- (Une analyse du Dr Noukpo Homègnon sur la transition d’une économie de rente vers un modèle productif)
Dans une réflexion technique, le Docteur Noukpo Homègnon, chercheur économiste, porte un regard sur la profonde mutation de l’économie béninoise depuis 2016. Appuyé par le doyen Michel Dassi, l’analyste décrypte le passage nécessaire d’un ancien paradigme basé sur la rente commerciale et la réexportation vers le Nigéria, à une stratégie volontariste d’industrialisation et de transformation locale. En dressant un parallèle avec les réformes structurelles de l’ère Reagan aux États-Unis, le Docteur souligne l’importance de la rigueur et de la modernisation administrative pour asseoir une croissance endogène durable. Cette contribution met en lumière les leviers stratégiques, tels que la zone économique de Glo-Djigbé et la dématérialisation des procédures, qui visent à construire une prospérité stable au-delà des vulnérabilités économiques héritées du passé.

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LES RÉFORMES ÉCONOMIQUES AU BÉNIN SOUS LE PRÉSIDENT TALON : D’OÙ VENONS-NOUS ET QUELS ENSEIGNEMENTS POUR EMBELLIR LA CONSTRUCTION D’UNE PROSPERITÉ POUR LA POSTÉRITÉ ?
Docteur Noukpo HOMÈGNON, Chercheur Économiste de formation et de métier, analyse dans l’intérêt de l’objectivité historique et pour la postérité, les réformes économiques portées par le Président Patrice TALON à travers L’économie béninoise d’hier, d’aujourd’hui et les perspectives. Il est soutenu par Monsieur Michel DASSI qui a occupé de hautes fonctions au service de l’Etat.
Je dois relever que le rôle d’un Chercheur Économiste n’est pas dans la rue. Toutefois, lorsque des discours toxiques empoisonnent la cité, l’intervention des spécialistes devient nécessaire aux fins d’offrir une réponse à la demande d’information technique économique. Ainsi, sous l’éclairage des informations disponibles et accessibles, la présente analyse aborde, d’un point de vue technique, la pertinence des réformes sous le Président TALON, comparables aux réformes initiées sous le Président Reagan aux USA.
En effet, depuis 2016, le Bénin mène une politique économique volontariste marquée par une modernisation de son appareil administratif et une intensification des investissements publics qui ont résolument engagé le Bénin sur le sentier d’une croissance endogène et durable, contrairement à une économie jadis extravertie, basée sur la rente commerciale qui a largement montré ses limites à cause des réformes introduites au Nigéria. Dans ce contexte, le changement de paradigme est devenu nécessaire et les sacrifices consentis aujourd’hui, pour la postérité, doivent être analysés comme la réponse de correction à l’obsolescence d’une stratégie d’extraversion et de rente, héritée depuis la colonisation. Dès lors, on comprend pourquoi la construction de la prospérité pour la postérité bouscule tant d’intérêts et justifie cette maxime du regretté Jean PLIYA qui affirmait « La construction d’une nation moderne exige la destruction de certaines reliques du passé« . A ce titre, on peut affirmer que le Gouvernement actuel paie pour les inadéquations et les inaptitudes économiques du passé.
I. D’où venons-nous ? : contexte et héritage économique avant Talon
Le Bénin, longtemps caractérisé par une forte dépendance au commerce de réexportation et au coton brut, a engagé depuis 2016, un ensemble cohérent de réformes structurelles ambitieuses qui ont simultanément visé la stabilisation macroéconomique, la modernisation administrative, la diversification productive, l’amélioration du climat des affaires et l’impulsion d’une dynamique d’industrialisation. Mais avant 2016, l’économie béninoise faisait face à plusieurs défis structurels persistants :
- croissance faible et instable, souvent inférieure à 4 %;
- forte dépendance aux exportations de matières premières (coton, graines de soja, noix de cajou, etc.) sans transformation locale ;
- faible mobilisation des recettes fiscales, faible diversification productive ;
- infrastructures insuffisantes, notamment dans l’énergie, les transports et le secteur portuaire;
- économie largement informelle, dominait l’emploi et freinait la productivité et la protection sociale, alimentée par le commerce de réexportation avec le Nigéria qui, depuis 2014, s’est engagé dans de profondes réformes ayant provoqué l’essoufflement de l’ancien paradigme économique au Bénin.
II. Le modèle économique traditionnel béninois basé sur la réexportation ne constitue plus une ligne de défense crédible à cause des réformes au Nigéria
Pour de nombreux béninois, la référence au Président Goodluck Jonathan évoque le révolutionnaire de style vestimentaire. Mais sur le plan économique, ce Président fut l’un des plus réformateurs au Nigéria. En effet, en 2014, le Nigéria s’est engagé dans la « Nigeria Industrial Revolution Plan (NIRP) » qui s’appuie sur l’idée selon laquelle : « History shows that no country has ever become rich by exporting raw materials without also having an industrial sector, and in modern terms an advanced services sector. The more a country specializes in the production of raw materials only, the poorer it becomes … » « Industry multiplies National wealth ! ….Nigeria can use its oil, to diversify itself away from oil. »
Le 14 février 2014, le Président Goodluck Jonathan lançait la NIRP et la présentait comme le programme d’industrialisation phare jamais entrepris. Dès lors, les mesures d’interdiction de certaines importations sont devenues plus sévères. C’est le cas des véhicules d’occasion, de la volaille, du riz, des huiles alimentaires, etc. qui profitaient à l’économie béninoise en termes de captation des rentes commerciales de réexportation. Avec l’application de la NIRP au Nigéria, c’est la stratégie de captation des rentes commerciales qui s’écroule avec pour effets, les pertes immenses de revenus et de richesse qui alimentaient l’économie béninoise.
De même, les réformes au Nigéria ont été étendues au secteur agricole même après la présidence de Goodluck. Il s’agit de « The Agriculture Promotion Policy » qui recommandait de mettre le secteur agricole nigérian sur la voie de la croissance à travers des actions : (i) produire suffisamment d’aliments frais et de haute qualité pour le marché nigérian et ; (ii) dégager des capacités d’exportation afin de gagner des devises étrangères. La mise en application de ces recommandations a provoqué le déclin, au Bénin, de la réexportation de certains produits alimentaires comme la viande de volaille, le riz, les huiles alimentaires, …, qui alimentaient l’économie informelle au Bénin. Ces produits figurent d’ailleurs sur la liste des produits pour lesquels les importateurs du Nigéria ne sont plus autorisés à recevoir des licences d’importation ou des devises de la part de la Banque centrale Nigériane (CBN).
III. Principales réformes économiques sous la présidence Talon
Face au déclin des fondamentaux économiques au Bénin, il fallait changer de paradigme à travers à travers (i) une nouvelle vision stratégique incarnée par deux programmes d’action gouvernementaux, (ii) une stabilité macroéconomique et des finances publiques , (iii) une modernisation de l’administration et une numérisation et, (iv) une diversification productive et une transformation structurelle.
Vision stratégique : deux programmes d’action gouvernementaux
- PAG I (2016–2021) : mise en place de bases macroéconomiques solides et premières mesures structurelles ;
- PAG II (2021–2026) : extension ambitieuse vers l’industrialisation, la diversification et l’intégration régionale.
Ces programmes stratégiques ont défini une « feuille de route » orchestrée autour de la transformation productive, du renforcement des institutions et de l’amélioration du climat des affaires.
Stabilité macroéconomique et des finances publiques qui ont permis d’afficher des résultats économiques considérables
- Croissance économique soutenue : taux moyen autour de 7 % et singulièrement de 7,5% en 2025, le plus fort depuis plusieurs décennies;
- Inflation maîtrisée, autour de 2,2 %, signe de stabilité monétaire;
- Gestion de la dette publique prudente, avec une structure favorisant des emprunts concessionnels et des émissions bien reçues par les marchés internationaux.
Ces résultats ont renforcé la confiance des agences de notation et des investisseurs extérieurs, ce qui a facilité l’accès aux capitaux internationaux à des conditions favorables.
Modernisation de l’administration et numérisation
Pour faciliter l’investissement et améliorer l’efficacité, le Gouvernement du Président TALON instaure :
- la digitalisation des procédures fiscales : facturation électronique;
- les réformes du système fiscal aux fins d’élargir l’assiette et réduire l’évasion ;
- le renforcement des institutions publiques, la rationalisation de la dépense et la lutte contre la corruption.
Diversification productive et transformation structurelle
Le Bénin a cherché à rompre avec une économie dépendante des matières premières par plusieurs leviers :
- Industrialisation et zones économiques dont la Zone économique spéciale de Glo-Djigbé (GDIZ) est un élément central de cette stratégie d’industrialisation (textiles, agro-alimentaire et industries créatrices d’emplois à valeur ajoutée y sont développés).
- Valorisation des ressources agricoles: Le gouvernement encourage la transformation locale des produits agricoles (coton, soja, anacarde) pour augmenter la valeur ajoutée exportée et créer des emplois. Toutefois, ces efforts sont parfois critiqués par certains compatriotes à qui il sied de rappeler que l’attractivité d’une pareille politique requiert la confiance et la disponibilité de la matière première. En effet, la nécessité de garantir la matière première aux fins de transformation des industries locales n’est pas une invention du Président Talon. Dans les années 1981, sous le Président Kérékou, lorsque les graines de coton devraient être sécurisées au profit de la Société Fludor pour être transformées en huile de graines de coton, le Gouvernement d’alors n’avait pas hésité à imposer un quota pour les huileries locales. Le Doyen Michel DASSI, l’un des acteurs de cette réforme en témoigne à suffisance. De même, en avril 2025 par exemple, le gouvernement burkinabè a décidé de suspendre l’exportation de la noix de cajou brute afin de garantir l’approvisionnement des unités de transformation locales en matière première et de renforcer la compétitivité de l’industrie nationale.
IV. Le Président TALON insuffisamment compris dans ses réformes comme aux Etats-Unis sous le Président Ronald Reagan
Sur l’échiquier international, le parallélisme des réformes au Bénin peut supporter la comparaison de celles menées aux Etats6Unis d’Amérique sous le Président Ronald Reagan. En effet, l’arrivée au pouvoir du Président Ronald Reagan correspondait à une Amérique qui traversait une succession de crises : la crise économique des années 70 avec ses corollaires d’inflation et de chômage, la perte de la guerre du Vietnam, la perte de l’innocence américaine à travers la prise des otages américains de l’Ambassade des Etats-Unis à Téhéran, etc.
Face à cette Amérique en plein doute, le président Reagan se présentait pour restaurer la grandeur de l’Amérique : « Make America great again ». C’était déjà le slogan de Reagan. Son mandat fut marqué par la rigueur et la fermeté comme sous le Président Talon. Le 03 août 1981, lorsque les aiguilleurs du ciel aux Etats Unis avaient déclenché une grève de revendications salariales et autres, la réponse de Reagan, deux jours plus tard (le 5 août 1981) a été ferme et terrible. Il a licencié plus de 11 000 contrôleurs aériens qui refusaient de reprendre le travail. Le syndicat PATCO est dissous. Cet acte marque un tournant historique dans les relations sociales et syndicales aux États-Unis, symbolisant le virage libéral et l’affaiblissement du pouvoir des syndicats dans les années 1980. C’était l’acte originel de la mise aux pas et aux normes de Reagan qui a bien compris que pour faire passer ses réformes, il était nécessaire d’instaurer la discipline, la rigueur et la fermeté. Ses réformes ont profondément marqué les USA et le monde entier est encore sous l’emprise des recettes économiques libérales que les économistes appellent « le Consensus de Washington » avec les programmes d’ajustements structurels, les privatisations, le désengagement de l’Etat dans des activités productives. C’est justement cette option qu’a choisie le Bénin en février 1990 à l’issue de la Conférence des Forces vives de la Nation.
Sous le Président Talon, le droit de grève a été rapidement et rigoureusement encadré au Bénin et, les examens de fin d’année se déroulent normalement avec des taux de succès réjouissants pour la joie et le bonheur des apprenants et des parents d’élèves. De nombreuses autres réformes sous Talon forcent l’admiration et comme aux Etats-Unis, l’économie béninoise, jamais ne sera comme auparavant.
Conclusion
Au total, le Bénin est engagé dans une phase de transformation historique. Les réformes initiées sous la présidence de Patrice Talon ont posé les bases d’une économie plus disciplinée, plus ambitieuse et plus tournée vers la transformation. L’ensemble des transformations engagées suggère l’émergence d’un nouveau régime de croissance au Bénin, fondé sur la transition d’une économie de rente, historiquement dépendante et vulnérable, vers une économie productive orientée vers la création domestique de valeur ajoutée. Cette mutation repose sur des choix stratégiques de long terme visant à renforcer la souveraineté économique et la capacité d’autonomisation du système productif national.
Dans cette perspective, la présente analyse se veut une contribution résolue à l’élévation du débat stratégique relatif à la conduite et à l’appropriation de nos politiques de développement. L’expérience de gouvernance sous l’autorité du Président Patrice Talon met en lumière, avec une acuité particulière, la pertinence d’une démarche fondée sur l’intégration rigoureuse de nos spécificités structurelles, culturelles et économiques dans la conception de nos stratégies nationales. Une telle orientation, loin des modèles exogènes jadis privilégiés, apparaît désormais comme la voie la plus adaptée et la plus féconde.
Il s’impose, dès lors, une exigence historique : celle de voir l’Africain devenir pleinement l’architecte et l’expert de son propre développement, rompant ainsi avec un paradigme ancien et désormais obsolète, caractérisé par des politiques conçues à distance des réalités locales. Cette inflexion doctrinale consacre l’avènement d’une souveraineté intellectuelle et opérationnelle en matière de développement.
Dans cet esprit, je forme le vœu que le Bénin poursuive avec constance l’édification d’une prospérité durable, au bénéfice des générations présentes et futures. À cet égard, la consolidation et la continuité de la dynamique impulsée par le Président Patrice Talon, apparaissent comme des leviers déterminants pour inscrire cette ambition dans la durée avec Monsieur Romuald Wadagni.

