De la rentrée scolaire aux mesures en faveur des étudiants et des personnes en situation de handicap, les nouvelles orientations sociales du gouvernement suscitent à la fois des appréciations favorables et des interrogations sur leur portée réelle. Invités de l’émission « Info Hebdo » de Esae TV le samedi 5 septembre 2026, Eugène Azatassou, vice-président du parti de l’opposition Les Démocrates et Agapit Napoléon Maforikan, analyste & Chroniqueur politique ont également confronté leurs analyses sur la sortie de l’ancien président de la République, et actuel président du Sénat Patrice Talon à propos de la future loi sur l’organisation des cultes au Bénin.

À quelques jours de la rentrée scolaire, les mesures sociales annoncées par le gouvernement ont occupé une large place dans les échanges. Pour Eugène Azatassou, l’enjeu ne devrait toutefois pas se limiter à la gratuité de la contribution scolaire. Les dépenses liées aux fournitures, aux tenues, aux déplacements ou encore aux conditions d’hébergement constituent, selon lui, des charges importantes pour de nombreuses familles.
Le vice-président du parti Les Démocrates estime notamment qu’une réflexion devrait être engagée sur les internats et la proximité des établissements scolaires. Il considère que ces dispositifs favorisent non seulement l’accès à l’éducation, mais également le brassage entre jeunes issus de différentes régions du pays.
L’Analyste politique Agapit Napoléon Maforikan s’est, pour sa part, montré favorable aux mesures annoncées, tout en appelant à davantage de ciblage et d’évaluation. Les réalités scolaires, souligne-t-il, varient d’une commune et d’une région à l’autre. Il préconise ainsi une implication plus forte des collectivités locales dans certaines politiques d’inclusion scolaire afin que les interventions publiques atteignent prioritairement les populations qui en ont le plus besoin.
Les deux intervenants ont également insisté sur la nécessité d’évaluer régulièrement les politiques publiques. Transport des élèves et étudiants, bourses, restauration, allocations, conditions sanitaires ou encore mesures spécifiques en faveur des personnes en situation de handicap sont autant de dispositifs qui, selon eux, doivent être mesurés à l’aune de leur impact concret sur les bénéficiaires.
La question de la récupération politique des actions sociales a également été soulevée. Eugène Azatassou a dénoncé les pratiques consistant, en période électorale, à multiplier les dons de fournitures ou autres aides aux populations vulnérables. Il y voit une forme de « corruption » ou de récupération politique de la misère. Maforikan préfère parler de « récupération », tout en rappelant que la solidarité peut être portée par les associations et les organisations de la société civile en dehors de toute logique électorale.
Patrice Talon au cœur d’une controverse sur les cultes
Le débat s’est ensuite déplacé sur un autre terrain : celui de la régulation des religions. Les propos tenus à Paris, le 29 août dernier, par Patrice Talon, président du Sénat et ancien président de la République, au sujet d’une probable loi sur l’organisation des cultes au Bénin ont suscité des réactions contrastées.
Pour Eugène Azatassou, cette intervention soulève d’abord une question institutionnelle. Il s’interroge sur la portée d’une annonce faite par une personnalité qui n’est plus chef de l’État, tout en occupant désormais la présidence du Sénat. À ses yeux, la procédure législative implique plusieurs institutions et ne saurait apparaître comme déjà acquise.
Il exprime également des réserves sur la question des libertés religieuses. La volonté de réguler les pratiques religieuses, estime-t-il, ne doit pas conduire à une remise en cause de la liberté de foi. Plus largement, il y voit une interrogation sur le rapport entre l’État, les citoyens et les libertés publiques.
Une lecture différente a été proposée par Agapit Napoléon Maforikan. Selon lui, le fond du propos de Patrice Talon peut se comprendre au regard des dérives observées dans certaines organisations religieuses. Le problème résiderait davantage dans la manière dont les propos ont été rendus publics que dans la nécessité, pour l’État, de jouer un rôle de régulateur.
Le communicant insiste ainsi sur les effets de l’information instantanée et des réseaux sociaux. Dans un contexte où les propos tenus dans des cadres restreints peuvent être immédiatement diffusés et sortir de leur contexte, il estime que les médias professionnels conservent une responsabilité essentielle dans le traitement et la mise en perspective de l’information.
Au terme des échanges, les deux intervenants se rejoignent sur un point, celui de la nécessité de distinguer le débat sur le fond de la question de la forme. La régulation des pratiques religieuses peut être discutée, mais elle doit l’être dans le respect des libertés et des institutions. De même, les mesures sociales peuvent être saluées, tout en restant soumises à l’évaluation de leur efficacité et de leur capacité à toucher les populations les plus vulnérables.
Entre action sociale et régulation des cultes, le débat aura ainsi mis en lumière une même exigence, celle d’une action publique capable de produire des effets concrets, tout en préservant les équilibres institutionnels et les libertés publiques.
Romain HESSOU

