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IPC 2025: Le HCPC plaide pour la valorisation des réformes béninoises

Etienne BADOU, chef service études, formation et suivi évaluation au HCPC1

Invité de l’émission « L’Invité du soir » du 11 février 2026 sur E-Télé, Étienne Badou, chef service études, formation et suivi-évaluation au Haut-Commissariat à la Prévention de la Corruption (HCPC), a réagi à la publication de l’Indice de perception de la corruption (IPC) 2025 par Transparency International.

Avec 45 points sur 100, le Bénin conserve son score de l’année précédente mais recule d’un rang, passant de la 69e à la 70e place sur environ 180 pays évalués. Une évolution qui, selon le responsable du HCPC, mérite une analyse plus approfondie.
D’entrée, Étienne Badou invite à replacer les chiffres dans leur contexte global. L’IPC, rappelle-t-il, mesure la perception de la corruption dans l’administration publique et la sphère politique à partir de données issues d’institutions internationales. « Depuis dix ans, nous assistons à une amplification de la perception négative de la corruption dans le monde », explique-t-il. Le nombre de pays obtenant plus de 80 points a progressivement diminué, passant de douze en 2016 à seulement cinq aujourd’hui, essentiellement des États nord-européens.
En Afrique, la tendance n’est pas plus favorable. Le Bénin se classe 8e sur le continent, 3e dans l’espace CEDEAO et 2e au sein de l’UEMOA. « Nous avons gardé le même score de 45 points. Le recul d’un rang ne signifie pas nécessairement une contre-performance interne », nuance-t-il.

La question des sources au cœur des réflexions
Pour le HCPC, l’enjeu principal réside dans les sources utilisées par Transparency International. L’IPC s’appuie sur 13 sources potentielles, mais tous les pays ne sont pas évalués sur la totalité. Le Bénin, lui, l’a été sur six. Étienne Badou cite notamment l’absence, depuis 2023, des données du Forum économique mondial (World Economic Forum) dans l’évaluation du Bénin. « En 2022, nous avions obtenu 47 points auprès de cette source. Si ces données avaient continué à être prises en compte, notre score global aurait pu être amélioré », soutient-il.
Selon lui, l’IPC ne repose pas sur une enquête d’opinion nationale, mais sur la perception d’institutions extérieures. Il établit ainsi une distinction avec l’enquête Afrobaromètre de juillet 2024, selon laquelle 60 % des Béninois estiment que la corruption a régressé dans le pays. « Il s’agit d’un regard extérieur. Nous devons être attentifs à cette perception internationale, mais aussi veiller à ce que les efforts réels accomplis soient correctement renseignés auprès des sources », insiste-t-il.

Prévention avant sanction
Créé par la loi n°2020-9 du 23 avril 2020 et opérationnel depuis 2024, le HCPC mise sur un changement de paradigme qui est de prévenir plutôt que sanctionner. Si la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) intervient pour réprimer les infractions économiques et financières, le Haut-Commissariat concentre son action sur l’anticipation des risques. « La sanction seule ne suffit pas. Il faut empêcher l’agent public ou privé de passer à l’acte » soutient Étienne Badou, évoquant notamment les lourdes peines prononcées ces dernières années, sans que le phénomène ne disparaisse totalement.
Parmi les actions entreprises figurent des campagnes de sensibilisation dans les écoles, les universités et les communes. En 2025, le HCPC a parcouru 52 communes et prévoit d’achever la couverture des 77 communes du pays. L’institution ambitionne également d’intégrer des modules d’intégrité et de civisme dans les curricula scolaires, de la maternelle à l’université.
Autre axe majeur : l’accompagnement des administrations publiques et des structures privées dans la mise en place de dispositifs internes de prévention (codes d’éthique, manuels de procédures, mécanismes de contrôle). « Il s’agit de réduire les marges de manœuvre propices à la corruption », explique-t-il.

Vers une nouvelle stratégie nationale
Le HCPC prépare une nouvelle stratégie nationale de lutte contre la corruption pour la période 2026-2028. Une cartographie des risques est annoncée afin d’identifier scientifiquement les secteurs les plus exposés, sans céder aux perceptions populaires. « Nous sommes une institution responsable. Sans études approfondies, nous ne pouvons pas désigner tel ou tel secteur comme étant le plus à risque », précise Etienne Badou.
Au-delà des aspects techniques liés aux sources de l’IPC, le chef service Badou appelle à une mobilisation collective. « La corruption n’est pas une bonne chose. Nous n’avons pas intérêt à nous laisser corrompre ou à corrompre », lance-t-il. Selon lui, la dynamique de développement observée ces dernières années, repose sur « la rigueur, la discipline et la lutte contre la corruption ». Sa pérennisation dépendra de l’engagement de chaque citoyen, qu’il soit agent public, acteur du privé ou simple usager.

Romain HESSOU

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