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Afrique subsaharienne : L’égalité économique des femmes encore freinée par un déficit d’application des lois

Malgré des avancées juridiques notables ces dernières années, l’Afrique subsaharienne reste confrontée à un défi majeur : transformer les textes en réalités économiques pour les femmes. C’est l’un des enseignements clés d’un rapport du Groupe de la Banque mondiale intitulé « Women, business and the law 2026 ». Rendu public ce 24 février 2026, cette étude met en lumière un décalage préoccupant entre les lois adoptées et leur application effective.

Sur le papier, la région affiche un score moyen de 59,6 sur 100 en matière de cadres juridiques liés à l’égalité économique. Un niveau certes inférieur à la moyenne mondiale (67), mais qui traduit tout de même une dynamique de réforme. Entre 2023 et 2025, 15 pays d’Afrique subsaharienne ont adopté 33 réformes, un record mondial. Des États comme Madagascar ou la Somalie ont supprimé des restrictions empêchant les femmes d’accéder à certains secteurs économiques, notamment dans l’industrie, l’agriculture ou la construction.

Certains domaines présentent même des avancées notables. La mobilité (84,6) et la rémunération (80,7) témoignent d’un cadre juridique relativement favorable à la participation économique des femmes.Mais ces progrès restent largement théoriques.

Un déficit criant de mise en œuvre

Le principal point faible de la région réside dans l’application des lois. Le score des cadres d’appui (qui mesure l’existence de politiques publiques, d’institutions et de services permettant l’exercice effectif des droits) plafonne à 33 sur 100. Autrement dit, à peine un tiers des mécanismes nécessaires est en place.

Le constat est encore plus sévère du côté des experts, qui estiment à 45,4 sur 100 le niveau réel d’application des droits économiques des femmes. Pour Indermit Gill, économiste en chef de l’institution, cet écart entre législation et pratique révèle des « inégalités de chances profondes » qui freinent le potentiel de croissance de la région.

Garde d’enfants et sécurité : les angles morts

Deux domaines concentrent les retards les plus préoccupants : la garde d’enfants et la sécurité. Dans le premier cas, le score des politiques publiques chute à 4,4 sur 100, un niveau extrêmement faible. Vingt économies de la région ne disposent d’aucune législation soutenant des services de garde d’enfants abordables. Une carence qui limite directement l’accès des femmes au marché du travail, en particulier pour les mères.

La question de la sécurité est tout aussi critique. Les dispositifs juridiques restent insuffisants (28,7), et leur application encore plus limitée. Très peu de pays disposent de mécanismes efficaces pour lutter contre les violences faites aux femmes, pourtant identifiées comme un frein majeur à leur participation économique.

Un enjeu économique stratégique

Au-delà des droits, l’enjeu est clairement économique. Dans une région où la croissance repose en grande partie sur le capital humain, la faible intégration des femmes constitue un manque à gagner considérable. Selon Tea Trumbic, responsable du rapport, l’Afrique subsaharienne fait partie des zones où l’impact économique d’une meilleure inclusion des femmes serait le plus élevé. À l’heure où des millions de jeunes, dont une grande proportion de femmes, s’apprêtent à entrer sur le marché du travail, l’urgence est d’autant plus grande.

Le message du rapport est sans ambiguïté : sans une mise en œuvre effective des lois existantes, les réformes resteront sans impact réel. Pour les économies africaines, l’égalité économique des femmes n’est plus seulement une question sociale, mais un levier essentiel de développement.

Olivier ALLOCHEME

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