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Au cœur du “Meeting Bénin sans frontières” : La diaspora dissèque l’ambition économique de Romuald Wadagni

Il a fallu quelques minutes pour surmonter les aléas techniques inhérents aux rencontres à distance. Puis, progressivement, les visages se sont stabilisés à l’écran, les micros se sont ouverts, et la discussion a pris corps. À travers Zoom et YouTube, des voix venues de plusieurs horizons se sont retrouvées, réunies par une même préoccupation : comprendre, questionner et s’approprier le deuxième pilier du projet de société porté par le duo Wadagni–Talata.

Au centre de cette rencontre, une conviction : celle que l’économie béninoise peut changer d’échelle, à condition d’être repensée en profondeur. C’est cette ambition qu’a introduite Imelda BADA, en posant d’emblée les contours d’une stratégie articulée autour de six axes majeurs de l’agriculture moderne à l’inclusion financière, en passant par l’énergie, les infrastructures et le rayonnement culturel. Une architecture dense, que les intervenants se sont attachés à rendre concrète.

Marina COMBE, a ouvert la réflexion par l’agriculture, secteur longtemps considéré comme un socle, mais encore insuffisamment valorisé. Elle évoque une transformation nécessaire, presque urgente : mécanisation accrue, intégration de technologies intelligentes, structuration des filières. L’objectif est clair produire davantage, mieux, et surtout transformer localement. Derrière ces mots, une volonté de rompre avec une économie d’exportation brute, pour entrer dans une logique de valeur ajoutée.

Dans cet élan, Désiré DJAÏTO, intervenant en qualité d’expert en tourisme et hôtellerie, fondateur du cabinet Akwaba Hospitality et directeur du Novotel Paris Créteil Le Lac, insiste sur un point souvent évoqué mais rarement résolu : l’accès au financement. « Sans instruments adaptés, les petites entreprises resteront à la marge », laisse-t-il entendre en substance. Pour lui, la création de champions nationaux ne relève pas du slogan, mais d’une politique volontariste, capable de soutenir l’émergence d’acteurs solides, aptes à entraîner tout un tissu économique dans leur sillage.

Très vite, la question énergétique s’impose comme un pivot. Car derrière chaque ambition industrielle se pose une réalité incontournable : celle de l’accès à une énergie fiable, accessible et durable. Imelda BADA détaille les pistes envisagées gazoduc régional, développement du solaire, infrastructures hydroélectriques. Désiré DJAÏTO renchérit : aucune économie ne prospère dans l’incertitude énergétique. Thierry APOVO, quant à lui, déplace le regard vers l’avenir, appelant à former une nouvelle génération d’ingénieurs capables de concevoir des solutions locales, adaptées aux réalités béninoises.

À mesure que les échanges avancent, une autre évidence se dessine : celle du rôle structurant des infrastructures. Routes, transports fluviaux, plateformes logistiques autant de leviers pour désenclaver, fluidifier, connecter. Le projet de faire du Bénin un hub régional n’apparaît plus alors comme une ambition abstraite, mais comme une trajectoire possible, à condition d’investissements soutenus et cohérents.

Puis vient le temps d’aborder un secteur souvent relégué au second plan, mais porteur de promesses : celui du tourisme et de la culture. Désiré DJAÏTO souligne les progrès récents du Bénin dans la structuration de son offre touristique, tout en appelant à une stratégie plus ambitieuse et mieux coordonnée. Il insiste notamment sur la nécessité de diversifier les destinations, d’améliorer la qualité des infrastructures d’accueil et de professionnaliser les acteurs du secteur. Marina COMBE rappelle, non sans lucidité, que certains potentiels notamment dans le nord du pays restent entravés par des enjeux sécuritaires, mais insiste sur l’importance de ne pas renoncer à cette richesse.

Dans le même mouvement, la question du statut des artistes s’invite dans le débat. Derrière l’idée d’un « Béninwood », c’est toute une filière qui cherche à exister, à se structurer, à sortir de la précarité. Cadre juridique, protection sociale, droits d’auteur : autant de chantiers évoqués comme des conditions nécessaires à l’émergence d’une véritable industrie culturelle.

En filigrane de toutes ces discussions, une problématique transversale s’impose : celle de l’inclusion. Comment permettre à chacun agriculteur, entrepreneur, artiste d’accéder aux ressources nécessaires pour développer son activité ? Les mécanismes de microcrédit, les fonds de garantie, la digitalisation des services apparaissent ici comme des outils décisifs pour démocratiser l’accès au financement et stimuler l’initiative individuelle.

Au terme de près de deux heures d’échanges, une impression domine : celle d’un projet ambitieux, certes, mais surtout d’une volonté de pédagogie. Car au-delà des propositions, c’est bien la compréhension et l’appropriation par les citoyens qui sont en jeu. En clôturant la rencontre, Imelda BADA rappelle l’échéance à venir et, avec elle, la responsabilité de chacun. Voter, ou se faire représenter, dit-elle en substance, c’est déjà prendre part à cette transformation en devenir.

Dans cet espace numérique devenu, le temps d’une soirée, un lieu de débat et de projection collective, la diaspora béninoise aura, une fois de plus, affirmé son rôle : celui d’un trait d’union entre réflexion, engagement et action.

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