You are currently viewing L’Ambassadeur Ahouansou sur la vision ‘’Plus loin ensemble’’ de Wadagni : « La solidarité doit devenir le socle de l’action publique »

L’Ambassadeur Ahouansou sur la vision ‘’Plus loin ensemble’’ de Wadagni : « La solidarité doit devenir le socle de l’action publique »

À travers une analyse structurée du slogan de campagne du candidat Wadagni « Plus loin ensemble », l’Ambassadeur Candide Ahouansou invite à dépasser la simple logique de continuité pour inscrire l’action publique dans une véritable philosophie d’intervention. Selon lui, la réussite du mandat du président élu Romuald Wadagni repose sur la capacité à articuler ambition économique et justice sociale, dans un contexte marqué par la persistance de fortes inégalités. Il plaide ainsi pour l’adoption d’une « solidarité productive » comme principe directeur de gouvernance, capable de concilier création de richesse et redistribution équitable. Au-delà d’un mot d’ordre politique, « Plus loin ensemble » appelle, selon Candide Ahouansou, à une refondation des pratiques publiques autour d’une vision cohérente, inclusive et durable.

Lire l’intégralité de son analyse.

‘’PLUS LOIN ENSEMBLE’’ ET SOLIDARITE

SUGGESTION D’UNE PHILOSOPHIE D’ACTION POUR LA MISE EN ŒUVRE D’UNE STRATEGIE

Dans notre dernière livraison nous faisions état du fait que le slogan de campagne du candidat Wadagni devait préfigurer son programme d’action. La présentation dudit programme en a été la confirmation, et nous ne pensions pas si bien dire.

 ‘’Plus loin ensemble’’, une litote qui synthétise deux idées : faire plus que ce qui a été fait jusqu’alors, et le faire collectivement dans un esprit de solidarité agissante. L’idée de continuité largement relayée dans les commentaires par les médias pourrait laisser penser qu’il s’agit essentiellement de préserver les acquis de la politique du Président sortant. Mais l’on sait que la continuité, à elle seule, ne saurait constituer une identité politique. Au reste, toute nouvelle magistrature a vocation à se démarquer de l’existant fût-ce avec mesure en concevant sa propre philosophie d’action capable de traduire ses ambitions.

NECESSITE D’UNE PHILOSOPHIE D’ACTION

 Pour aller plus loin et y aller ensemble, une vision renouvelée, et partant une philosophie d’action originale s’impose. Le programme de société présenté par le Président élu trace des objectifs. Mais il nous parait aller de soi que tout programme, pour être pleinement opérant, se doit d’être sous-tendu par une philosophie d’action.

Par philosophie d’action, nous entendons un cadre de référence qui articule les objectifs stratégiques aux modalités concrètes de leur mise en œuvre, qui relie la stratégie à l’action. Elle permet de transformer les intentions générales en orientations opérationnelles cohérentes. C’est aussi un référentiel, une forme de boussole pour toute action gouvernementale au quotidien. La philosophie d’action du Président élu devient d’autant plus nécessaire que son ambition affichée ne se limite pas à poursuivre une trajectoire, mais à en infléchir le sens : aller plus loin en veillant à ce que cette avancée bénéficie effectivement à tous.

 L’histoire politique de notre pays a inscrit notre économie dans un cadre capitaliste et néo libéral avec ses théories et ses normes largement admises et rarement explicitées. Le tout sous-tendu par une philosophie, somme toute individualiste. Ces éléments ont géré l’économie de notre pays jusqu’alors hormis la parenthèse de l’époque révolutionnaire qui, du reste a eu maille à partir pour nous convertir, une quinzaine d’années durant, à sa philosophie marxiste-léniniste. Il en a finalement fait les frais et a dû faire marche arrière. La Conférence nationale des forces vives de la nation a rejeté pour de bon cette philosophie, sans pour autant rien proposer pour la remplacer. Alors, nous sommes revenus à la case départ, le régime néo libéral en l’occurrence. Aussi les gouvernements qui se sont succédé depuis ladite Conférence sont-ils restés dans ce sillage sans nécessairement éprouver le besoin de formaliser une philosophie d’action propre. C’est ainsi que le Changement et la Refondation du Président Boni tout comme la Rupture du Président Talon ont plutôt tenu de méthodes de gouvernance que de philosophies d’action. Cependant, les inflexions observées, notamment l’introduction d’une dimension plus sociale lors du second mandat du Président Talon traduisaient déjà une adaptation aux réalités. Le contexte actuel, marqué par la persistance de poches de pauvreté appelle un engagement plus explicite.

POURQUOI LA FORMULE ‘’PLUS LOIN ENSEMBLE’’ A-T-ELLE BESOIN D’UNE PHILOSOPHIE D’ACTION SPECIFIQUE ET QUELLE POURRAIT ETRE CETTE PHILOSOPHIE

Pour répondre à cette question, il n’est que d’interroger le sens du slogan de campagne et aussi de considérer les objectifs du Président élu. Le ‘’ensemble’’ de la formule ‘’plus loin ensemble’’ implique sémantiquement l’esprit de solidarité et introduit l’idée d’une organisation solidaire de la société. C’est de cette solidarité qu’aura besoin le Président élu pour faire face à la pauvreté qu’il veut prendre à bras-le-corps. Les poches de pauvreté extrême sont encore si nombreuses dans notre pays et le Président élu s’est monté sensible à cette situation. Le ‘’plus loin’’ sonne comme une invite à générer plus de ressources pour lutter contre ladite pauvreté. Et nous estimons qu’il n’y a aucune alternative de résolution de cette équation si ce n’est de manière solidaire.

La philosophie d’action qu’appelle cette vision pourrait être définie comme une solidarité productive qui introduit de manière explicite la solidarité comme principe structurant, et non plus comme simple variable d’ajustement sociale. Le développement y est conçu non seulement comme un processus d’accroissement des ressources, mais aussi comme un mécanisme d’organisation de leur redistribution au bénéfice du plus grand nombre dans un même mouvement, ne relevant pas de logiques distinctes car produire sans renforcer les mécanismes de solidarité accentuera les inégalités tout comme promouvoir la solidarité sans augmenter la richesse provoquera un autre déséquilibre. La nouvelle dynamique devra trouver sa place dans l’articulation de ces deux paramètres. Peut-être est-ce le lieu de rappeler que la valeur solidarité n’est pas étrangère à notre histoire ?

 PARCOURS DE LA VALEUR SOLIDARITE

 Matérialisée par l’ancestrale tontine, la solidarité est ancrée dans notre culture fondamentale, alors que l’Administration n’en avait jamais tenu compte jusqu’à l’avènement du Président Boni Yayi. Celui-ci créa en l’année 2008 un Ministère de la Famille, des Actions Sociales, de la Solidarité Nationale, des Handicapés et des Personnes du troisième âge. Ce fut une première dans l’ossature gouvernementale de notre pays. Il introduisit ainsi la notion de solidarité dans notre pensée politique. En 2010, il renchérit en créant un Haut-Commissariat à la Solidarité, le détachant de ce fait du Ministère et lui donnant une autonomie substantielle. Mais il convient de souligner que la valeur solidarité n’a pas été amenée dans l’ossature gouvernementale pour servir de philosophie d’action, mais tout juste comme une division sectorielle à l’intérieur d’un ministère et censée s’occuper de questions précises. Elle est donc restée cantonnée dans un registre sectoriel, sans être érigée en principe directeur de l’action publique. La preuve en est que pour des raisons que nous ne pouvons développer dans ce cadre, le Président a enlevé au Haut-Commissaire dès 2013 l’autonomie qu’il lui avait concédée pour le remettre sous la tutelle du Ministère.

 A l’avènement du régime de la Rupture du Président Talon en Avril 2016, la division Solidarité disparut purement et simplement de l’ossature gouvernementale et, de manière conséquente, de la scène politique. En fait, le régime rompit avec la valeur, l’occulta purement et simplement en la dissolvant dans les affaires sociales. La raison en a été que les tenants de la philosophie néo libérale estiment que la solidarité nationale n’est fondamentalement pas conforme à leur doctrine de non-ingérence de l’Etat dans les affaires économiques. C’est ainsi que la solidarité déserta le forum emportant avec elle, l’esprit même de la solidarité.

 POURQUOI DEVRAIT-ON LA RAMENER ?

Le Président Talon n’a pas eu besoin de la valeur solidarité pour mener à bien ses multiples réformes qui, tant dans le secteur économique, politique qu’administratif ont radicalement transformé le Benin à travers une approche libérale axée sur la modernisation, l’industrialisation et la restructuration du paysage politique. Aussi ne lui a-t-il pas fait appel si ce n’est qu’au seul moment où le gouvernement n’arrivait plus à supporter les charges sociales que lui imposait la Covid 19.

Le Président élu Wadagni tout en s’inscrivant dans la continuité d’autant qu’il a été la cheville ouvrière de la politique économique du Président Talon, ambitionne d’aller plus loin et de mettre l’accent sur le bien-être social. Pour ce faire, il a besoin d’une philosophie d’action spécifique et rassembleuse dont la solidarité constituera le socle en raison de :

Sa valeur fédératrice

La solidarité est intrinsèquement une valeur fédératrice des différentes couches de la société et permettra de faire de la lutte contre la pauvreté une cause nationale.

Son rôle de support à l’intégration socioéconomique

La solidarité est facteur de rapprochement des couches sociales dans un environnement national où les riches côtoient les pauvres, où les moins pauvres côtoient plus pauvres qu’eux et où les plus pauvres côtoient les pauvres extrêmes. Tout ce monde a besoin de se comprendre, de se respecter, de s’entraider et de s’intégrer afin que naisse le sentiment d’appartenance collective. Seule une philosophie d’action originale et solidaire peut faire face à ce défi.

Sa réceptivité sociale

Le peuple est réceptif à la valeur. Outre le fait qu’elle fait partie intégrante de sa culture fondamentale, il n’est que de considérer son engouement pour les initiatives fondées sur la solidarité telles les 120 jours pour équiper nos hôpitaux, celle des 90 jours pour équiper nos centres de formation technique et celle de la quinzaine de solidarité pour venir en aide aux plus démunis d’entre nous.

Son utilité dans les dynamiques de développement

Elle peut servir de fondement à des mécanismes tel que le partenariat public-privé. Pour répondre à ses obligations de service public, l’Etat a des fois, besoin de compétences techniques dont il ne dispose pas toujours ; il recourt alors à des prestations privées pour pallier ses insuffisances. Le partenariat ainsi créé intègre de manière solidaire, des secteurs d’activités professionnelles différentes tout en étant complémentaires. Nous estimons qu’ainsi défini le partenariat public-privé sera d’une utilité certaine dans le cadre de la politique du développement territorial du Président élu.

Nous concluons notre réflexion avec le sentiment que la confiance des citoyens envers le Président élu sera à hauteur de la qualité de sa philosophie d’action que nous aimons à penser, sera fondée sur une solidarité structurante et productrice.

Ambassadeur Candide AHOUANSOU

Laisser un commentaire