- « Il faut donner aux Béninois la liberté de s’enrichir » recommande le président du CIPB)

Le Bénin s’est officiellement projeté vers l’horizon 2060. Le mardi 3 février 2026, au Dôme du Sofitel Hôtel de Cotonou, le président de la République, Patrice Talon, a procédé au lancement solennel de la « Vision Bénin 2060 ALAFIA, un monde de splendeurs», ouvrant une nouvelle séquence dans la planification stratégique du développement national. Quelques jours après cette cérémonie, le président du Conseil des Investisseurs Privés du Bénin (CIPB), Roland Riboux, s’est exprimé sur la chaîne Canal 3 Bénin. Au cœur de l’entretien, le rôle concret du secteur privé dans la mise en œuvre de cette vision à long terme.
Présent au lancement officiel, Roland Riboux salue d’abord l’exercice de projection. « Il faut vraiment avoir une boussole, et ça, c’est la boussole que nous devons utiliser pour aller de l’avant », affirme-t-il. Pour lui, la grande différence avec les cadres stratégiques antérieurs réside dans l’articulation possible entre cette vision de long terme et les futurs Programmes d’action du gouvernement (PAG). « Ce document est très complet. Il comprend tous les aspects intérieurs, économiques, financiers, internationaux. C’est un bon moyen pour rédiger des PAG qui resteront dans cette épure », estime-t-il.
Tout en reconnaissant les incertitudes liées à l’environnement international évoquant notamment les recompositions géopolitiques et économiques mondiales, il juge indispensable d’anticiper et de structurer l’action publique sur plusieurs décennies.
Capital humain : « la base de tout »
Interrogé sur les secteurs prioritaires pour atteindre les objectifs de prospérité, de stabilité et de bien-être affichés par la Vision 2060, le président du Conseil des investisseurs privés surprend par sa réponse avant les infrastructures ou l’industrialisation, il place le capital humain. « Dans le long terme, ce n’est plus tellement le quantitatif qui compte, c’est le qualitatif. Et le qualitatif, ce sont les êtres humains », soutient-il.
Roland Riboux identifie trois urgences majeures pour donner corps à la Vision Bénin 2060 Alafia. La première concerne l’éradication de l’analphabétisme, qu’il considère comme un frein structurel au développement et à la compétitivité du pays. La deuxième porte sur la lutte contre la malnutrition infantile, en particulier durant les mille premiers jours de l’enfant, période déterminante pour le développement cognitif et physique. Enfin, il insiste sur le renforcement de l’éducation civique et morale, qu’il juge indispensable pour consolider la cohésion sociale, restaurer les valeurs collectives et ancrer durablement le sens de l’intérêt général. « Si dans sept ans nous arrivons à éradiquer l’analphabétisme, nous serons une splendeur », lance-t-il, estimant que la transformation du “mental” constitue une condition essentielle de réussite.
Réformer la formation et valoriser les métiers techniques
Les échanges abordent également la question de l’enseignement supérieur et de l’employabilité. Roland Riboux plaide pour une réforme profonde du système de formation, avec un accent sur l’éducation technique et professionnelle. Il cite en exemple les modèles suisse et allemand d’enseignement dual, combinant formation théorique et apprentissage en entreprise. L’objectif est de former rapidement des techniciens qualifiés électriciens, informaticiens, frigoristes capables de contribuer efficacement à l’économie nationale. « Le développement sera fait par des milliers, des dizaines de milliers de décisions prises par des acteurs formés et responsables », insiste-t-il.
PME et dialogue public-privé
Pour le patron des investisseurs privés, les petites et moyennes entreprises constituent le véritable socle de l’économie. « Ce sont elles qui créent les emplois », rappelle-t-il, soulignant qu’une petite entreprise peut, avec un investissement modeste, générer rapidement plusieurs postes.
Il appelle l’État à aller plus loin dans l’accompagnement des PME, notamment en garantissant le paiement régulier des factures dues aux entreprises. Une mesure qui, selon lui, permettrait de réduire le recours aux crédits bancaires coûteux et de favoriser le réinvestissement. Roland Riboux insiste également sur la nécessité d’un dialogue public-privé permanent, sectoriel et structuré, afin d’identifier les contraintes et de renforcer la compétitivité des entreprises béninoises.
Énergie et stabilité
À l’échelle des 35 prochaines années, l’énergie apparaît, selon lui, comme un levier stratégique décisif. Il évoque même la possibilité, à long terme, de recourir à des mini-centrales nucléaires, voire à des technologies innovantes comme le thorium, pour garantir une énergie abondante et compétitive. Quant à la stabilité politique, il se dit « raisonnablement optimiste ». La pratique des PAG et la consolidation des institutions constituent, à ses yeux, des acquis susceptibles d’assurer la continuité stratégique au-delà des alternances.
Au-delà des projections à l’horizon 2060, Roland Riboux rejoint l’interpellation du chef de l’État, quel pays sera le Bénin à l’aube de son centenaire d’indépendance ? Pour lui, la réponse est simple, « Il faut commencer par travailler maintenant. Et laisser un peu les discours. »
Entre ambition politique et engagement entrepreneurial, la Vision Bénin 2060 Alafia ouvre ainsi un chantier de longue haleine. Reste à transformer la boussole stratégique en actions concrètes, capables de faire du Bénin, d’ici 35 ans, une référence régionale en matière de prospérité et de cohésion sociale.
Romain HESSOU

