Pendant plusieurs décennies, le système éducatif béninois a souffert d’un niveau d’investissement public limité. Les dépenses combinées consacrées à l’éducation et à la santé n’ont représenté que 3,3 % du PIB national. Ce niveau demeure nettement inférieur à la moyenne observée en Afrique de l’Ouest, établie à 5,2 % du PIB. Entre 2021 et 2023, la part du budget général allouée à l’éducation s’est élevée à 16,62 % en moyenne. Ce résultat se situait en dessous du seuil de 20 % recommandé par le Partenariat mondial pour l’éducation.
Selon la Banque africaine de développement, les besoins financiers annuels pour offrir une éducation de qualité au Bénin atteignent 856 millions de dollars. Les allocations passées laissaient un déficit de financement de 650 millions de dollars par an. Cette situation explique la faiblesse de l’Indice de Capital Humain du pays, fixé à 0,40 sur une échelle de 0 à 1. Un enfant né au Bénin ne réalise ainsi que 40 % de son potentiel productif.
Un poids réel dans la pauvreté multidimensionnelle
L’édition 2026 de l’Indice mondial de pauvreté multidimensionnelle, publiée le 12 octobre 2026 par le PNUD et l’OPHI, montre l’impact de ces manques sur les familles. Au Bénin, 55,9 % de la population vit en situation de pauvreté multidimensionnelle, soit 7 695 000 personnes recensées lors de l’enquête nationale MICS de 2021/2022. L’éducation constitue la deuxième source de privation dans le pays. Elle contribue à hauteur de 38,8 % à la pauvreté globale, juste après le niveau de vie à 42,3 %.
Comparés aux pays de la sous-région, le Bénin accuse un retard sensible sur plusieurs indicateurs. La loi béninoise garantit six années d’enseignement primaire gratuit et obligatoire. La moyenne des pays de la CEDEAO fixe ce cadre à neuf ans. Le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire prévoient dix ans d’éducation obligatoire. Le Mali en garantit douze.
La durée moyenne de scolarité des adultes béninois varie entre 3,1 et 4,3 ans, contre une moyenne régionale de 5,7 ans dans la CEDEAO. De plus, 57 % des adultes n’ont jamais fréquenté l’école, et les femmes représentent plus de 62 % des personnes non instruites. Malgré un accès quasi universel au primaire avec un taux net de scolarisation de 96,9 % en 2021, le taux d’achèvement du primaire est tombé de 81,1 % en 2015 à 73,5 % en 2021. Dans le premier cycle du secondaire, l’achèvement s’est dégradé de 45,1 % à 36,8 % sur la même période. Le Bénin est le seul pays de la sous-région à enregistrer un tel recul. Concernant l’alphabétisation des 15 à 24 ans, le taux atteint 65,0 % en 2021, contre 72,5 % pour la moyenne de la CEDEAO.
L’accélération budgétaire observée entre 2024 et 2026
Face à ces contraintes, les autorités publiques ont engagé une réorientation progressive des ressources nationales. Les données récentes du gouvernement et du FMI montrent un rattrapage budgétaire net à partir de 2024. La part de l’éducation dans le budget national est passée de 15,6 % en 2023 à 16,4 % en 2024. Elle a atteint 18,0 % en 2025, puis 19,9 % dans la loi de finances 2026, rejoignant ainsi la cible internationale de 20 %.
Les dépenses d’investissement en capital destinées aux infrastructures éducatives connaissent une hausse remarquable. Elles doivent représenter 6,8 % des dépenses publiques totales en 2026, contre une moyenne de 1,8 % observée entre 2021 et 2024. Cette hausse finance la construction d’établissements scolaires et le développement de la formation technique.
La transformation technique et les mesures d’accompagnement
Le Programme d’Actions du Gouvernement 2021-2026 alloue 992 milliards de FCFA au secteur de l’éducation. L’objectif stratégique vise à orienter 70 % des apprenants vers la formation technique et professionnelle d’ici 2030. Le plan prévoit la construction de 30 lycées techniques agricoles, huit écoles de métiers et six lycées scientifiques, ainsi que la réhabilitation de 16 lycées techniques.
Sur le plan social, la gratuité des frais de scolarité pour les filles s’est étendue au second cycle du secondaire. Le programme national de cantines scolaires couvre désormais 75 % des écoles primaires publiques et vise une couverture totale en milieu rural. Ces efforts financiers traduisent une volonté d’inverser le déficit historique et de renforcer le capital humain sur le long terme.
Olivier ALLOCHEME

