
Invité de l’émission L’Invité sur ESAE TV ce dimanche 1er février 2026, le juriste et politologue Olivier-Charles Attindéhou a livré une analyse approfondie de la dynamique économique et du rayonnement culturel du Bénin. Spécialiste des questions de défense et de sécurité, il estime que le pays n’est pas dans une simple embellie conjoncturelle, mais engagé dans une transformation structurelle fondée sur des réformes de long terme.
D’entrée, l’universitaire a tenu à se montrer direct. « Ce que nous voyons aujourd’hui, ce n’est pas une embellie, c’est une transformation. Une transformation de qualité. » Pour illustrer son propos, Olivier-Charles Attindéhou a recours à une métaphore : celle d’ongles pourris sur lesquels on aurait longtemps posé de beaux vernis. Autrement dit, selon lui, les politiques publiques antérieures se seraient davantage concentrées sur l’apparence que sur le traitement en profondeur des problèmes structurels. La période actuelle marquerait, au contraire, une volonté de s’attaquer aux fondements du développement.
Selon l’universitaire, la dynamique actuelle repose avant tout sur un ensemble cohérent de réformes institutionnelles, juridiques et économiques. Il insiste particulièrement sur la nécessité de sécuriser l’environnement des affaires et de restaurer la confiance des investisseurs. « On ne peut pas parler de développement durable sans sécurité juridique. Il faut donner confiance aux investisseurs et leur garantir que les contrats seront respectés. »
Dans cette logique, il cite la mise en place d’institutions de lutte contre la corruption comme le Haut-commissariat à la prévention de la corruption (HCPC), notamment la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), qu’il considère comme un signal fort adressé aux partenaires techniques et financiers. Mais au-delà de ces réformes, il met en avant les investissements dans les infrastructures et dans le capital humain comme piliers de la transformation en cours.
Infrastructures et capital humain
Contrairement à certaines critiques populaires, selon lesquelles « on ne mange pas la route », Olivier-Charles Attindéhou défend une vision économique fondée sur les effets structurants des infrastructures. Il estime que la réduction des temps de trajet, l’amélioration de la mobilité et la fluidification des échanges ont un impact direct sur la vie économique et sociale. Pour appuyer son raisonnement, il établit un parallèle avec la Corée du Sud et la Chine, qui ont bâti leur émergence sur des investissements massifs dans les infrastructures, la technologie et surtout l’éducation.
Sur la question du pouvoir d’achat et du ressenti social, l’universitaire appelle à la patience. Il rappelle que toute transformation profonde implique nécessairement des phases de douleur et de sacrifice. Selon lui, le Bénin est engagé dans une logique de reconstruction, comparable à celle d’une maison que l’on rénove tout en continuant à nourrir ses occupants. Il affirme néanmoins constater sur le terrain des améliorations progressives, notamment en matière d’accès à l’eau potable, à l’électricité, de création d’emplois et de baisse de certains coûts grâce à la fluidité des échanges.
Le rayonnement culturel comme levier économique
Au-delà de l’économie, Olivier-Charles Attindéhou accorde une place importante au rayonnement culturel. Il considère que le Bénin est désormais engagé dans une stratégie de construction d’image et d’identité nationale. « L’identité culturelle est aujourd’hui une marque. Les autres l’ont compris avant nous. » Il cite notamment les Vodun Days, qu’il dit avoir observés personnellement, comme illustration d’un événement ayant attiré un public international diversifié. Pour lui, le Bénin est en train de devenir une destination culturelle crédible, notamment pour les diasporas afro-descendantes en quête de repères historiques et identitaires.
Toutefois, il reconnaît que le pays accuse encore un retard dans certains domaines, notamment dans l’industrie musicale, comparée à celle du Nigeria ou de la Côte d’Ivoire. En dehors de figures emblématiques comme Angélique Kidjo, le Bénin peine encore à imposer durablement ses artistes sur la scène mondiale.
Interrogé sur le rôle du tourisme, il adopte une position nuancée. Selon lui, le tourisme constitue un levier important, mais ne saurait à lui seul porter le développement économique. Il estime qu’il doit s’inscrire dans un écosystème plus large, soutenu par un tissu d’entreprises locales solides capables de transformer l’attractivité culturelle en valeur économique durable.
Les défis Pour l’avenir, Olivier-Charles Attindéhou identifie plusieurs défis majeurs. Il insiste sur la nécessité de mieux expliquer les choix politiques aux populations, afin de renforcer l’adhésion sociale. Il souligne également l’importance de préserver la stabilité et la paix, conditions essentielles de toute attractivité économique. Enfin, il appelle à un renforcement de la qualité du capital humain, à travers la rigueur, la formation et la méritocratie.
Romain HESSOU

