À l’ouverture de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, le diagnostic dressé sur l’état du monde interpelle par la profondeur des crises et des mutations qui traversent les relations internationales. Dans cette réflexion, l’Ambassadeur et spécialiste des questions internationales Jean-Pierre A. EDON revient sur les principales préoccupations exprimées par le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, au terme de son mandat. De l’affaiblissement du multilatéralisme aux conflits armés, en passant par la réforme des institutions internationales, le changement climatique et les bouleversements liés à l’intelligence artificielle, Jean-Pierre A. EDON examine les défis auxquels l’humanité est confrontée. Il plaide pour un retour au respect du droit international, la consolidation du dialogue et une refondation des mécanismes de gouvernance mondiale au service de la paix, de la sécurité et du développement durable.

Ci-dessous l’intégralité de son analyse.
L’ETAT DU MONDE A LA 81ème SESSION DE L’ASSEMBLEE GENERALE DE L’ONU
Le débat de haut niveau à la 81ème session des Nations-Unies a commencé le 22 Septembre 2026 à New-York. Des tableaux préoccupants présentés par les illustres orateurs, celui du Secrétaire Général Antonio Guterrès en fin de son dernier mandat, a particulièrement été saisissant par la description sombre des relations internationales. La présente analyse sera consacrée à quelques-unes de ses préoccupations.
Un constat alarmant de l’état du monde
Le Secrétaire Général a évoqué l’élargissement des lignes de failles mondiales qui deviennent des gouffres. Il a dénoncé l’accumulation de clivages géopolitiques plus intenses, un mépris croissant du droit international et une cruauté insoutenable dans les conflits en cours au Moyen-Orient, en Ukraine, au Soudan, à Myanmar.
En effet, le monde a assisté au cours de ces dernières années à la violation flagrante du droit international, de la charte des Nations-Unies et des droits de l’homme. Sans mandat de l’ONU, un pays fort de ses moyens militaires se permet d’agresser, de bombarder un autre Etat faible et s’en glorifie malgré l’importance regrettable des dégâts matériels et humains qui en découlent.
Des groupes terroristes soutenus par des forces étrangères perturbent la quiétude des populations. Le commerce international, les trafics maritimes, et aériens sont bloqués, pendant que des infrastructures socio-économiques sont
détruites et accompagnées de sévères sanctions économiques, etc
La force devient plus que jamais un moyen de domination, de démonstration de la puissance, alors que la charte de l’ONU et de nombreux autres instruments internationaux pertinents interdisent le recours à la force au profit du dialogue et du règlement pacifique des conflits.
S’agissant du conflit au Moyen-Orient, Antonio Guterrès a fortement déclaré qu’il n’y aura pas la paix dans cette région sans la mise en œuvre de la solution à deux Etats. La solution est bien la création de l’Etat de la Palestine. On se demande pourquoi cette vérité qui s’impose, est volontairement bafouée, alors que les faits depuis 77 ans, ont, à maintes reprises, prouvé que la solution n’est pas militaire.
Son plaidoyer pour le multilatéralisme est juste et soutenable en ce sens que ce mode d’organisation des relations internationales privilégiant la coopération , la négociation et l’élaboration de règles communes entre plusieurs Etats, est aujourd’hui en difficulté, alors qu’il a fait ses preuves depuis la fin de la 2ième guerre mondiale . Il mérite d’être maintenu, défendu et consolidé car l’avenir d’un monde que nous voulons radieux en dépendra.
Toutes les dispositions internationales légales issues des négociations ayant permis d’éviter à ce jour une 3ième guerre mondiale, ont été volontairement ignorées. Le monde devient alors une jungle où la raison du plus fort est la meilleure. Les victimes expiatoires de l’écriture d’un nouveau droit international non consensuel ne sont que les pays pauvres les plus nombreux et militairement faibles. . Dans ce chambardement inattendu et injustifiable, l’apathie de la communauté internationale est à interpeler.
Attitude déplorable de la communauté internationale
Le constat le plus inquiétant, voire grave est le silence injustifié de la communauté internationale qui se comporte comme impuissante face aux atrocités, à l’injustice criarde, à la politique de deux poids, deux mesures et à la remise en cause unilatérale de tout l’arsenal de la paix mis en place depuis 1945, à la suite de longues et difficiles négociations. Se pose alors la question de savoir où va le monde ?
Au lieu d’éteindre les foyers de tension, des acteurs internationaux animés par l’orgueil et la puissance de domination ne font qu’alimenter et encourager la guerre, croyant à tort qu’ils seront victorieux dans un conflit armé qu’aucune partie ne peut gagner. Aussi, arme-t-on les belligérants au lieu de leur imposer la paix.
Ce diagnostic est celui d’un monde chaotique, fragmenté et instable. Des actions forcées sont entreprises pour maintenir unipolaire le monde, alors que l’évolution vers une multipolarité s’impose naturellement et est désormais irréversible.
L’humanité manque « d’institutions fortes et adaptées » a dit le secrétaire général. La raison en est que les puissances censées de leur conférer la force requise, ne sont pas étrangères aux menaces et aux troubles de la paix. Il s’avère donc nécessaire et urgent de les refondre comme l’a suggéré le Chef de l’ONU.
L’urgence d’une refonte des Institutions
Monsieur Antonio Guterrès a fermement critiqué l’anachronisme du Conseil de Sécurité toujours dominé par les vainqueurs de la 2nde guerre mondiale. Dans cet ordre d’idées, il a de nouveau exigé au sein de cet organe une représentation permanente pour l’Afrique, argumentant, à juste titre, qu’on ne peut plus accepter qu’un continent de plus d’un milliard d’habitants soit exclu des décisions de paix mondiales.
Il est question ici de la démocratisation du système des Nations-Unies, réclamée depuis des lustres mais demeurée à ce jour statique et sans suite. Or, le monde subit sans cesse des métamorphoses et des épreuves du pouvoir.
Les mutations et épreuves du pouvoir
Le Secrétaire Général a souligné que le pouvoir ne se définit plus seulement entre Etats mais à travers des mutations profondes. Dans ce cadre, après avoir désapprouvé un basculement spectaculaire du pouvoir des gouvernements vers une poignée d’entreprises privées et de particuliers, il a fortement évoqué l’urgence climatique pour déplorer le fait que l’industrie pétrolière continue d’utiliser l’atmosphère comme un égout à ciel ouvert. Aussi, a-t-il invité les gouvernements à adopter un plan national précis de sortie des énergies fossiles pour respecter la limite de 1,5°C.
En effet, le réchauffement des océans entrainant la fonte des glaciers, les différentes formes de tsunami, la sécheresse inhabituelle etc … sont les manifestations du changement climatique, une vérité qui s’impose et dont il faut absolument tenir compte au même titre que l’IA.
L’intelligence artificielle
Au titre d’une mutation importante, il a évoqué l’intelligence artificielle qui, en dépit de ses nombreux avantages, présente d’énormes risques pour l’humain, en soulignant que le pouvoir glisse de l’humain vers la machine. Il réclame alors une gouvernance internationale stricte de l’IA affirmant que les décisions de vie ou de mort ne doivent jamais être abandonnées aux machines.
Pour prouver qu’il n’est pas seul à s’en inquiéter, il s’est référé à la position d’un nombre croissant d’ingénieurs consacrés à la construction des infrastructures de l’IA, qui eux aussi, tirent la sonnette d’alarme, avertissant que le développement se fait plus rapidement que notre compréhension des risques. Certains d’entre eux réclament une pause, et de nombreux autres exigent des garde-fous.
En effet, le progrès technologique de l’IA ne saurait laisser aucun Etat indifférent. Normalement, elle doit faciliter la tâche à l’homme, être à son service au lieu de lui substituer. A cette allure, le chômage de l’humain à l’avenir sera catastrophique et immaîtrisable. Les nouveaux emplois générés par cette technologie ne suffiront pas à résorber le chômage galopant qui pourrait entrainer l’explosion de la société. Il est alors sage d’écouter les fabricants des équipements de cette technologie avancée qui conseillent une pause, voire un ralentissement de son évolution.
Recommandations
Tel est sommairement présenté l’état du monde d’aujourd’hui où la paix et la sécurité internationale sont fortement menacées. La course aux armements de destructions massives a repris de plus belle, annihilant ainsi tous les efforts autrefois déployés avec succès pour la limitation des armes nucléaires aujourd’hui détenues par neuf (09) pays au lieu de deux (02) seulement au temps du largage de la bombe H sur Nagazaki et Hiroshima au Japon en 1945. .
Toutefois, rien n’est encore perdu, on peut toujours faire confiance à l’intelligence humaine qui est consciente des lignes rouges à ne pas franchir.
L’espoir est permis pour peu que les conseils du Secrétaire Général de l’ONU soient entendus. Il s’agit de :
- Rendre effectives les promesses de paix faites par les puissances
- Respecter la charte des Nations-Unies.
- Rester fidèle aux idéaux que les Etats membres de l’organisation universelle avaient jurés de défendre.
- Défendre le droit international dans tous ses principes notamment la renonciation aux recours à la force.
- Protéger et respecter les droits de l’homme.
- Privilégier le consensus au détriment des décisions unilatérales.
- Investir dans un développement durable et inclusif.
- Œuvrer plus que jamais pour la paix.
Jean-Pierre A. EDON
Ambassadeur, Spécialiste des questions internationales
Cotonou le 27 Septembre 2026

