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Raid transfrontalier sanglant : 41 éleveurs peuls tués à la frontière Nigeria-Bénin

Au moins 41 éleveurs peuls ont été tués jeudi lors d’une opération transfrontalière impliquant des milices locales nigérianes, des individus venus du Bénin et des éléments des forces de sécurité nigérianes. Selon l’AFP qui rapporte l’information, le raid a visé plusieurs campements d’éleveurs autour de Kabe, dans la zone de Borgu, État du Niger, selon plusieurs sources locales et humanitaires.

L’opération faisait suite à des accusations selon lesquelles des habitants auraient servi d’informateurs pour Ansaru, groupe djihadiste affilié à al-Qaïda actif dans la région.

Une opération « maison par maison » 

Ahmad Ali, leader communautaire du village voisin de Konkoso, décrit des raids coordonnés : « Les membres des forces de sécurité et les groupes de vigilantes sont passés de campement en campement jeudi pour appréhender des collaborateurs présumés. Les personnels de sécurité ont tué 41 informateurs présumés d’Ansaru lors des raids, et beaucoup d’autres ont été arrêtés. »

Il précise que l’opération réunissait des individus du district de Bussa, des renforts venus du Bénin voisin et des soldats nigérians. Un acteur humanitaire opérant dans la zone avance toutefois un bilan légèrement inférieur, de 38 morts, et attribue les faits à des « vigilantes du Nigeria et du Bénin ».

Un cycle de représailles 

Pour Abubakar, résident de Kabe qui n’a pas souhaité donner son nom de famille, le raid était « préventif ». Il affirme que des éleveurs peuls avaient ouvertement menacé de perturber les activités agricoles pendant la saison des pluies, en s’en prenant aux cultivateurs dans leurs champs. Ces tensions font suite au meurtre de deux Peuls à Sabalunna, accusés d’être des informateurs d’Ansaru. En représailles, des combattants d’Ansaru auraient incendié Sabalunna, « jurant qu’ils ne toléreraient jamais le meurtre de leurs gens ».

Depuis jeudi, les campements visés se sont vidés. « Les éleveurs ont fui avec leur bétail, les communautés sont désertées », confie un habitant joint par téléphone.

Silence officiel, crainte d’escalade 

À l’heure où nous écrivons, les autorités militaires nigérianes n’ont pas confirmé officiellement l’incident. Un porte-parole de l’armée a indiqué chercher « plus de détails ». Côté béninois, aucun commentaire n’a été obtenu, selon l’AFP.

La région de Borgu, zone agricole et aurifère, est depuis des années confrontée aux « bandits » spécialisés dans le vol de bétail et les enlèvements contre rançon. L’implantation récente d’Ansaru complique davantage la situation. Des analystes sécuritaires alertent : les représailles contre des communautés peules, souvent stigmatisées comme proches des groupes armés, risquent d’alimenter les griefs et de pousser des jeunes vers les groupes extrémistes.

« Le recrutement de Peuls par des groupes djihadistes au Sahel a déjà provoqué des représailles meurtrières dans d’autres pays. Au Nigeria, on prend le même chemin dangereux », avertit un chercheur sur les conflits au Sahel basé à Abuja.

Olivier ALLOCHEME

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