- (Jean-Baptiste Elias du Fonac et Olivier Atindéhou du HCPC en parlent)
À l’occasion de la Journée internationale de lutte contre la corruption, célébrée chaque 9 décembre, l’émission Le Débat Matinal de ESAE TV a réuni, le vendredi 12 décembre 2025, deux figures majeures de la lutte anticorruption au Bénin. Jean-Baptiste Elias, acteur de la société civile et président du Front des organisations nationales contre la corruption (FONAC), et Dr Olivier-Charles Atindéhou, secrétaire général du Haut-Commissariat à la Prévention de la Corruption (HCPC), ont confronté analyses, critiques et perspectives, vingt-cinq ans après les premiers engagements régionaux et internationaux contre ce fléau.

Pour Jean-Baptiste Elias, la Journée internationale de lutte contre la corruption rappelle avant tout l’ampleur des engagements pris par les États. « La CEDEAO a adopté son protocole en 2001, l’Union africaine sa convention en 2003, et la Convention des Nations unies contre la corruption a été signée la même année à Mérida », a-t-il rappelé. Des textes fondateurs qui traduisent, selon lui, une prise de conscience collective, « Les dirigeants ont compris qu’il fallait agir pour que, à défaut de disparaître, la corruption puisse diminuer sensiblement. » Mais plus de deux décennies plus tard, le bilan demeure mitigé. « Le protocole de la Cedeao n’est entré en vigueur qu’en 2018, soit dix-sept ans après son adoption. Cela pose un vrai problème de volonté politique », a souligné le président du Fonac, pointant une ratification tardive et une application souvent incomplète des instruments juridiques.
Pour le secrétaire général du HCPC, les limites actuelles ne tiennent pas seulement aux textes. « Ce ne sont pas les lois qui changent la nature humaine », a affirmé Dr Olivier-Charles Atindéhou. Selon lui, les conventions sont nécessaires, mais insuffisantes pour transformer les comportements. « Les textes peuvent amener l’homme à s’abstenir, mais ils ne changent pas ce qu’il est profondément. » Jean-Baptiste Elias abonde dans le même sens, tout en insistant sur un facteur clé, l’exemplarité. « Il y a souvent une volonté politique de façade, non suivie d’exemplarité. Quand le sommet ne donne pas l’exemple, il devient difficile d’exiger l’intégrité à la base », a-t-il déploré, évoquant une corruption devenue, selon lui, « une affaire de milliards et non plus de millions ».
Le cas du Bénin
Interrogé sur l’évolution de la lutte contre la corruption au Bénin depuis l’indépendance, Jean-Baptiste Elias a dressé un tableau nuancé. « Tous les régimes ont tenté quelque chose, de la moralisation de la vie publique sous Kérékou à la CRIET sous Patrice Talon », a-t-il rappelé. Mais, selon lui, les résultats restent irréguliers, « L’évolution se fait en dents de scie. On progresse, on stagne, on recule, puis on remonte. » S’agissant de l’indice de perception de la corruption de Transparency International, le président du Fonac reconnaît ses limites, tout en soulignant qu’il reste aujourd’hui l’unique outil de référence. « Sur vingt-cinq ans, le Bénin n’a gagné qu’une dizaine de points sur 100 », a-t-il observé, appelant à une évaluation plus fine et plus nationale.
Une position que nuance Dr Olivier-Charles Atindéhou, très critique à l’égard de cet indice. « La perception ne reflète pas toujours la réalité des réformes internes. Nous avons fait évoluer beaucoup de textes depuis 2016, mais cela n’est pas suffisamment pris en compte », a-t-il estimé, annonçant la mise en chantier d’un indice national de mesure de la corruption, fondé sur des données plus objectives et sectorielles. Sur la stratégie à privilégier, les deux invités convergent vers un équilibre. « Le tout répressif ne résout pas tout, mais le tout conventionnel non plus », a insisté Dr Atindéhou, plaidant pour une articulation entre prévention, éducation et répression ciblée. Le Haut-Commissariat, a-t-il précisé, prépare une étude nationale approfondie pour identifier les secteurs et pratiques les plus vulnérables.
Jean-Baptiste Elias, de son côté, rappelle que même les dispositifs les plus sévères ne suffisent pas à eux seuls. « Même dans des pays où la peine est extrêmement lourde, la corruption persiste. Sans éthique, sans changement de mentalité, la répression atteint vite ses limites. »
Miser sur la jeunesse pour former l’intégrité de demain
Le thème 2025 de la Journée internationale, “S’unir avec la jeunesse contre la corruption”, a occupé une place centrale dans les échanges. Pour Dr Olivier-Charles Atindéhou, la jeunesse est la clé. « Si nous configurons très tôt cette infrastructure mentale, nous bâtirons une véritable culture de l’intégrité », a-t-il expliqué, appelant à une action dès l’enfance et l’adolescence. Jean-Baptiste Elias partage cette conviction. « La jeunesse représente plus de la moitié de la population. Il faut l’éduquer à la sacralité du bien public, à la maison, à l’école et dans la société », a-t-il déclaré, soulignant le rôle des jeunes comme relais de sensibilisation au sein même des familles.
Romain HESSOU

