Jeudi 23 avril 2024, à 14h01, un incendie majeur s’est déclaré au switchyard de la sous-station de la Ghana Grid Company Limited (GRIDCo) à Akosombo. Les flammes ont été contenues, mais les conséquences géopolitiques et techniques de ce sinistre font peser une menace immédiate sur la stabilité du réseau électrique béninois.

Face à une perte de puissance estimée entre 720 et 1 000 mégawatts sur son propre réseau, le ministre ghanéen de l’Énergie et de la Transition Verte, le Dr John Abdulai Jinapor, a pris une décision radicale : la suspension immédiate et pour une durée indéterminée de toutes les exportations d’électricité vers les pays voisins, incluant le Burkina Faso, le Togo et, surtout, le Bénin.
« Dès que vous avez un problème au niveau national, vous prenez soin de votre maison d’abord », a martelé Richmond Rockson, porte-parole du ministère ghanéen. Une déclaration qui sonne comme un avertissement pour le Bénin, dont la dépendance énergétique reste le talon d’Achille de son développement économique.
Une dépendance aux chiffres vertigineux
Pour comprendre l’ampleur du risque, il faut regarder les statistiques de notre mix énergétique. En 2024, le volume total d’énergie importée par le Bénin s’est élevé à 1 425 644 MWh, soit environ 60 % des besoins nationaux. Pire, entre 2021 et 2024, le taux de croissance annuel moyen de ces importations a été de 27,60 %, illustrant une demande domestique qui galope bien plus vite que la capacité de production locale.
Le Bénin, via la Communauté Électrique du Bénin (CEB), utilise le corridor de la GRIDCo comme une artère vitale. Avec une consommation totale avoisinant 1,50 milliard de kWh par an, le moindre hoquet sur le réseau ghanéen se traduit mécaniquement par des délestages ou des fluctuations de tension sur le sol béninois.
Vers une accélération de la souveraineté énergétique ?
Si cet incident souligne la fragilité des accords au sein du West African Power Pool (WAPP), il agit également comme un catalyseur pour les ambitions nationales. Les autorités béninoises, conscientes de cette vulnérabilité, ont validé en septembre 2025 un Pacte national pour l’énergie.
L’objectif à l’horizon 2030 est clair : réduire cette dépendance en ajoutant 126 MWc de capacités solaires photovoltaïques et 265 MW de capacités thermiques. Le pays aspire à ce que les énergies renouvelables constituent 30 % de son mix électrique, tout en portant le taux d’accès à l’électricité à 70 % (contre 42,6 % fin 2024).
En attendant que ces projets sortent de terre, le Bénin doit naviguer à vue. Le rétablissement partiel d’une des six unités du barrage d’Akosombo annoncé par Accra est une lueur d’espoir, mais le mal est fait : l’incendie d’Akosombo rappelle cruellement qu’en matière d’énergie, la solidarité régionale s’arrête là où commence l’obscurité nationale.
Olivier ALLOCHEME

