Le ministre, porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, s’est prêté à un exercice d’explication en direct sur les plateformes numériques du gouvernement et sur TikTok, le jeudi 11 juin 2026. L’objectif de cette sortie médiatique était de clarifier les modalités pratiques des nouvelles mesures sociales annoncées lors du Conseil des ministres du 3 juin 2026, notamment le financement des urgences vitales.

Une vie humaine ne devrait plus jamais s’éteindre aux portes d’un hôpital public béninois par simple défaut d’argent immédiat. C’est le signal fort que le gouvernement entend envoyer à travers sa nouvelle politique de gratuité sous condition des urgences médicales vitales. Pour dissiper les doutes et encadrer cette réforme majeure issue du Conseil des ministres du 3 juin 2026, le ministre, porte-parole du gouvernement (MPPG), Wilfried Léandre Houngbédji, a détaillé les règles du jeu lors d’un direct numérique le jeudi 11 juin 2026.
Lors de ce direct, le porte-parole a rappelé que l’enveloppe financière débloquée par l’État est d’un milliard de FCFA. Wilfried Houngbédji a clarifié que ce fonds d’un milliard de francs CFA constitue « une dotation de départ » permettant aux structures sanitaires d’acheter le matériel d’urgence. L’exécutif compte sur le civisme des usagers solvables pour pérenniser le système. S’adressant aux milliers de Béninois connectés sur le direct, le porte-parole a émis le souhait que les bénéficiaires puissent, « en toute bonne foi et en toute honnêteté, s’acquitter de leurs dettes afin de permettre le renouvellement des stocks à chaque fois ».
Face au risque de défaillance, l’État prend ses responsabilités pour éviter toute rupture de matériel. Selon les clarifications du porte-parole, même si des usagers font preuve de mauvaise foi, des mécanismes de compensation sont prévus. « L’État mettra en place les mesures nécessaires pour compléter les stocks afin qu’il n’y ait pas de rupture de matériel dans ce service médical. L’objectif est de sauver des vies humaines, il ne faudrait pas que la mauvaise foi des uns pénalise les autres », a-t-il précisé. Pour les populations démunies, le ministre Houngbédji a souligné que le ciblage est déjà opérationnel via le registre de l’Assurance pour le Renforcement du Capital Humain (ARCH). Selon le statut de l’usager, « l’État prendra en charge 100 % ou 50 % des frais de soins dont ces personnes auront bénéficié ».
Lors de ce direct, le porte-parole a également insisté sur le fait que l’assurance maladie obligatoire concerne tout Béninois. La phase expérimentale a permis de distribuer des cartes biométriques à des personnes en situation d’extrême pauvreté et de pauvreté non extrême, soit près d’un million de bénéficiaires. Cela leur permettra de se rendre à l’hôpital et de bénéficier de soins. « Actuellement, la phase de généralisation est en préparation depuis plusieurs mois, puisqu’il s’agit d’une obligation légale. Une vaste campagne de sensibilisation sera organisée afin que chacun comprenne la nécessité de souscrire à une assurance maladie », a affirmé le porte-parole.
Des balises strictes contre la fraude
Pour éviter que les services d’urgence ne soient submergés par des pathologies bénignes, le gouvernement s’en remet à l’expertise des praticiens. Le ministère de la Santé s’apprête à publier une note de service pour codifier la « nomenclature des urgences vitales ». Le diagnostic devra être posé « dans les toutes premières minutes » suivant l’arrivée du patient. « Les populations sont également invitées à comprendre que, même lorsqu’elles paniquent en voyant un malade dans une situation inhabituelle ou préoccupante, il revient aux professionnels de santé d’évaluer la situation et de déterminer si elle relève effectivement de la catégorie des urgences vitales », a martelé Wilfried Houngbédji.
Pour les fraudeurs récurrents, le porte-parole s’est voulu ferme. Il a indiqué qu’un patient débiteur sera toujours soigné s’il revient en état de crise « parce qu’il est Béninois », mais l’administration déploiera ensuite des « mesures coercitives » pour recouvrer les sommes dues.
Dialyse, multiplication des centres et baisse drastique des coûts
Le direct a également permis de faire le point sur la situation des patients dialysés, un secteur qui a connu une transformation structurelle notable. Le Bénin est passé d’un seul centre à la fonctionnalité critique avant 2016 à quatre centres opérationnels basés à Cotonou, Parakou, Abomey et Porto-Novo. Selon le porte-parole, ce maillage territorial permet désormais aux malades de se faire soigner à proximité et de « conserver des ressources qui, autrefois, étaient consacrées uniquement aux frais de transport ».
Sur le plan financier, la suppression des taxes sur les intrants importés a permis de diviser les coûts par deux. Le tarif d’une séance se situe désormais « entre 50 000 et 55 000 francs CFA, alors qu’il avoisinait auparavant les 100 000 francs CFA ». Conscient que ce montant reste une barrière pour certains, le porte-parole a précisé que tout patient dialysé arrivant dans un état critique sera « nécessairement pris en charge le temps de son rétablissement » au titre des urgences vitales, avant de basculer à nouveau vers son traitement chronique.
Augustin HESSOU

