
La crise qui secoue actuellement le principal parti d’opposition béninois, Les Démocrates, continue d’alimenter les réactions au sein de la classe politique. Invité à se prononcer sur la situation, le président du Mouvement Populaire de Libération (MPL), Expérience Tébé, estime que les difficultés du parti ne sauraient être imputées uniquement à l’ancien président Thomas Boni Yayi. Selon lui, les tensions actuelles trouvent plutôt leur origine dans les rivalités internes et les ambitions personnelles de certains acteurs politiques.
Invité de Crystal News Bénin TV, Expérience Tébé affirme aussi ne tirer aucune satisfaction de la crise que traverse la formation politique. « Cela m’attriste plutôt de constater que les alertes que nous avions lancées se réalisent aujourd’hui », a-t-il regretté.
L’ancien allié de l’opposition explique avoir activement œuvré, par le passé, au regroupement des forces politiques opposées au pouvoir afin de répondre aux attentes du peuple béninois en vue des élections générales de 2026. Mais très vite, dit-il, des dysfonctionnements internes sont apparus. « J’ai été une cheville ouvrière du regroupement des forces de l’opposition. Mais dès que nous nous sommes mis ensemble, beaucoup de difficultés inhérentes aux organisations politiques au Bénin sont apparues », a-t-il confié, soulignant avoir tenté de préserver la cohésion du groupe avant de s’en retirer.
« Le problème ne se limite pas à Boni Yayi » : Pour le président du MPL, la crise actuelle dépasse la seule question du leadership de l’ancien chef de l’État. Selon lui, les tensions sont liées à la manière dont les acteurs politiques se regroupent autour des formations politiques. « Le problème n’est pas seulement Boni Yayi. Les acteurs politiques se regroupent souvent là où ils pensent que la victoire est certaine. Dès qu’ils constatent que les postes espérés ne sont plus accessibles, ils prennent leurs distances », analyse-t-il.
Expérience Tébé estime que l’échec du parti LD lors des dernières élections a exacerbé ces tensions internes. À l’en croire, la démission de Boni Yayi de la tête du parti ne serait que la conséquence d’un malaise plus profond. « Les raisons de santé évoquées ne sont qu’une palissade. Le président Boni Yayi ne peut plus contenir les dissensions internes après l’échec électoral », a-t-il soutenu.
Un parti fragilisé pour l’avenir
Selon le président du MPL, les divisions internes pourraient fragiliser davantage l’avenir du parti Les Démocrates. Il prédit même d’éventuels départs supplémentaires au sein de la formation politique. « Après le départ de Boni Yayi, il y aura bien d’autres départs. Le parti aura de sérieuses difficultés pour la suite », a-t-il averti, estimant que certaines alliances politiques sont souvent fondées davantage sur des intérêts personnels que sur des convictions idéologiques.
Soutien affiché à Romuald Wadagni : Interrogé sur la position de son mouvement dans la perspective de la présidentielle de 2026, Expérience Tébé a rappelé que le MPL a déjà pris position. Le mouvement a décidé de soutenir l’actuel ministre de l’Économie et des Finances, Romuald Wadagni. « Nous avons annoncé notre soutien depuis notre Conseil national de novembre 2025. Nous estimons qu’il est, en ce moment, le meilleur candidat pour le pays », a-t-il déclaré.
Il rejette toutefois les accusations selon lesquelles ce soutien serait motivé par des intérêts personnels. « Si nous recherchions des postes, nous aurions pu nous positionner dans l’un des blocs avant les élections. Nous avons attendu volontairement que ces élections passent avant de nous positionner », a-t-il expliqué.
Malgré les turbulences politiques actuelles, Expérience Tébé se veut rassurant quant à l’avenir de la démocratie au Bénin. Pour lui, la disparition éventuelle d’un parti politique ne constitue pas une menace pour le système démocratique. « La démocratie ne disparaît pas avec l’extinction d’un parti. Elle doit plutôt reposer sur une opposition d’idées et non sur des invectives », a-t-il affirmé.
Le président du MPL appelle les acteurs politiques à privilégier le débat d’idées et la courtoisie dans l’expression de leurs divergences, estimant que « la vitalité démocratique passe par une opposition constructive. »
Romain HESSOU

