Au lendemain de l’adoption de la révision constitutionnelle par l’Assemblée nationale, l’honorable Assan Séibou, l’un des initiateurs de la proposition de loi et président du groupe parlementaire Bloc Républicain, était l’invité d’une émission spéciale ce samedi 15 novembre 2025 sur Canal 3 Bénin. Face aux interrogations, aux critiques de l’opposition et aux soupçons de fraude autour du scrutin, le député a détaillé le déroulement du vote, expliqué les motivations de la réforme et défendu la pertinence de la création d’un Sénat chargé de « réguler la vie politique ». Retour sur les grandes lignes de son intervention.

L’adoption de la révision constitutionnelle, intervenue au petit matin du samedi 15 novembre 2025 à l’Assemblée nationale, continue de susciter de vives réactions. Pour éclairer l’opinion, l’honorable Assan Séibou, président du groupe parlementaire Bloc Républicain et co-initiateur de la proposition de loi, a longuement expliqué les motivations, le processus et la portée de cette réforme majeure lors d’une émission spéciale sur Canal 3 Bénin.
Revenant sur la plénière, le député assure que toutes les étapes se sont déroulées conformément au règlement intérieur de l’Assemblée Nationale, depuis la recevabilité de la proposition de loi jusqu’au vote final. La première étape, insiste-t-il, a permis de vérifier que le texte ne remettait pas en cause la laïcité, l’intégrité du territoire ni les principes fondamentaux de la République. La proposition a ensuite été examinée en Commission, amendée par les députés de différentes sensibilités politiques, puis présentée en séance plénière. Lors du vote final, 90 voix ont été exprimées en faveur de la révision contre 19. « Tout s’est fait de manière transparente, sous les yeux de tous, avec un scrutin secret qui responsabilise chaque député », précise-t-il.
Les contestations de l’opposition, qui dénonce un « vol de voix » et parle de fraude, sont balayées par l’honorable Séibou qui y voit une polémique récurrente. « C’est la chanson habituelle, à chaque vote, l’opposition crie à la fraude. Tout s’est déroulé devant tout le monde. S’il y avait eu une irrégularité, personne ne serait resté silencieux », affirme-t-il. À ses yeux, l’écart entre les prévisions et le résultat final s’explique davantage par des divisions internes au sein du groupe parlementaire Les Démocrates. « Certains parmi eux n’y croient plus. Beaucoup en ont marre des positions systématiques dictées uniquement par l’hostilité au président Talon », estime-t-il.
Sur le fond, Assan Séibou défend une révision qu’il juge indispensable pour préserver les acquis du développement. Selon lui, le Bénin a trop souffert des conflits politiques entre institutions depuis 1991, illustrés notamment par les tensions entre anciens présidents et différentes législatures. La réforme vise ainsi à renforcer la stabilité institutionnelle et à éviter qu’un futur chef d’État ne déconstruise les progrès en cours.
La création d’un Sénat constitue l’un des points les plus commentés de cette révision. Pour le député du BR Assan Séibou, cette nouvelle institution jouera le rôle de « chambre des sages », composée notamment d’anciens présidents de la République et d’anciens présidents de la cour constitutionnelle et de l’assemblée nationale ainsi que de Chefs d’État-major de l’armée. Il s’agira d’un organe apolitique chargé de réguler la vie politique, de veiller à l’unité nationale, à la paix et à la démocratie, mais aussi de sanctionner politiquement les comportements jugés dangereux pour la stabilité du pays.
La trêve politique selon le député initiateur de la proposition de loi
Le Sénat aura également pour mission d’assurer une surveillance active durant les périodes de « trêve politique ». Interrogé sur le cas d’un ancien président devenu chef d’un parti d’opposition, Assan Séibou précise que des mécanismes existent. « Un membre de droit peut choisir de ne pas siéger. Mais s’il siège, il met de côté ses ambitions politiques. Le Sénat n’est pas un lieu de compétition partisane », explique-t-il.
La notion de trêve politique, introduite par la réforme, suscite également des interrogations. Pour le député Assan Séibou, il ne s’agit pas d’une innovation totale, la loi interdisait déjà les rassemblements, meetings et distributions de gadgets un an avant les élections, mais ces dispositions n’étaient jamais respectées. Le Sénat aura désormais le pouvoir d’y veiller, sans pour autant interdire le débat politique. Ce sont les activités de campagne déguisée qui seront désormais scrupuleusement contrôlées.
Pour l’honorable Assan Séibou, cette réforme s’inscrit avant tout dans une logique de consolidation démocratique. Elle vise, selon ses mots, à bâtir une gouvernance plus stable, à prévenir les dérives et à offrir au pays un cadre institutionnel adapté aux réalités actuelles. « Nous tirons les leçons de plus de trois décennies de pratique démocratique. Ce n’est pas pour le président Talon. C’est pour le pays, pour éviter les crises de demain et garantir la continuité du développement », conclut-il.
Romain HESSOU

