
Les propos du président nigérien Abdourahamane Tiani, accusant son homologue béninois Patrice Talon d’être un « sponsor de mercenaires » à la suite de l’attaque survenue dans la nuit du 28 au 29 janvier 2026 contre l’aéroport international Diori Hamani de Niamey, continuent de susciter de vives réactions au Bénin. Parmi elles, celle de Rachidi Gbadamassi, ministre conseiller à la Défense et à la Sécurité du président de la République, qui a vivement dénoncé ce qu’il qualifie « d’allégations mensongères » et « d’accusations sans fondement ».
Dans son intervention, Rachidi Gbadamassi s’est dit indigné par les déclarations du chef de l’État nigérien, estimant qu’elles portent atteinte non seulement à la personne du président béninois, mais également à la dignité du peuple tout entier. « Le droit ne se contente pas d’improvisations ni d’allégations. Celui qui accuse doit apporter les preuves », a-t-il martelé, rappelant un principe fondamental de droit selon lequel « la preuve est la rançon du droit ». Pour lui, aucune accusation ne saurait prospérer sans éléments matériels établis.
Le ministre conseiller rejette catégoriquement l’idée que le Bénin puisse être impliqué, de près ou de loin, dans des actions terroristes. Il rappelle d’ailleurs que les groupes djihadistes ont eux-mêmes revendiqué l’attaque de Niamey, sans jamais citer ni Patrice Talon, ni le président ivoirien Alassane Ouattara, également mis en cause par le dirigeant nigérien.
« Une stratégie de diversion politique »
Pour Rachidi Gbadamassi, ces accusations relèvent davantage d’une stratégie politique destinée à détourner l’attention des difficultés internes du Niger. « Quand on n’a pas de programme, quand on n’a pas de vision, on cherche des boucs émissaires. Et aujourd’hui, le fonds de commerce politique de Tiani, c’est Patrice Talon », a-t-il déclaré, estimant que le président nigérien est dans « la réaction permanente » pendant que les dirigeants béninois et ivoiriens sont « dans l’action ».
Il invite ainsi le chef de l’État nigérien à se concentrer sur les priorités de son pays, notamment l’accès à l’eau, à l’électricité, à l’éducation et à l’amélioration des conditions de vie des populations.
Souveraineté et choix des partenaires
Interrogé sur les propos d’Abdourahamane Tiani saluant la présence militaire russe au Niger, Rachidi Gbadamassi adopte un ton plus mesuré. Il reconnaît le droit souverain de chaque État à choisir ses partenaires stratégiques et militaires. « Que le Niger coopère avec la Russie est un choix souverain qui ne nous pose aucun problème. Mais ce qui est inacceptable, c’est de vouloir dicter au Bénin avec qui il doit collaborer », a-t-il souligné. Le ministre conseiller rappelle que le Bénin dispose de ses propres accords de coopération et qu’aucune autorité étrangère n’a vocation à orienter ses choix en matière de politique internationale.
Au-delà de la polémique politique, Rachidi Gbadamassi insiste sur la nécessité de préserver les liens historiques et humains entre les peuples béninois et nigériens. « Les Nigériens et les Béninois sont des peuples frères. Ils se marient entre eux, vivent ensemble, partagent une histoire et une culture. On ne doit pas opposer des peuples au nom de querelles politiques », a-t-il affirmé.
Il appelle enfin le président nigérien à présenter des excuses aux peuples béninois et ivoiriens, estimant que ses déclarations portent atteinte à leur honneur collectif. « Le président Talon est arrivé au pouvoir démocratiquement, par le choix du peuple. Il n’est pas un putschiste. Accuser sans preuves, c’est offenser tout un peuple », a conclu le ministre conseiller, plaidant pour le dialogue, la responsabilité politique et le respect mutuel entre États de la sous-région.
Romain HESSOU

