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6ᵉ Grande Conférence de l’ANSALB : Prof Monique Ouassa Kouaro plaide pour le respect des droits de l’Homme en politique

À la 6ᵉ Grande Conférence de l’Académie nationale des sciences, des arts et des lettres du Bénin (ANSALB), la professeure Monique Ouassa Kouaro a mis en lumière les rapports entre les droits de l’Homme et l’exercice du pouvoir politique. Sa communication a souligné le rôle des institutions, de la justice et des contre-pouvoirs dans la protection des libertés fondamentales.

La politique peut-elle s’exercer sans considération morale ? C’est autour de cette interrogation que l’Académie nationale des sciences, des arts et des lettres du Bénin (ANSALB) a organisé, le jeudi 29 octobre 2026, sa 6ᵉ Grande Conférence dans la salle bleue du Palais des Congrès de Cotonou. Parmi les trois communications inscrites au programme, celle de la professeure Monique Ouassa Kouaro, enseignante-chercheure au Département de sociologie-anthropologie de l’Université d’Abomey-Calavi, a porté sur les rapports entre les droits de l’Homme et la politique.

À l’ouverture des travaux, le président du comité d’organisation, le professeur Jean-Pierre Ezin, a rappelé le caractère polémique du thème général : « La politique est-elle amorale ? ». Il a relevé le paradoxe entre les pratiques politiques, parfois associées au cynisme et à la manipulation, et la conception de la politique comme art de gouverner la cité au service du vivre-ensemble et du bien commun.

Les droits humains face aux exigences du pouvoir

Dans son intervention intitulée « Droits de l’Homme et politique », la professeure Monique Ouassa Kouaro a examiné la place des droits humains dans l’exercice de l’autorité politique. Ces droits consacrent la dignité de chaque personne et garantissent les libertés fondamentales, tandis que la politique organise la vie collective et détermine les orientations de l’action publique. La difficulté réside dans le fait que la protection de ces droits dépend aussi des institutions et des décisions politiques censées les garantir. La réflexion met en opposition deux approches. Le réalisme politique privilégie la conquête, la conservation et l’exercice du pouvoir, en accordant une place importante aux rapports de force, aux intérêts stratégiques et à l’efficacité de l’action gouvernementale. À l’inverse, une conception normative entend soumettre l’autorité aux principes de justice, de liberté, de responsabilité et de respect de la personne humaine.

Pour la chercheure, la reconnaissance juridique des droits ne suffit toutefois pas à assurer leur respect effectif. Leur protection repose notamment sur la solidité des institutions, l’indépendance de la justice, l’existence de contre-pouvoirs, la participation citoyenne et l’efficacité des mécanismes de contrôle. La concentration du pouvoir, l’instrumentalisation des institutions, les inégalités d’accès à la justice ainsi que les manquements à l’éthique des responsables publics peuvent fragiliser les libertés et la confiance des citoyens.

Dans le contexte africain, ces enjeux renvoient aux défis de la gouvernance démocratique, de la redevabilité des dirigeants, de l’inclusion politique et du développement. La Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples constitue, à cet égard, un référentiel qui articule les droits individuels, les droits des peuples et les devoirs de la personne.

La communication de la chercheure défend ainsi l’idée que les droits humains ne s’opposent pas à la politique, mais en constituent un fondement de légitimité et un principe régulateur. La capacité à gouverner ne saurait donc suffire : le pouvoir doit aussi se soumettre au droit et rendre compte de son action.

Deux autres angles pour interroger la morale en politique

La première communication, présentée par le Père Éric Aguenounon sous le thème « La politique, une activité essentiellement amorale ou immorale ? », a abordé la distinction entre amoralité et immoralité en politique. Elle devait notamment interroger la nature du pouvoir politique et confronter les notions de morale politique et de morale en politique à des situations concrètes.

La troisième communication, assurée par le professeur Prudent Victor Topanou sur « Le financement de l’action politique », a porté sur les financements publics et privés de l’activité politique au Bénin. Elle a mis en perspective les inégalités entre la mouvance au pouvoir et l’opposition, ainsi que les enjeux éthiques liés à l’utilisation du financement public.

À travers ces trois interventions, l’ANSALB a placé les pratiques politiques, la protection des droits et les conditions de financement de l’action publique au cœur d’une même réflexion.

Augustin HESSOU

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