
Le contraste est saisissant entre la parole et les actes. Moins d’un mois après avoir lancé une violente charge médiatique contre le Bénin le 13 février 2026, le chef de la junte nigérienne, le général Abdouramane Tiani, a de nouveau sollicité l’expertise et la sécurité de Cotonou pour protéger son arsenal militaire.
Sur demande pressante de Niamey, une unité d’élite des Forces armées béninoises a assuré, le jeudi 5 mars 2026, la protection d’un convoi hautement stratégique. Ce chargement de matériels confidentiels a quitté Cotonou pour transiter par Lomé sous la garde rigoureuse des troupes béninoises. Cette opération met en lumière une réalité technique indiscutable : la fiabilité du corridor béninois reste le premier choix des autorités nigériennes lorsqu’il s’agit de sécuriser leurs approvisionnements les plus sensibles.
Cette collaboration logistique illustre une contradiction flagrante au sommet de l’État nigérien. Derrière les discours souverainistes et les velléités de rupture diplomatique, le général Tiani semble conscient que le Bénin demeure un partenaire vital. De son côté, le gouvernement béninois oppose une réponse pragmatique aux hostilités verbales en honorant ses engagements régionaux et sécuritaires.
La situation actuelle place le pouvoir nigérien face à ses propres limites. Sans l’appui logistique et la sécurisation garantis par le Bénin, la junte peine à stabiliser ses flux de matériel militaire. Cette dépendance contredit frontalement les fanfaronnades médiatiques et souligne un paradoxe de plus en plus visible : celui d’un dirigeant qui critique son voisin le jour, mais sollicite son escorte la nuit.
Augustin HESSOU

