielles répond avant tout aux priorités du moment et à la disponibilité des agendas des différents chefs d’État.
Les préoccupations sociales également au rendez-vous
La dernière partie de l’émission a permis à plusieurs auditeurs d’interroger le président du MPL sur son parcours politique, l’avenir de son parti et certaines préoccupations sociales. Expérience Tèbè a notamment annoncé vouloir rencontrer le chef de l’État Romuald Wadagni au sujet de la situation des personnes sous dialyse. Il considère cette question comme une préoccupation nationale et estime que la protection du capital humain doit rester au cœur des politiques publiques. « La ressource la plus importante pour bâtir un pays, c’est les hommes », a-t-il soutenu, plaidant pour une meilleure prise en charge des citoyens confrontés à des pathologies lourdes.
Au terme de l’émission, le président du MPL a réaffirmé son soutien à la réforme des six pôles de développement. Pour lui, son succès dépendra toutefois de la capacité de l’État, des collectivités, des acteurs économiques et des citoyens à travailler ensemble. Une approche qui, selon son analyse, pourrait permettre de mieux exploiter les potentialités locales, de créer davantage d’emplois et de réduire les déséquilibres territoriaux.
Romain HESSOU

