La Bibliothèque nationale du Bénin a accueilli, le mercredi 2 septembre 2026, la cinquième édition de son Café littéraire « Parole d’auteurs ». L’invitée de cette rencontre, l’enseignante et écrivaine Cécile AVOUGNLANKOU, y a présenté son premier ouvrage, une pièce de théâtre intitulée « Mes poupées noires, noires », parue aux Éditions Beninlivres.

Il est 15 heures passées lorsque la salle d’animation de la Bibliothèque nationale du Bénin s’anime pour ce nouveau rendez-vous du Café littéraire. Face au modérateur Gervais DASSI, Cécile AVOUGNLANKOU, enseignante et fondatrice de la plateforme « Fémicriture », vient parler de son tout premier livre : « Mes poupées noires, noires ». Un intitulé emprunté à un poème du recueil « Pigments » de Léon-Gontran Damas, que le modérateur a tenu à lire à l’assistance avant d’entamer les échanges.
Une pièce née d’un dilemme d’enseignante
L’auteure situe la genèse de son texte dans sa propre salle de classe. Enseignante de lettres, elle constate année après année la difficulté pour ses collègues d’aborder le cours de négritude, inscrit au programme de première au Bénin. Selon elle, transmettre la fierté des valeurs ancestrales suppose d’être soi-même enraciné dans cette culture, une posture que beaucoup d’enseignants peinent à incarner, tiraillés entre convictions religieuses et aspirations à la modernité. De cette observation naît le personnage d’Ingrid, professeure éclaircie et défrisée, chargée d’enseigner la négritude sans l’avoir pleinement assumée elle-même.
Face à elle, le personnage de Yêyimê incarne l’enseignante enracinée dans ses traditions. Un duo que l’auteure présente non comme une opposition entre bonne et mauvaise élève, mais comme le reflet d’une même conscience partagée différemment.
Le griot, fil conducteur venu de l’enfance
La forme théâtrale, portée par un personnage de griot, tient à l’histoire personnelle de l’auteure. Ayant grandi en région baatonu, elle a côtoyé dans son enfance les cérémonies de la royauté locale, où le griot annonce, loue et raconte. Cette empreinte, dit-elle, a nourri son écriture, davantage tournée vers le dialogue que vers le récit classique.
Interrogée sur la présence de deux enseignantes face à deux inspecteurs masculins, elle y voit moins un choix militant qu’un constat, le corps de contrôle scolaire reste aujourd’hui largement dominé par les hommes.
« Demeurer soi », un combat de longue haleine
Reprenant une phrase clé de son livre demeurer soi après les humiliations subies serait la meilleure des vengeances, Cécile AVOUGNLANKOU a partagé son propre parcours capillaire, entre pressions familiales à se défriser et choisi, quinze ans plus tôt, de porter ses cheveux naturels. Un cheminement qu’elle présente comme à l’image du combat plus large pour l’identité noire.
Convoquant les figures de Samory Touré, Béhanzin, Cheikh Anta Diop, Nina Simone ou Angela Davis, elle explique vouloir susciter chez les jeunes lecteurs la curiosité pour ces parcours de résistance, et redonner sa juste place aux savoirs scientifiques africains, à commencer par le fâ.
Un hommage appuyé au métier d’enseignant
Revenant sur les scènes d’inspection de la pièce, où le personnage de Yêyimê subit une pression intense, l’auteure a voulu rendre hommage à la profession enseignante, qu’elle décrit comme un sacerdoce exposé au regard permanent des familles et de la communauté.
Se déclarant sans détour féministe, elle a également insisté sur le rôle des mères dans la transmission des valeurs au quotidien, tout en relativisant cette responsabilité par l’exemple de pères pleinement investis dans l’éducation de leurs enfants.
Racines et ouverture, un équilibre plutôt qu’un repli
Interrogée sur la conciliation entre modernité et tradition, Cécile AVOUGNLANKOU a plaidé pour un enracinement qui n’exclut pas l’ouverture, c’est ce que chacun peut offrir de singulier, issu de sa propre culture, qui suscite l’intérêt de l’autre, non l’imitation de ce qu’il connaît déjà. Elle a par ailleurs cité une étude menée au Burkina-Faso montrant de meilleures performances scolaires chez les enfants d’abord initiés à leur langue maternelle avant le français.
L’échange s’est refermé sur cette conviction, le retour aux sources, loin d’être un enfermement, demeure pour l’auteure un chantier permanent, à mener dès la petite enfance et jusqu’à l’école, pour que la jeunesse béninoise mesure pleinement la valeur de son propre héritage.

