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Pauvreté multidimensionnelle au Bénin : Plus de 8 millions de personnes concernées en 2024

Malgré une croissance économique soutenue, le Bénin reste confronté à d’importantes privations dans l’éducation, la santé et les conditions de vie. Selon la mise à jour 2026 de l’Indice mondial de pauvreté multidimensionnelle (IPM), publiée le 12 octobre par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l’Université d’Oxford, le pays comptait 8,088 millions de personnes pauvres selon les estimations démographiques de 2024.

La croissance économique ne se traduit pas encore par une amélioration suffisante des conditions de vie pour une large partie de la population béninoise. La dernière édition de l’Indice mondial de pauvreté multidimensionnelle met en évidence l’ampleur des difficultés auxquelles le pays demeure confronté, au-delà des seuls revenus des ménages. D’après le rapport, 7,695 millions de personnes vivaient en situation de pauvreté multidimensionnelle au Bénin en 2021-2022. En actualisant les estimations à partir de la population de 2024, ce nombre atteint 8,088 millions. Cette progression du nombre de personnes concernées s’explique notamment par la croissance démographique. Elle ne signifie donc pas, à elle seule, que la proportion de pauvres a augmenté sur la période.

L’indice de pauvreté multidimensionnelle du Bénin s’établit à 0,290, tandis que l’incidence de la pauvreté atteint 55,9 %. Autrement dit, plus de la moitié de la population subit des privations suffisamment importantes pour être considérée comme pauvre selon la méthodologie du PNUD. L’intensité moyenne de ces privations s’élève à 51,8 % chez les personnes concernées. La pauvreté sévère touche, pour sa part, 30,8 % des Béninois, soit le tiers de la population. En outre, 17,8 % des Béninois sont considérés comme vulnérables à la pauvreté multidimensionnelle, c’est-à-dire exposés à plusieurs privations sans atteindre le seuil retenu pour être classés parmi les pauvres.

À l’échelle mondiale, le constat est également préoccupant. Selon le PNUD, 1,2 milliard de personnes vivent dans une situation de pauvreté multidimensionnelle aiguë dans les 108 pays en développement couverts par l’indice. Le rapport fait état de 51,5 millions de personnes supplémentaires par rapport à la précédente mise à jour, à périmètre comparable. Il s’agit de la première augmentation du nombre de personnes pauvres enregistrée depuis la création de cet indice en 2010.

L’administrateur du PNUD, Alexander De Croo, souligne la gravité de cette évolution : « La hausse de la pauvreté devrait être un signal d’alarme pour le monde entier. Derrière ces chiffres se trouvent 1,2 milliard de personnes confrontées à des difficultés qui se renforcent mutuellement : la faim, la non-scolarisation et le manque d’accès à l’eau potable ou à l’électricité. Cette situation est inacceptable. »

Le niveau de vie et l’éducation, principaux foyers de privation

La ventilation de l’IPM béninois révèle que les difficultés liées au niveau de vie constituent la première composante de la pauvreté multidimensionnelle. Elles représentent 42,3 % de l’indice global. Cette dimension englobe notamment l’accès à l’eau potable, à des installations d’assainissement adéquates et à l’électricité, mais aussi les conditions de logement et la possession de biens essentiels selon les indicateurs retenus par l’indice mondial. L’éducation arrive en deuxième position, avec une contribution de 38,8 %. Ces chiffres soulignent le poids des difficultés d’accès à l’instruction et du manque d’années de scolarisation dans la situation des ménages pauvres. La santé représente, quant à elle, 18,9 % de la pauvreté multidimensionnelle.

Le rapport fait également état d’un indice de capital humain de 0,40 pour le Bénin. Entre 2021 et 2023, la part moyenne du budget consacrée à l’éducation s’est élevée à 16,62 %. Sur la même période, les dépenses publiques cumulées consacrées à la santé et à l’éducation ont représenté 3,3 % du produit intérieur brut.  

La pauvreté multidimensionnelle ne doit toutefois pas être confondue avec la pauvreté monétaire. Selon les chiffres repris dans les documents de référence, l’Institut national de la statistique et de la démographie (INStaD) évaluait le taux national de pauvreté monétaire à 36,2 % en 2022, contre 38,5 % en 2019. Les deux indicateurs mesurent des réalités différentes et ne peuvent être directement assimilés.

Une amélioration de l’indice, mais davantage de personnes pauvres

L’évolution de l’IPM béninois montre des progrès sur le long terme, même si le nombre de personnes concernées continue d’augmenter. L’indice est passé de 0,430 en 2006 à 0,342 en 2014. Il a ensuite atteint 0,362 en 2017-2018, avant de reculer à 0,290 en 2021-2022. Cette baisse entre les deux dernières périodes disponibles traduit une diminution de la pauvreté multidimensionnelle mesurée par l’indice. Pourtant, le nombre absolu de personnes pauvres est passé de 6,967 millions en 2014 à 7,695 millions en 2021-2022, puis à 8,088 millions selon l’estimation démographique de 2024.

Le Bénin au-dessus de la moyenne subsaharienne

La comparaison régionale confirme l’ampleur du défi. En Afrique subsaharienne, l’indice moyen de pauvreté multidimensionnelle s’établit à 0,270, pour une incidence de 51,4 %. Avec un IPM de 0,290 et un taux de pauvreté de 55,9 %, le Bénin se situe au-dessus de ces deux moyennes. Les disparités territoriales constituent une autre dimension du problème. Les départements de l’Atacora et de l’Alibori figurent parmi les zones où les privations sont les plus fortes. Le Littoral présente des indicateurs plus favorables.  

Le marché du travail reste également marqué par la précarité. Les données reprises dans le document consacré au Bénin font état d’un taux de sous-emploi de 72,9 % des actifs et d’une proportion de plus de 90 % de travailleurs dans l’emploi informel.  

Au regard de ces résultats, l’enjeu pour le Bénin consiste à mieux traduire les performances économiques en progrès sociaux mesurables.    

Olivier ALLOCHEME

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