Invité de l’émission « L’Invité » sur Esae TV, l’ancien président du Conseil national du dialogue social (CNDS), Guillaume Attigbé, a livré une analyse approfondie des perspectives de la présidentielle du 12 avril 2026. Entre bilan des dix années de gouvernance de Patrice Talon, positionnement des partis politiques et dynamique autour du duo Wadagni–Talata, l’ancien syndicaliste affiche une lecture confiante de l’après-Talon.

36 ans après la Conférence nationale : « Nous pouvons nous réjouir » : Revenant d’abord sur les 36 ans de la Conférence nationale des forces vives de février 1990, Guillaume Attigbé, acteur syndical de l’époque, a salué le chemin parcouru. « 36 ans après, on ne peut que se réjouir du niveau que nous avons atteint aujourd’hui quand on sait dans quelles conditions nous sommes partis », affirme-t-il.
Ancien secrétaire général du syndicat des travailleurs de l’audiovisuel à l’ORTB et cadre de la Confédération des syndicats autonomes du Bénin, il rappelle que la transition démocratique a été portée par « les travailleurs, les religieux, les intellectuels et les étudiants ». Pour lui, les acquis institutionnels issus de 1990 ont résisté au temps, malgré les turbulences politiques.
Le silence stratégique des Démocrates
Interrogé sur les résultats des récentes élections législatives et communales, dont les analyses qu’il avait faites se sont confirmées, Guillaume Attigbé rejette toute idée de « secret des dieux ». « Quand vous avez les éléments d’appréciation et l’expérience, vous pouvez anticiper certaines logiques », explique-t-il.
Il estime toutefois que la scène politique reste incomplète sans une prise de position claire du parti Les Démocrates et de son leader, l’ancien président Yayi Boni. « Aujourd’hui, on est dans l’expectative. Les Démocrates doivent se ressaisir et poser un diagnostic clair. » Selon lui, la configuration politique des prochains mois dépendra largement de leur capacité à se restructurer.
Faible taux de participation
Sur la faible mobilisation observée lors des dernières consultations électorales, l’ancien président du CNDS appelle à la patience. « Le manque d’intérêt ne date pas d’aujourd’hui. Il faut aussi intégrer les nouvelles technologies et la fiabilité des données électorales. » Il pointe également un déficit de sensibilisation et la tendance des acteurs politiques à se neutraliser mutuellement, au détriment de l’engagement citoyen.
Bilan de Talon : « Il a mis le Bénin sur les rails »
Guillaume Attigbé ne cache pas son appréciation du chef de l’État sortant, Patrice Talon. « Il a fait du concret. Il a jeté les bases sur lesquelles le pays peut évoluer. » Routes, digitalisation de l’administration, assainissement des finances publiques, réforme du système partisan, lutte contre la corruption : il estime que des « acquis difficilement réversibles » ont été consolidés.
Évoquant la « Vision Bénin 2060 Alafia », il insiste sur l’importance d’un cadre stratégique qui limite l’improvisation politique. « La ligne est tracée. Le successeur n’a pas à reprendre les choses à zéro. » Pour lui, même si « rien n’est définitif », le dispositif institutionnel mis en place rendrait difficile un retour à l’ordre ancien.
Sur la lutte contre la corruption, il reconnaît que le phénomène n’a pas disparu, mais estime que « le degré a baissé ». « Talon a bousculé trop d’intérêts. Beaucoup n’y croyaient pas, mais l’audace a payé. » Il insiste cependant sur un facteur central ; l’homme. « Ce sont les hommes qui font ou défont les systèmes. »
Wadagni-Talata : une dynamique générationnelle
Concernant la présidentielle du 12 avril 2026, Guillaume Attigbé considère le duo formé par Romuald Wadagni et Mariame Chabi Talata comme favori. « Il est relativement le plus jeune candidat depuis 1960 à aspirer à ce poste par les urnes. » Il voit dans la mobilisation observée autour du ministre des Finances Wadagni une dynamique générationnelle. « Beaucoup le voyaient venir. Il a fait ses preuves. »
Sans qualifier le scrutin du 12 avril de formalité, il estime néanmoins que l’ancien collaborateur proche de Patrice Talon part avec « la faveur de la société ». « Ce qui comptera, ce sera le taux de participation et le pourcentage obtenu. C’est la première force d’un président élu. »
Autre enjeu majeur : la cinquième mandature des conseillers communaux, marquée par un fort renouvellement générationnel. « Ce sont les jeunes. On les attend au carrefour. » Selon lui, la réussite du prochain septennat dépendra de leur capacité à traduire les promesses en actes, dans un contexte où les ambitions et jeux d’intérêts peuvent fragiliser les équilibres.
Romain HESSOU

