Au lendemain de l’élection présidentielle du 12 avril 2026, et à la suite des résultats provisoires de la Céna, l’Ambassadeur Candide Ahouansou livre une lecture analytique du profil et des premiers signaux politiques du président élu, Romuald Wadagni. Entre continuité assumée et promesse d’innovation, il met en lumière les atouts d’un technicien aguerri, fort d’une solide expérience gouvernementale et d’un soutien politique hérité de la mouvance présidentielle. Mais au-delà de ces acquis jugés rassurants, l’Ambassadeur Ahouansou soulève une interrogation centrale, celle de la capacité du nouveau chef de l’État à trouver l’équilibre entre fidélité à un héritage politique et affirmation d’une autonomie stratégique. Une équation déterminante pour asseoir durablement la confiance des citoyens et imprimer sa propre marque à l’action publique.
Lire ci-dessous l’intégralité de son analyse.

ROMUALD WADAGNI : UNE COMPETENCE ET UNE EXPERIENCE QUI RASSURENT, UN SOUTIEN POLITIQUE EN HERITAGE
RESTER DANS LA CONTINUITE OU OUVRIR DE NOUVEAUX HORIZONS
Elle est bien là et déjà écoulée, l’échéance tant attendue du 12 avril et les dés sont jetés comme disait Jules César franchissant le fleuve Rubicon avec son armée. Le pouvoir d’Etat vient de changer de mains et l’on sait que toute alternance se fait avec ses espoirs mais aussi ses doutes et ses interrogations. A toutes ces hésitations devraient répondre une lecture attentive du parcours et des intentions de celui à qui il revient désormais de conduire les affaires publiques et la destinée nationale. Et nous estimons que les premières intentions s’expriment à travers les slogans de campagne.
Un slogan précurseur d’intention d’actions
Généralement les slogans sont révélateurs de l’idéologie ou du programme d’un candidat. Au’’ nouveau départ’’ du candidat Patrice Talon succède le ‘’plus loin ensemble » du candidat Wadagni. Deux slogans de campagne rivalisant de mobilisation qui paraissent s’enchainer et se compléter dans un processus de continuité. L’un portant un début, l’autre portant sa poursuite en droite ligne en apportant la touche de l’appel, classique il est vrai, à l’ensemble des citoyens. Le ‘’Nouveau départ’’ a montré dix années durant ce dont il a été capable en termes de réformes et de développement économique. Le ‘’plus loin ensemble’’ préjuge qu’il ira encore plus loin avec le concours de tous les citoyens. Son slogan nous indique ainsi que le Président élu Wadagni ne se contentera pas de gérer la continuité et que l’on pourrait s’attendre à une nouvelle étape ainsi qu’à des innovations. C’est le décryptage que j’en fais et j’aime à penser que les choses se passeront ainsi. Mais avant toute considération d’objectifs et de stratégie, il sied d’apprécier les atouts de la personnalité que nous venons de porter au sommet de l’Etat à une majorité écrasante des suffrages exprimés.
Le Président élu Wadagni a-t-il des atouts sur le plan du soutien politique ?
- Il n’a pas de parti politique
D’aucuns peuvent légitimement penser que le fait de ne pas avoir un parti politique représenté à l’Assemblée Nationale ne lui permettra pas d’avoir les coudées franches pour gouverner et gérer les affaires publiques efficacement. Paradoxalement ce manque qui aurait pu être un sérieux handicap en situation politique classique se transforme en un gros atout pour lui.
Au premier chef, il y a lieu de reconnaitre que la science politique moderne ne lie plus nécessairement l’exercice du pouvoir d’Etat à l’appartenance préalable à un parti politique. Et notre pays illustre bien cette façon de voir, susceptible de faire école le cas échéant, pensons-nous. Dans notre histoire politique toute récente, des personnalités ont accédé à la Magistrature Suprême sans avoir été porté formellement par un parti politique. Il en a été ainsi du Président Mathieu Kérékou. Soutenu au départ par l’armée dès sa prise du pouvoir en 1972, il ne l’a été par un parti politique, le Parti de la révolution populaire du Bénin, que trois ans plus tard en 1975. Il en a été également ainsi du Président Nicéphore Soglo qui, élu en 1991 n’a reçu le soutien du parti ‘’la Renaissance du Benin’’ qu’en 1992. Le scénario s’est répété avec le Président Boni Yayi qui n’a bénéficié du soutien de son parti’’ Force Cauris pour un Bénin Emergeant ‘’ qu’à compter de 2007 soit un an après son élection à la magistrature suprême. En 2016, le Président Talon n’a pas été porté au pouvoir par un parti politique spécifique dans la pléthore de partis qui existaient alors. Une fois au pouvoir, il a réussi à faire le ménage et à les a réduire à une dizaine dont seuls trois étaient encore récemment présents à la Représentation Nationale. Mais le parti de l’opposition après avoir perdu les dernières élections législatives a du faire place nette et laisser l’Assemblée Nationale entre les mains des deux partis créés par le Président Talon qui ont du reste soutenu ses actions tout au long de ses deux magistratures.
- Le Président Wadagni a le soutien de la mouvance présidentielle du Président Talon
Le Président élu, dauphin ostensible de l’ancien chef d’Etat bénéficiera donc du soutien de ces deux partis réunis au sein de la mouvance présidentielle et ne devrait avoir aucune difficulté majeure avec une Représentation Nationale fidèle au Président Talon et devenue de surcroît monocolore par la force des circonstances. Cela est un héritage et un atout politique exceptionnel dont héritera le nouveau Président d’entrée de jeu et sans coup férir ; la gestion des affaires publiques n’en sera que facilitée. Bien que n’ayant pas de parti politique le Président Wadagni sera donc politiquement soutenu par la mouvance présidentielle que son prédécesseur lui léguera d’autant que cette dernière a parrainé sa candidature. Héritage bien pratique qui tombe à point nommé, tenant compte du fait que le Président Wadagni ne dispose pas d’un parti politique et ne semble affilié à aucun, sauf déficit d’information de notre part. C’est avant tout un technicien confirmé à la recherche de l’efficacité.
L’atout de la compétence éprouvée doublée d’une expérience soutenue
Autant que je fasse remonter ma mémoire dans les temps les plus lointains, je n’ai pas souvenance d’un chef d’Etat arrivant aux affaires en république du Bénin avec un background aussi solide en matière de gestion des affaires publiques. Le Président Wadagni a été membre du gouvernement du Président Talon. Il l’a été en qualité de ministre pendant 10 ans sans discontinuer. Il y a occupé cumulativement les deux postes les plus stratégiques d’un gouvernement à savoir les Finances et l’économie. Il a été promu au rang de Ministre d’Etat. En dernier ressort, le Président Talon lui a transféré les services de la Coopération au préjudice du Ministère des Affaires Etrangères, il est vrai comme pour le préparer davantage à la fonction présidentielle. Son parcours ascensionnel au sein du gouvernement sortant témoigne de sa maitrise des grands enjeux économiques du pays.
Sous son ministère la gestion budgétaire a été stricte et exemplaire, inspirée qu’elle a été des méthodes du secteur privé, réduisant les gaspillages et assainissant les finances publiques Il a promu la dématérialisation des procédures budgétaires pour limiter la corruption. Il a fait prêter serment aux contrôleurs budgétaires pour renforcer la discipline. Il a procédé à la digitalisation des régies financières. Ses réformes ont amélioré la transparence budgétaire et attiré les bailleurs internationaux. Il a rendu la dette du Benin crédible, permettant d’emprunter à long terme. Bref, il a été la cheville ouvrière des investissements structurants qu’a réalisés le Président Talon ; aussi devra-t-il être considéré comme l’artisan de la crédibilité économique du Bénin. Et comme pour couronner le tout, il a été déclaré meilleur Ministre des Finances d’Afrique par le Magazine Financial Afrik pour l’année 2024.
LES BEMOLS
Nous venons de mettre à la tête de l’Etat, un très bon technicien inspirant confiance aux bailleurs de fonds, sachant comment et où trouver les investissements pour assurer le développement de notre pays ; une personnalité assurée du soutien politique de l’Assemblée nationale que lui a légué son prédécesseur. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes serait-on tenté de dire. Mais il convient de compter avec le revers de la médaille. Et ce revers se trouve précisément au niveau du soutien politique offert sur un plateau d’argent au Président Wadagni dont il bénéficiera sans coup férir ; un soutien qui en fait subordonnera la réalisation de ses décisions. J’admets qu’il est trop tôt pour discuter du sujet mais il est de ma forte conviction qu’il ne pourra pas être occulté au bout d’un certain temps, la politique étant ce qu’elle est. Entre fidélité à un héritage et agir dans son ombre d’une part et exigence d’autonomisation et d’évolution de l’autre, il est de notre opinion que c’est bien dans cet équilibre que se jouera la confiance que les citoyens seront prêts à accorder au Président Wadagni.
L’Ambassadeur Candide AHOUANSOU

