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Transmettre pour transformer : La reprise d’entreprises au Bénin comme moteur du renouveau entrepreneurial

Qui a déjà entendu un patron de PME béninoise annoncer fièrement qu’il cherche son successeur ou un repreneur ? Le temps que ça nous prend de chercher la réponse dans notre esprit en dit long. La transmission d’entreprise, qu’elle soit partielle ou totale, a longtemps été un sujet tabou dans le paysage entrepreneurial national… alors que dans le même temps, la problématique se pose sous une forme ou une plusieurs fois par semaines aux milliers d’entrepreneurs que compte notre pays.

Dans mon métier de conseil en stratégie d’entreprise, j’entends bien souvent des dirigeants confier à demi-mot que bien que ce soit une question qu’ils se posent, qu’ils associent en effet le fait de céder leur affaire à une forme de retrait définitif ; presque un aveu de faiblesse ou d’échec et n’osent donc pas aborder la question. Pour ceux d’entre vous qui êtes des entrepreneurs, faites un autre exercice autour de vous : annoncez à dix personnes que vous voudriez céder votre entreprise. Et dans leur majorité, ils vous demanderont : « oh… l’affaire ne marche pas ? ».

Transmettre n’est pas abandonner : c’est assurer la continuité

Loin d’être une abdication, transmettre son entreprise est un acte stratégique et un geste de foi dans l’avenir. Comme le rappelle une étude, « Transmettre une entreprise, c’est assurer sa relève ». C’est en d’autres termes, garantir la continuité de son projet au-delà de soi. Céder tout ou partie de son capital ne signifie pas nécessairement se retirer des affaires pour autant. Au contraire, de nombreux cédants en profitent pour rebondir vers de nouveaux projets ou se repositionner différemment. On voit des fondateurs, après la vente de leur société, lancer une nouvelle entreprise dans un autre secteur ou investir en mentorant de jeunes entrepreneurs. D’autres restent liés à l’aventure sous une autre forme ; par exemple en tant que conseiller, administrateur ou partenaire du repreneur.

Une transmission réussie, un levier gagnant-gagnant

Bien menée, la transmission d’une entreprise apporte des bénéfices tangibles pour toutes les parties prenantes. Pour le cédant : c’est l’aboutissement et la valorisation de longues années de travail. Une cession réussie permet de récolter le fruit de ses investissements (financiers comme personnels) et de sécuriser son patrimoine. C’est aussi la satisfaction de savoir l’entreprise entre de bonnes mains, assurant la pérennité de son œuvre et la protection des emplois qu’il a créés. Pour l’entreprise transmise, c’est souvent une nouvelle impulsion stratégique. Le repreneur apporte des ressources fraîches, un regard neuf et des talents nouveaux pour innover. L’entreprise peut se repositionner sur de nouveaux marchés, moderniser son management et accélérer sa croissance grâce à cet œil extérieur. En somme, elle gagne une seconde vie en évitant la stagnation ou le déclin.

Pour l’économie nationale, l’enjeu est de taille : chaque PME sauvée ou relancée grâce à une transmission, ce sont des emplois préservés ou créés, du savoir-faire local qui perdure et une richesse qui continue de contribuer au développement. Un tissu économique où les entreprises ne meurent plus avec leur fondateur est un tissu qui gagne en résilience et en prospérité sur le long terme.

Notaires, banquiers, experts… des déclencheurs pour passer le relais

Qui va oser aborder le sujet de la transmission avec le chef d’entreprise, si lui-même hésite à le faire ? Ici, le rôle des prescripteurs (ces conseillers de confiance que sont les notaires, banquiers, experts-comptables ou encore assureurs) est déterminant. En contact régulier avec les dirigeants de PME, ces professionnels sont mieux placés pour détecter les signaux d’alerte : un patron approchant de la retraite sans successeur déclaré, des difficultés de gestion récurrentes, ou simplement l’envie exprimée de « lever le pied ». Autant d’indices qui doivent inciter l’entourage professionnel à ouvrir le dialogue.

Banques, études notariales, cabinets comptables… tous peuvent se muer en déclencheurs de vocation en suggérant au dirigeant d’envisager la cession de son entreprise lorsque le moment s’y prête. Ils forment en quelque sorte un réseau d’alerte apte à signaler les opportunités de transmission dès qu’elles se présentent. Par une approche pédagogue et bienveillante, ces prescripteurs peuvent dédramatiser la cession aux yeux du chef d’entreprise, l’informer des options qui s’offrent à lui, et le mettre en relation avec les dispositifs d’accompagnement adéquats. En rompant le silence, ils jouent le rôle d’électrochoc positif : celui qui fait passer la transmission du non-dit au projet concret.

Un écosystème complet pour accompagner la transmission

Céder ou reprendre une entreprise est un processus complexe, qui ne s’improvise pas en solitaire. Juridique, fiscalité, finance, psychologie du dirigeant, management… la transmission touche à de multiples domaines et requiert l’appui d’un écosystème d’experts. Pour qu’elle aboutisse dans les meilleures conditions, il faut pouvoir compter sur un accompagnement à 360° à chaque étape du chemin.

Concrètement, cela signifie : bénéficier d’un diagnostic stratégique pour évaluer la santé et la valeur de l’entreprise à transmettre, obtenir des conseils juridiques et fiscaux pour préparer l’opération, mettre en place un plan de financement solide (emprunts bancaires, investisseurs) pour le repreneur, et s’assurer de la conformité de tous les actes de cession. Cela implique également un coaching humain : préparer psychologiquement le cédant à passer le flambeau, former et outiller le repreneur (techniques de gestion, leadership, connaissance du secteur) afin qu’il soit prêt à piloter l’entreprise une fois aux commandes. Enfin, un soutien post-cession est souhaitable pour aider le nouveau dirigeant dans ses premiers pas et assurer la continuité des performances.

Toute une chaîne de valeur doit se mobiliser autour du binôme cédant/repreneur : conseillers en gestion, avocats d’affaires, banquiers, mentors, etc. Au Bénin, c’est du jamais-vu… et le dispositif est naissant ; mais il est appelé à grandir et à se structurer. L’initiative Repreneuriat Bénin, lancée par la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin avec le concours de partenaires privés (dont FUND.lab et Sud Capital). Va pouvoir aider à installer un véritable marché encadré de la transmission d’entreprises, en réunissant sur une même plateforme les vendeurs et acheteurs potentiels, et en offrant tout l’accompagnement nécessaire pour sécuriser les transactions. L’existence de ce dispositif témoigne d’un changement positif : désormais, au Bénin, céder son entreprise peut se faire de manière organisée, transparente et professionnelle, avec un écosystème complet pour guider chaque pas du processus.

Reprendre une entreprise… une autre façon d’entreprendre au Bénin

Trop souvent, on oppose la création d’entreprise (considérée comme le graal de l’entrepreneuriat) à la reprise d’une affaire existante, perçue à tort comme quelque chose de « plus facile » ou de moins glorieux. C’est un biais culturel qu’il faut corriger. Reprendre une PME pour lui éviter la fermeture et la faire prospérer est tout aussi exigeant (sinon plus) que de partir de zéro. Le repreneur, qu’il s’agisse d’un héritier familial, d’un cadre de l’entreprise ou d’un entrepreneur externe, prend un risque considérable : il investit du capital, mobilise des compétences et doit faire ses preuves pour fédérer employés et clients autour de sa vision. Il mérite en retour la même reconnaissance qu’un créateur d’entreprise, car il est, au sens plein, un entrepreneur. Son projet à lui consiste à insuffler une nouvelle dynamique à une organisation existante, à la transformer sans la trahir.

Les repreneurs apportent effectivement un nouveau souffle aux entreprises qu’ils rachètent ; et plus qu’un simple prolongement, c’est souvent une véritable renaissance qu’ils orchestrent. Il suffit de voir certaines PME béninoises reprises par de jeunes cadres ou des investisseurs de la diaspora : modernisation de l’outil de production, ouverture vers l’international, innovation digitale… Le repreneur mobilise son audace et sa vision pour amener l’entreprise à un autre niveau.

Chacun de nous devrait trouver une façon de prendre part à cette dynamique naissante ; pour que fassions de la transmission une norme positive au Bénin, de façon à garantir que nos PME puissent grandir d’une génération à l’autre au lieu de s’éteindre prématurément. Nous devrions tous encourager les entrepreneurs à bâtir des ponts entre les générations, pour que chaque fin d’histoire devienne le début d’une autre. À l’échelle du pays, ce serait le moyen de s’assurer que les richesses créées ici restent en circulation, se régénèrent et se multiplient au fil du temps, au lieu de se dilapider.

Raymond Adjakpa Abilé

Secrétaire Général de la CCI Bénin

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