Invité de l’émission « L’Entretien Grand Format » de Bip Radio ce dimanche 3 mai 2026, le Professeur Théodore Holo s’est prononcé sur les grands enjeux du futur Sénat béninois. Entre calendrier d’installation, rôle de régulateur et ordre de préséance, l’ancien président de la Cour constitutionnelle a apporté des éclairages précieux sur cette chambre haute dont il est membre de droit.

L’architecture institutionnelle du Bénin s’apprête à accueillir une nouvelle pièce maîtresse. Reçu par les équipes de Bip Radio ce dimanche 3 mai 2026, le Professeur Théodore Holo a partagé ses analyses sur l’entrée en fonction prochaine du Sénat. Pour lui, l’attente ne devrait plus être longue.
Interrogé sur le calendrier de la mise en place de l’institution, le Professeur s’est montré serein. Selon ses prévisions basées sur les textes, l’organe législatif devrait prendre corps juste après l’investiture présidentielle. « Le Sénat sera certainement installé au mois de juin. Certainement après la prestation du président de la République élu », a-t-il affirmé.
En ce concerne le siège du futur Sénat, l’invité de Bip a signalé que les activités se dérouleront d’abord à Cotonou dans un bâtiment provisoire en attendant l’achèvement du siège définitif. « Le Sénat va siéger à Cotonou. Même si l’installation peut se faire à Porto-Novo, mais le siège du Sénat, je crois savoir que ce serait à Cotonou », a-t-il insisté avant d’avouer qu’il a des informations sur le lieu, sur le bâtiment qui est aussi en chantier et qui sera peut-être achevé à la fin de l’année. « Ce sera le siège définitif du Sénat. Mais en attendant, ce sera dans un autre bâtiment que le Sénat sera installé certainement à Cotonou », a ajouté le professeur. En ce qui concerne l’installation du Séant, l’ancien président de la Cour a souligné que c’est basé sur un calendrier. « Je crois que si le Sénat n’est pas au nombre, il ne peut pas être installé et pour qu’il puisse être installé, il faut qu’il y ait des gens réfléchis sur son règlement intérieur. Il y a des préalables, parce qu’il faut qu’il y ait des règles pour savoir dans quelles conditions les gens seraient élus éventuellement. Je pense qu’il y a peut-être tout ceci qui peut expliquer cela », a déclaré l’invité de Bip Radio.
Prestation de serment sans la présence du bureau du Sénat ?
Concernant la présence des membres du Sénat lors de la prestation de serment du président de la République prévue pour le 24 mai prochain, le professeur a souligné que c’est protocolaire. « Il est dit que le serment est reçu par le président de la Cour constitutionnelle, devant les autres membres de la Cour, les membres de l’Assemblée nationale, les bureaux du Sénat, de la Cour suprême, de la Haute Cour, et de la Cour des comptes. Mais qui reçoit ? C’est le président de la Cour constitutionnelle qui reçoit, qui signe le PV, qui valide. Les autres qui sont là ne signent pas le PV, c’est protocolaire. Ce n’est pas une condition de fond pour dire qu’il y a un élément qui manque, le serment sera annulé. C’est une question de logique juridique. Je comprends que les gens s’intéressent à cette préoccupation. Ils ont leur liberté d’opinion, mais il y a le droit et il y a les règles », a-t-il précisé.
Le Sénat, régulation et libre arbitre
Face aux critiques sur la représentativité des sénateurs désignés par rapport aux députés élus, Holo rappelle que la souveraineté s’exerce selon les modalités définies par le peuple dans la Constitution. Pour lui, le Sénat s’apparente à une chambre de sages dont la mission consiste à garantir la stabilité, l’unité nationale, le développement, la démocratie. « Ce n’est pas réguler pour réguler, mais c’est réguler pour atteindre des objectifs. Lorsque vous avez au Parlement des députés qui sont partisans, il peut y avoir un Parlement monocolore, d’un seul point de vue, qui triomphe. Ceux qui ne sont plus des acteurs politiques peuvent réguler dans le sens où nous devons aller pour atteindre ces objectifs de développement, de démocratie et d’unité nationale », a-t-il martelé. Théodore Holo a précisé que le Sénat ne peut pas sanctionner un député dans l’exercice de ses fonctions. « Le Sénat, et c’est prévu dans la Constitution, ne peut pas sanctionner les députés dans l’exercice de leurs fonctions, c’est-à-dire à l’exception de l’article 90, qui prescrit l’immunité du parlementaire, qui ne peut pas être poursuivi sauf en cas de flagrant délit. Donc il est libre de ses opinions. Il est vrai, nous devons avoir le sens de l’unité nationale », a-t-il expliqué.
L’institution disposera notamment d’un droit de regard sur les lois constitutionnelles, électorales et celles relatives aux partis, en excluant les questions financières. Interrogé sur son indépendance au sein de la chambre, le constitutionnaliste a tenu à rassurer. « J’ai mon libre arbitre. Si je vois que je ne peux pas réussir, cela ne servirait à rien de continuer à y siéger. (…) Il n’est pas dit qu’un membre en désaccord ne peut pas se retirer. », a rassuré le Professeur.
Au sujet du profil du futur président de l’institution, il a indiqué qu’il ne souhaitait pas se porter candidat, préférant laisser le débat s’ouvrir une fois le règlement intérieur adopté.
Augustin HESSOU

