- “L’alternance est nécessaire pour rééquilibrer les pouvoirs” selon le candidat de l’opposition
Paul Hounkpè, Secrétaire exécutif national du Force Cauris pour un Bénin Émergent (FCBE) et candidat déclaré à l’élection présidentielle du 12 avril 2026 est l’invité d’une émission spéciale sur la chaîne sénégalaise Tempo Africa TV. Il a défendu une « alternance nécessaire » pour restaurer l’équilibre institutionnel, garantir les libertés et impulser une nouvelle dynamique socio-économique au Bénin.

Face aux journalistes Hadj Salif Baloubi et Joël Lamadou, l’ancien ministre et ex-chef de file de l’opposition a livré sa lecture des enjeux politiques, institutionnels et diplomatiques à la veille d’un scrutin qu’il qualifie de « capital ». Pour Paul Hounkpè, le rendez-vous du 12 avril 2026 intervient « en fin de cycle » après dix années de gouvernance du président Patrice Talon. « À chaque fin de cycle de dix ans, le peuple béninois veut apprécier le bilan et voir s’il faut changer les choses », affirme-t-il.
Le candidat de la FCBE estime que la présidentielle devra permettre de « rééquilibrer les pouvoirs », dénonçant un Parlement issu des réformes politiques qu’il qualifie de « monocolore ». Selon lui, l’absence d’opposition significative dans les institutions affaiblit les contre-pouvoirs et compromet le pluralisme démocratique. « La seule manière d’équilibrer aujourd’hui, c’est de permettre à l’opposition d’accéder au pouvoir », soutient-il.
Réformes politiques et frustrations sociales
L’ancien chef de file de l’opposition critique les réformes engagées ces dernières années, qu’il juge responsables de « nombreuses frustrations » et d’un climat sociopolitique tendu. « Le vivre-ensemble est suffisamment compromis. Beaucoup de frustrations existent aujourd’hui », affirme-t-il, évoquant les événements de 2019 et les tensions liées aux lois électorales. Il plaide pour un dialogue national dès son éventuelle investiture. « La première des choses sera d’aller au dialogue pour décrisper l’atmosphère et panser les plaies », promet-il, assurant vouloir garantir les libertés individuelles et collectives. Selon lui, « la peur règne » et la société civile peine à s’exprimer librement.
Interrogé sur son idéologie, Paul Hounkpè se revendique de la « social-démocratie panafricaniste ». « Nous centrons toute notre politique sur l’humain », explique-t-il, mettant l’accent sur la réduction des inégalités et l’accès effectif aux services sociaux de base. Dans cette perspective, il entend renforcer les mécanismes de sécurité alimentaire en redynamisant notamment l’Office National d’Appui à la Sécurité Alimentaire (ONASA), afin de mieux réguler les stocks et stabiliser les prix des denrées. Il insiste également sur la nécessité d’améliorer l’accès à l’eau potable et à l’électricité, considérés comme des préalables à toute transformation sociale durable.
La formation technique et professionnelle constitue, selon lui, un autre levier stratégique. Paul Hounkpè estime que le pays doit investir massivement dans la formation d’ingénieurs et de techniciens capables d’accompagner l’industrialisation. « Nous devons former nos propres compétences. Acheter la compétence ailleurs ne peut pas être une solution durable », soutient-il.
Agriculture et port, piliers du financement
Sur la question des ressources financières, le candidat Hounkpè mise sur une agriculture modernisée et tournée vers la transformation locale. Il plaide pour l’émergence de véritables entrepreneurs agricoles capables non seulement d’assurer l’autosuffisance alimentaire, mais aussi de générer des devises à travers l’exportation de produits transformés. Il cite également le rôle stratégique du port de Cotonou, qu’il considère comme un levier majeur de financement de l’économie nationale. Pour lui, la normalisation des relations avec les pays de l’hinterland demeure essentielle afin de redynamiser les flux commerciaux et consolider les recettes portuaires.
Concernant les tensions entre le Bénin et le Niger, Paul Hounkpè distingue les relations entre États de celles entre peuples. « Il ne saurait être question d’une tension entre les deux peuples. Nous sommes des frères », déclare-t-il. S’il est élu, il promet que ses premières visites officielles seront consacrées aux pays voisins, notamment le Nigeria et le Niger, afin de restaurer la confiance, renforcer la coopération sécuritaire et consolider l’intégration régionale.
Sur la question sensible des accords militaires avec la France, il plaide pour une revue transparente des partenariats internationaux, au nom de la souveraineté nationale. « Nous sommes un pays souverain. Il faut savoir ce qui arrange notre pays et ce qui garantit réellement notre indépendance », affirme-t-il.
Vision Bénin 2060 : une boussole à relire
Interrogé sur la « Vision Bénin 2060 Alafia », qui est d’abord une loi adoptée par le Parlement, Paul Hounkpè reconnaît le caractère stratégique de l’initiative, tout en exprimant des réserves sur son processus d’élaboration. « C’est un bréviaire pour la gouvernance à venir. Nous allons en faire une lecture approfondie et y intégrer ce qui correspond à notre projet », assure-t-il.
« L’espoir est permis » : Le candidat Paul Hounkpè s’est adressé directement aux électeurs : « Nous nous sommes décidés à rebâtir la fierté béninoise. Cette fierté, c’est notre démocratie, la transparence et le partage équitable de l’effort commun. » Il appelle les citoyens à participer massivement au scrutin. « Sans vous exprimer, vous ne pourrez pas juger. L’alternance aura lieu pour le bonheur de tous les Béninois. »
À moins de deux mois de l’échéance présidentielle, Paul Hounkpè affiche ainsi une ambition claire : incarner une alternative politique fondée sur le dialogue, la justice sociale et la coopération régionale. Reste désormais à savoir si cet appel à l’alternance trouvera un écho suffisant dans un paysage politique profondément recomposé depuis les réformes engagées ces dernières années.
Romain HESSOU
Encadré : « Aller à un dialogue politique », l’appel pressant de Paul Hounkpè
«Il faut aller à un dialogue politique. Le peuple béninois a besoin de se retrouver pour panser les plaies, régler les frustrations, rassembler tout le monde et garantir l’unité nationale » recommande fortement Paul Hounkpè, candidat à la présidentielle d’avril 2026. Le numéro un du parti Forces Cauris pour un Bénin Emergent persiste et signe que la seule solution face à la crise politique que traverse le Bénin depuis quelques années est l’instauration d’un « dialogue inclusif ». Pour lui, « seule une concertation nationale sincère pourrait restaurer la confiance entre les acteurs politiques et renforcer la stabilité institutionnelle. » Paul Hounkpè visiblement préoccupé par l’atmosphère politique qui prévaut au Bénin, poursuit en faisant constater que « le vivre-ensemble est suffisamment compromis », faisant constater que « beaucoup de frustrations existent aujourd’hui et font que l’unité nationale n’est plus garantie » Selon lui, les tensions accumulées ces dernières années fragilisent le tissu social et nécessitent une réponse politique forte.
Christian TCHANOU

