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Création d’un Sénat au Bénin : Les craintes et inquiétudes du politologue  Mathias Hounkpè

S’il y a un sujet qui fait couler  de salive et d’encre au Bénin ces derniers jours, c’est création envisagée d’un Sénat. Depuis son introduction à l’Assemblée nationale par les responsables des groupes parlementaires UP-R et BR, l’idée de  d’une  telle nouvelle institution a bénéficié de l’adhésion de plusieurs acteurs politiques qui pensent que cette réforme jouera un rôle important dans le renforcement de la démocratie béninoise. Pour le politologue Mathias Hounkpè, « si la création d’un Sénat peut théoriquement renforcer la représentation territoriale et améliorer la qualité du travail législatif, le moment choisi et la précipitation du projet attisent des suspicions et inquiétudes ». Il estime que « cette initiative, portée en fin de mandat présidentiel, s’inscrit dans un contexte régional où les réformes constitutionnelles servent trop souvent à consolider le pouvoir en place plutôt qu’à élargir la représentativité démocratique ». Pour lui, elles sont, dans la majorité des cas, interprétées comme des « manœuvres de verrouillage politique ou de repositionnement ». Le Politologue pense  aussi que « la perspective d’un Sénat largement dominé, à court et moyen termes, par la coalition au pouvoir compromet l’idée d’une institution neutre ». Il estime que qu’en l’état actuel du paysage électoral, la coalition au pouvoir pourrait contrôler la présidence de la République, l’Assemblée nationale et, à terme, la nouvelle chambre haute. « Une telle configuration irait à l’encontre de l’objectif de représentativité et risquerait d’accentuer la concentration du pouvoir », craint Mathias Hounkpè.

Notons que ce  vendredi 14 novembre 2025, au Palais des Gouverneurs de Porto-Novo, la proposition de loi relative au Sénat sera au cœur de la plénière prévue.

Naurice Adagbe (Stag.)

 

Voici l’intégralité de la réflexion du Politologue Mathias Hounkpè sur le projet de  Sénat

L’idée d’introduire un Sénat au Bénin pourrait, en théorie, renforcer la représentation territoriale et améliorer la qualité du travail législatif. Mais, à ce stade du cycle politique, la question n’est pas tant celle du “quoi” que celle du “quand” et du “comment”. Voici quelques raisons qui expliquent pourquoi le projet suscite de la suspicion et des inquiétudes.

Les réformes constitutionnelles engagées en fin du dernier mandat suscitent en effet presque toujours la suspicion. L’histoire politique récente du continent africain montre qu’elles sont très rarement, voire jamais, perçues comme neutres : souvent interprétées comme des manœuvres de repositionnement ou de verrouillage, elles fragilisent la confiance entre gouvernants et gouvernés.

Le processus actuel ne semble pas échapper à cette logique. Sa précipitation et son caractère quasiment non-inclusif donnent l’impression d’une réforme menée à huis clos, sans véritable débat national. Dans un contexte où la méfiance envers les révisions constitutionnelles est profonde, l’absence de transparence nourrit la crainte d’agendas politiques cachés.

De plus, la perception que le président sortant pourrait tirer bénéfice de la réforme – notamment en pérennisant son empreinte politique – alimente les interrogations. Dans un contexte de méfiance envers les révisions constitutionnelles en Afrique, toute apparence d’avantage personnel affaiblit la légitimité de la démarche, quelle qu’en soit la pertinence institutionnelle.

Enfin, la perspective d’un Sénat largement dominé, à court et moyen termes, par la coalition au pouvoir compromet l’idée d’une institution neutre. En effet, si la tendance actuelle se poursuit au niveau électoral, la coalition au pouvoir pourrait remporter, en 2026, la présidence de la République ainsi que 100% des sièges de l’Assemblée nationale. Autrement dit, en plus des membres actuels (faciles à identifier) dont il est difficile de dire qu’ils sont en majorité éloignés de la coalition au pouvoir en ce moment, tous les membres futurs du Sénat (pour les 10 à 15 prochaines années) seront désignés par la même coalition. Au lieu d’élargir la représentativité, une telle configuration risque d’accentuer la concentration du pouvoir.

En démocratie, la légitimité d’une réforme tient autant à son contenu qu’à son contexte. En fin de mandat, la prudence politique et la concertation nationale ne sont pas des obstacles, mais des conditions de confiance et de pérennité des réformes.

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