La dynamique du solaire en Afrique entre dans une phase d’accélération documentée par deux rapports de référence : Electricity 2026 : Analysis and forecast to 2030 de l’International Energy Agency (IEA, édition 2026) et Africa Solar PV Market Outlook 2026–2029 du Global Solar Council (GSC, 2026). Ces deux études rendus publics il y a quelques jours, convergent sur trois points : forte baisse des coûts, domination croissante du solaire dans les nouvelles capacités électriques et essor rapide des modèles décentralisés, une trajectoire qui concerne directement l’Afrique de l’Ouest et le Bénin.

Selon l’IEA, la production mondiale d’électricité renouvelable progresse d’environ 1 050 TWh par an d’ici 2030, dont plus de 600 TWh par an issus du seul solaire photovoltaïque. En 2025, la production solaire mondiale a augmenté de 620 TWh sur un an, contre 450 TWh en 2024 — la plus forte hausse annuelle observée pour cette technologie. Le solaire devrait dépasser le nucléaire et l’éolien dès 2026, puis l’hydraulique d’ici 2029 dans le mix mondial de production.
Le rapport du GSC souligne que la compétitivité repose sur la chute du prix des équipements : le coût des panneaux solaires a baissé de 89,69 % entre 2010 et 2024, d’après les données citées de l’International Renewable Energy Agency (IRENA). Cette baisse, combinée à la diminution du coût des batteries, rend les systèmes solaires et le stockage de plus en plus viables pour remplacer le diesel dans de nombreux pays africains.
Afrique : boom du solaire distribué et des mini-réseaux
Le rapport du GSC indique qu’en Afrique, la croissance ne vient plus seulement des grandes centrales mais aussi du solaire distribué. Les importations de panneaux ont atteint 18,7 GW en 2025, un volume supérieur aux besoins cumulés de déploiement utility-scale prévus pour 2026 (≈ 7 GW) et 2027 (≈ 7,3 GW) dans le scénario médian, ce qui suggère un basculement massif vers les installations commerciales, industrielles et résidentielles.
Le développement des mini-réseaux s’accélère également : l’association professionnelle africaine des développeurs de mini-grids recense plus de 600 mini-réseaux opérationnels, alimentant près d’un million de personnes. Citant la Banque Mondiale, le GSC estime que 160 000 mini-réseaux seront nécessaires pour électrifier 380 millions d’Africains d’ici 2030, pour un coût d’environ 91 milliards de dollars.
En 2025, plusieurs pays africains ont enregistré des ajouts significatifs de capacités solaires : Maroc +204 MW, Zambie +139 MW, Botswana +120 MW (avec 144 MWh de batteries), Tunisie +120 MW, Ghana +92 MW, Tchad +86 MW. La région d’Afrique australe a représenté 46 % des nouvelles installations du continent en 2025, devant l’Afrique du Nord (29 %).
Politiques publiques et nouveaux instruments financiers
Le GSC met en avant plusieurs leviers politiques adoptés ou renforcés en 2024-2025 : exemptions de droits d’importation sur les équipements solaires, net metering, simplification des licences pour les petites installations (≤100 kW dans certains pays), et programmes de garanties. Parmi les outils cités figure l’Africa Energy Guarantee Facility (AEGF), mécanisme de garantie soutenu par des institutions européennes comme la European Investment Bank, destiné à réduire le risque de défaut sur les contrats d’achat d’électricité et à améliorer la bancabilité des projets IPP.
En 2025, l’Union africaine a en outre adopté une stratégie africaine sur l’hydrogène vert, misant explicitement sur le potentiel solaire du continent. Plus de 60 projets sont annoncés dans 16 pays, avec un objectif de production de 50 Mt/an d’ici 2035.
Bénin : un terrain favorable au solaire réseau et hors-réseau
Les deux rapports soulignent que la demande électrique africaine croît d’environ 4 % par an sur 2024-2026, soit le double du rythme observé entre 2017 et 2023, sous l’effet de l’électrification et de la croissance économique. Dans ce contexte, le solaire est présenté comme la solution la plus rapide à déployer pour les pays dépendant des importations.
Le cadre mis en avant par le GSC (mini-réseaux, solaire + stockage, IPP, garanties publiques, exonérations d’équipements), correspond aux instruments désormais utilisés en Afrique de l’Ouest. Pour le Bénin, la combinaison fort ensoleillement + baisse des coûts + financements concessionnels positionne le solaire comme levier prioritaire d’expansion du parc électrique sur l’horizon 2026-2030.
Olivier ALLOCHEME

