
Invité de l’émission « Grand Angle » ce 15 février 2026 sur Crystal News, Expérience Tébè, président du Mouvement Populaire de Libération (MPL), a clarifié la position de son parti à l’approche de la présidentielle d’avril prochain. Retiré du cadre de concertation de l’opposition, le MPL assume désormais un soutien affirmé au ministre d’État Romuald Wadagni. Un choix que son président présente comme stratégique, réfléchi et orienté vers « l’efficacité », face à une opposition qu’il juge affaiblie.
Un retrait justifié par une « erreur stratégique » : Revenant sur la rupture avec le cadre de concertation, Expérience Tébè explique que son parti avait anticipé l’échec de l’opposition face aux exigences du Code électoral. « Nous étions convaincus que nous allions tout droit dans le mur », affirme-t-il, évoquant notamment le seuil de 20 % dans les 24 circonscriptions électorales ou l’option des 10 % au plan national dans le cadre d’un accord de législature. Selon lui, l’opposition n’a pas su dépasser les querelles de positionnement et les ambitions personnelles pour construire une alliance cohérente. « Dès lors que vous n’êtes pas un ensemble homogène, vous ne pouvez pas aller à un combat et gagner », tranche-t-il.
Pourquoi le MPL a choisi Romuald Wadagni
Pour le président du MPL, le soutien à Romuald Wadagni ne relève ni d’un ralliement opportuniste ni d’un simple réflexe de continuité. Il parle plutôt d’un « choix d’utilité nationale ». « Nous n’avons pas décidé d’aller soutenir le ministre d’État pour assurer une continuité mécanique. Nous avons estimé que c’est celui qui peut apporter les corrections nécessaires au projet de la Rupture », explique-t-il. Expérience Tébè reconnaît les avancées enregistrées sous la gouvernance de Patrice Talon, tout en soulignant l’existence de « points d’Achille » à corriger, notamment en matière d’apaisement politique, de situation carcérale et d’opportunités pour les jeunes. Selon lui, Wadagni disposerait du profil technocratique et de l’expérience nécessaires pour améliorer l’existant sans replonger le pays dans l’instabilité.
Interrogé sur la capacité du candidat Wadagni soutenu à gouverner avec autonomie, il balaie l’idée d’une reproduction automatique du modèle Talon. « Même dans une famille de jumeaux, on n’a pas les mêmes résultats. On ne peut pas prétendre qu’il fera exactement la même gouvernance », soutient-t-il, convaincu que le ministre d’État saura imprimer sa marque.
Paul Hounkpè, un challenger sans dynamique ?
Face à Paul Hounkpè, seul autre candidat en lice, le président du MPL adopte un ton mesuré mais révélateur. S’il affirme ne pas remettre en cause le sérieux de sa candidature, il laisse entendre que celle-ci ne constitue pas une alternative crédible à ses yeux. « Sa candidature doit être sérieuse pour lui-même », déclare-t-il, avant d’ajouter que son parti a choisi « d’être utile » plutôt que de s’engager dans une « aventure sans impact ».
Expérience Tébè évite les attaques frontales mais insiste sur un critère central ; la capacité à gouverner efficacement. Pour lui, la présidentielle ne doit pas être un simple exercice de présence démocratique, mais une compétition orientée vers la gestion concrète des défis économiques, sociaux et institutionnels. Dans son analyse, l’opposition a échoué moins à cause des règles électorales qu’en raison de ses propres faiblesses stratégiques. « Nous avons échoué parce que l’opposition était trop faible », concède-t-il, appelant à plus de lucidité.
Une nouvelle donne institutionnelle avec Joseph Djogbénou
L’élection du professeur Joseph Djogbénou à la tête de la 10ᵉ législature est, pour le président du MPL, un signal institutionnel fort. Il salue « un choix d’élégance » et estime que l’ancien président de la Cour constitutionnelle dispose de la carrure nécessaire pour corriger certaines insuffisances législatives. À ses yeux, l’unanimité enregistrée lors de cette élection traduit davantage le poids institutionnel et le profil juridique de l’homme que des pressions politiques. Il voit dans cette configuration parlementaire une opportunité de stabilisation et d’amélioration du cadre normatif.
Au fil de l’entretien, une ligne se dessine, le MPL revendique une posture pragmatique, détachée des clivages classiques majorité-opposition. Expérience Tébè assume une évolution stratégique, estimant que le contexte actuel impose des choix « intelligents » plutôt que symboliques.
Romain HESSOU

