You are currently viewing Social, santé, agriculture, justice… : Ce que révèlent les 100 premiers jours de Wadagni

Social, santé, agriculture, justice… : Ce que révèlent les 100 premiers jours de Wadagni

Investi le 24 mai 2026, Romuald Wadagni n’aura pas attendu longtemps avant de donner les premiers contours de sa gouvernance. En trois mois, le nouveau chef de l’État a engagé plusieurs mesures dans le social, la santé, l’éducation, l’agriculture et la justice, tout en multipliant les apparitions de proximité et les initiatives diplomatiques. Sans prétendre préjuger du bilan d’un septennat, ces 100 premiers jours permettent déjà de discerner une méthode et quelques priorités, celles de répondre à certaines attentes immédiates, de réorganiser l’action publique et de maintenir le cap sur le développement.

Cent jours ne suffisent évidemment pas pour juger une présidence. Ils ne permettent ni de mesurer l’impact réel des politiques publiques ni d’établir un bilan définitif d’un mandat de sept ans. Mais cette période constitue un premier révélateur. Elle permet d’observer les dossiers placés en tête des priorités, les premières décisions et le style imprimé au pouvoir.

Depuis son investiture, le 24 mai dernier, Romuald Wadagni a ainsi multiplié les annonces et les déplacements. Son gouvernement a également engagé plusieurs mesures dont certaines touchent directement le quotidien des Béninois.

Un social rapidement mis en avant

Dès les premières semaines, l’éducation et la santé ont occupé une place importante dans les décisions gouvernementales.

La gratuité de la scolarité des filles dans l’enseignement secondaire public a été généralisée à compter de la rentrée 2026-2027. Le gouvernement a également annoncé des investissements destinés à améliorer l’accès à l’eau et à l’électricité dans les établissements scolaires.

Dans le secteur sanitaire, une dotation d’un milliard de FCFA a été décidée pour permettre aux hôpitaux publics de disposer d’intrants nécessaires à la prise en charge des urgences vitales. Le renforcement des plateaux techniques de plusieurs formations sanitaires de référence figure également parmi les premières mesures. À cela s’ajoute une enveloppe de 10 milliards de FCFA destinée à favoriser l’accès à l’eau potable et à l’électricité dans les centres de santé publics qui en sont encore dépourvus.

Ces décisions traduisent une volonté affichée de donner une traduction concrète au volet social du programme présidentiel.

Des réformes qui touchent aussi l’administration

Les premiers mois de la présidence Wadagni sont également marqués par des mesures de réorganisation du fonctionnement de l’État.

Le Conseil des ministres, auparavant réuni chaque semaine, tient désormais sa session ordinaire une fois par mois, sauf nécessité de convoquer une session extraordinaire. Une modification qui entend s’inscrire dans une nouvelle organisation du travail gouvernemental.

Sur le plan budgétaire, la loi de finances rectificative pour 2026 a porté le budget de l’État à 4 148,357 milliards de FCFA, contre 3 783,984 milliards dans la loi de finances initiale.

La justice n’est pas en reste. Le gouvernement a engagé l’harmonisation des coûts des actes judiciaires et décidé de généraliser leur paiement électronique. L’objectif affiché est de renforcer la transparence et la traçabilité des recettes.

Dans la fonction publique, 1 110 agents de l’État en attente d’avancement au douzième échelon ont également été concernés par une mesure destinée à débloquer leur situation administrative.

Agriculture : récompenser davantage la production

L’agriculture fait également partie des secteurs ciblés. Pour la campagne 2026-2027, le gouvernement a prévu des primes au profit des producteurs de riz, de coton, de soja et de cajou, sous certaines conditions liées aux volumes de production et aux capacités de transformation locales. Le principe est de mieux rémunérer l’effort productif tout en encourageant l’approvisionnement des unités industrielles installées au Bénin.

Dans les marchés, le gouvernement a par ailleurs décidé de réduire certaines redevances mensuelles, notamment dans plusieurs marchés modernes. À Cotonou, les baisses annoncées oscillent entre 15 % et 30 % selon les catégories d’espaces marchands.

Autant de mesures qui traduisent la volonté de répondre aux préoccupations économiques de différentes catégories de citoyens.

Un président davantage présent sur le terrain

Autre marqueur de ces premiers mois est la proximité. Le chef de l’État Romuald Wadagni s’est montré régulièrement au contact des populations, parfois dans des séquences qui sortent des cadres institutionnels habituels.

À Lokossa, le 9 août, il a échangé directement avec les populations pendant la période de congés gouvernementaux. À Parakou, ses déplacements l’ont conduit à l’université, au Centre hospitalier universitaire départemental du Borgou et dans une caserne.

Sa marche matinale dans les rues de la ville, ponctuée de poignées de mains et d’échanges avec les habitants, a également retenu l’attention.

La communication présidentielle donne ainsi une place importante à ces moments de contact direct. Cette démarche rejoint l’engagement annoncé d’une reddition de comptes annuelle et itinérante, destinée à rapprocher davantage l’action publique des citoyens.

La même logique s’est manifestée dans les messages adressés à des personnalités béninoises distinguées dans leurs domaines. Après le sacre de Saara Houansou dans The Voice Afrique, ou encore la performance de Noëlie Yarigo aux Championnats du monde Masters, le chef de l’État a choisi de leur adresser directement ses félicitations.

Culture et excellence comme outils de rayonnement

Le pouvoir mise également sur la valorisation des talents béninois. La cérémonie nationale du Mérite et de la Mémoire, organisée le 31 juillet, a consacré des personnalités dont les parcours contribuent au rayonnement du pays. Le rendez-vous doit désormais devenir annuel. Quelques semaines plus tard, la consécration d’Angélique Kidjo au Hollywood Walk of Fame a fourni une nouvelle occasion de mettre en lumière l’excellence béninoise à l’international.

La culture apparaît également comme un outil de développement territorial. La Gaani 2026, organisée à Nikki, a bénéficié d’une implication renforcée de l’État. L’objectif affiché est de faire de ce rendez-vous culturel un levier d’attractivité touristique et économique pour le nord du Bénin.

Vers un nouveau ton avec les voisins de l’AES

Sur le plan diplomatique, les premiers mois du mandat ont été marqués par une volonté de dialogue avec les pays de l’Alliance des États du Sahel. Les contacts avec le Niger, le Burkina Faso et le Mali ont porté notamment sur la sécurité, le commerce, les transports et la coopération économique. À Bamako, la relance de la Grande Commission mixte de coopération entre le Bénin et le Mali a notamment été annoncée.

Ce rapprochement n’efface pas les divergences qui subsistent entre la CEDEAO et les pays de l’AES. Il traduit toutefois une volonté de maintenir le dialogue avec des voisins essentiels à la stabilité et aux échanges régionaux.

Le plus difficile reste à venir

Au terme de ces 100 premiers jours, le Président de la République Romuald Wadagni dispose donc déjà de plusieurs marqueurs : mesures sociales, investissements dans la santé, réformes administratives, soutien à la production, proximité avec les populations, valorisation de la culture et ouverture diplomatique.

Mais l’essentiel reste désormais à démontrer. Car au-delà des annonces et des décisions prises en Conseil des ministres, la véritable mesure d’une présidence se fera sur les résultats, celle de l’amélioration concrète des conditions de vie, de l’efficacité des services publics, de la création d’emplois, de la réduction des inégalités et de la capacité à transformer les investissements en bénéfices durables pour les populations.

Les 100 premiers jours auront permis à Romuald Wadagni d’esquisser son style et ses priorités. Les prochains mois devront montrer si ces premiers signaux peuvent se transformer en résultats mesurables.

Romain HESSOU

Laisser un commentaire