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Témoignage sur la crise ouverte au Parti Les Démocrates :  L’ex-ministre Saliou Akadiri dénonce une « ambiance de haine »  

Le Parti Les Démocrates (LD) vit une des heures les plus sombres de son histoire. À peine dix jours après la désignation d’Éric Houndété comme président par intérim, une nouvelle fracture est apparue dimanche dernier lors du Conseil national. L’un des vice-présidents, Saliou Akadiri, ancien ministre des Affaires étrangères et diplomate de carrière, a accepté de lever le voile sur les événements. Dans un entretien exclusif réalisé avec Crystal News, il décrit une séance qui a dégénéré en « ambiance de haine, de violence verbale et même physique », selon ses propres termes.

Tout commence par la démission surprise de l’ancien président Thomas Yayi Boni, déposée le 4 mars. Le 13 mars, la Coordination nationale prend acte de cette vacance définitive et, conformément à l’article 17 des statuts, désigne Éric Houndété, premier vice-président, comme président par intérim. Celui-ci dispose de trois mois pour convoquer un congrès ordinaire qui élira le nouveau président titulaire. La suite semblait logique : une coordination le 22 mars devait examiner le rapport du comité de réflexion mis en place par Yayi Boni lui-même et définir la stratégie électorale du parti. Mais rien ne s’est passé comme prévu. Saliou Akadiri raconte : « Lorsque nous sommes arrivés dans la salle, un ordre du jour a été lu par le secrétaire administratif. Le premier constat de tout le monde, c’est que cet ordre du jour n’avait fait l’objet d’aucune concertation préalable. » Parmi les points figurait, sans crier gare, la « désignation d’un nouveau président ». Éric Houndété lui-même, selon Akadiri, découvre ce point en même temps que les participants. Le ton monte immédiatement. L’ancien maire de Pobè insiste sur le cadre juridique : « L’article 17, dernier alinéa, est clair. En cas de vacance définitive, le Conseil national doit se réunir en session extraordinaire, convoquée uniquement à cet effet. Or, nous étions en session ordinaire, avec 21 autres postes à pourvoir et plusieurs points à l’ordre du jour. »

La discussion devient explosive

Saliou  Akadiri ne mâche pas ses mots : « Nous avons assisté à des scènes auxquelles je n’avais jamais assistées depuis la création du parti. Une manifestation de haine, de violence verbale et je peux même dire physique. On se levait en disant “je vais te boxer”. Si on ne vous retenait pas, vous alliez boxer. »

Face à cette ambiance délétère, Éric Houndété, « qui s’en est tenu aux textes », suspend la séance. C’est alors que Nourénou Atchadé, deuxième vice-président, s’oppose frontalement. Il sort brièvement de la salle, revient et annonce : « On va convoquer une session extraordinaire samedi prochain. » Mais quelques instants plus tard, il change de cap, selon l’ancien ministre : « On va faire ça aujourd’hui. » Une partie de la salle, déjà clairsemée car de nombreux délégués étaient repartis après des heures de débats infructueux, reste sur place. Dans ces conditions, Nourénou Atchadé est désigné   nouveau président du parti.

Saliou Akadiri dénonce une « manipulation » orchestrée en amont : « Quelques jours avant, des gens étaient passés dans les circonscriptions pour dire comment voter dimanche. Dans la salle, on ne laissait même pas les intervenants finir leurs phrases. » Il regrette surtout que cette crise éclate si vite après la démission de Yayi Boni, qui avait « boosté l’image du parti » grâce à son statut d’ancien chef de l’État. « On donne trois mois à Éric Houndété pour organiser la succession, et en moins de dix jours, on organise une session ordinaire pour le remplacer. Si nous nous aimons vraiment, je trouve que… c’est une injustice », lâche-t-il.

D’anciennes rivalités

Derrière cette fracture, l’ancien maire de Pobè évoque une rivalité ancienne entre Éric Houndété et Nourénou Atchadé, qui remonte à la création du parti en 2022. LD est un conglomérat d’anciennes formations (FCBE, UN, RB, UDS…). Au moment de désigner le premier président, Yayi Boni avait refusé qu’Atchadé prenne la tête pour éviter l’image d’une « survivance du FCBE ». Cette rivalité, jamais éteinte, aurait resurgi avec force après l’échec aux législatives de janvier 2026. Saliou Akadiri, qui fut directeur national de campagne en 2023 lorsque le parti avait obtenu 28 députés, reconnaît que les tensions internes n’ont jamais totalement disparu. Il évoque même des « sabotages » lors du dépôt des dossiers de candidature à la CENA, avec des dossiers qui ont « disparu » à la CENA. Mais il refuse de désigner nommément un responsable : « Ceux qui ont fait cela se connaissent. »

Le Parti Les Démocrates se retrouve aujourd’hui avec deux présidents qui se revendiquent chacun légitime : Éric Houndété, qui maintient sa suspension de séance et se prévaut toujours de l’intérim, et Nourénou Atchadé, qui se présente comme le nouveau président.  Saliou Akadiri conclut avec amertume : « C’est dommage pour nous et pour notre parti. »  

Olivier ALLOCHEME

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