You are currently viewing Campagne contre les VBG 2025 : 16 jours contre la violence numérique féminine

Campagne contre les VBG 2025 : 16 jours contre la violence numérique féminine

L’Institut National de la Femme (INF) a lancé officiellement la campagne des 16 jours d’activisme contre les Violences Basées sur le Genre (VBG), édition 2025. C’était le mardi 25 novembre 2025 au Golden Tulip Le Diplomate Cotonou. Le thème choisi, « Tous unis pour mettre fin aux violences numériques faites aux femmes et aux filles », met en lumière une réalité en mutation : les agressions se déplacent désormais dans le cyberespace, touchant particulièrement les femmes et les filles.

À l’hôtel Golden Tulip Le Diplomate Cotonou, la cérémonie de lancement des 16 jours d’activisme contre les VB a réuni les plus hautes autorités du pays, dont le président du Conseil Économique et Social, des ministres, des députés, des préfets et des têtes couronnées. Cette campagne annuelle internationale qui démarre chaque 25 novembre (Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes) prend fin chaque 10 décembre (Journée des droits humains). 

La secrétaire exécutive de l’INF, Flore Djinou a ouvert la session en rappelant que la violence a changé de terrain. « Elle ne se cache plus dans les ruelles, elle s’invite dans nos téléphones, nos salons, nos amphithéâtres, nos groupes WhatsApp, nos commentaires », a-t-elle affirmé. Elle a appelé à une solidarité collective comme « bouclier des courageuses ».

Evelyne Dabiré, cheffe de file PTF Genre à l’ambassade du Canada, a souligné l’ampleur du défi. Selon le rapport 2024 des Nations Unies, la prévalence de la violence facilitée par la technologie varie entre 16 et 58 % selon les régions, avec un impact particulièrement fort sur les adolescentes. Elle a rappelé que les violences numériques ne sont pas abstraites : elles brisent des carrières, réduisent au silence et isolent leurs victimes.

Pour sa part, la ministre du Numérique et de la Digitalisation, Adam Soule Zoumarou, a mis l’accent sur les faits préoccupants : la première violence subie par de nombreuses adolescentes est désormais numérique, 99 % des deepfakes non consentis ciblent des femmes, et près de 1,8 milliard de femmes dans le monde ne bénéficient d’aucune protection juridique contre ce type de violences. Elle a toutefois salué le Bénin pour sa législation avancée, notamment le Code du numérique et le nouveau Code pénal, qui permettent de sanctionner ces actes. « Notre code du numérique, la loi 2017-20, pénalise explicitement le cyberharcèlement, l’usurpation d’identité et les violences digitales. (…) Ces outils juridiques, portés par la volonté politique du gouvernement, permettent aujourd’hui de sanctionner les violences, y compris celles qui s’exercent dans l’espace virtuel », a souligné la ministre.

Une invite à continuer la sensibilisation

La ministre des Affaires sociales et de la Microfinance, Véronique Tognifodé, a placé l’événement sous le sceau d’un bilan assumé et d’une mobilisation renforcée. Elle a rappelé que les dernières années ont été marquées par « des victoires remportées (…) des avancées remarquables » dans la lutte contre les violences faites aux filles et aux femmes, grâce à « l’impulsion du chef de l’État, le président Patrice Talon, qui a eu le cœur et l’audace de s’attaquer à ce fléau ». Devant l’ampleur persistante du phénomène, la ministre a insisté sur une volonté politique forte et des outils juridiques désormais disponibles. Elle a appelé à leur utilisation énergique. « Il nous reste encore du chemin pour en finir avec ces violences qui sont sournoisement installées dans notre société », a-t-elle souligné. La ministre a invité l’INF à « continuer à sensibiliser nos filles et nos sœurs pour briser le silence, le tabou, partout, dans les villes comme dans les campagnes, dans les écoles, les universités, comme dans les maisons, dans les marchés, et les sensibiliser aussi pour qu’elles soient informées sur les risques et les dangers du numérique, parce que le numérique n’a pas que des avantages, il y a aussi des inconvénients ».

En déclarant ouverte la campagne, la présidente de l’INF, Huguette Bokpè Gnacadja, a abordé l’impact économique des violences numériques. Elle a montré comment le harcèlement en ligne, la sextorsion ou les attaques ciblées affectent directement les femmes entrepreneures : réduction de visibilité, autocensure, pertes de clients, difficulté d’accès au financement.   « La VBG facilitée par le numérique (…) est aussi un obstacle au développement économique des femmes », a-t-elle affirmé. La présidente a proposé des solutions adaptées aux réalités locales, telles que l’utilisation de messages audio, de chatbots vocaux en langues locales et de formations communautaires pour protéger toutes les femmes, y compris les moins alphabétisées. L’entrée dans une période électorale renforce l’urgence d’une veille numérique contre les attaques sexistes, les manipulations, et la pornographie non consentie. « Ce n’est pas la technologie qui rend le monde dangereux, c’est le silence des justes face à son mauvais usage. Agissons maintenant », a averti la présidente avant de déclarer ouverte ladite campagne.

La campagne, qui se déroulera jusqu’au 10 décembre 2025, combine sensibilisation digitale, radio communautaire, ateliers de self-défense et panels d’experts sur la sextorsion. L’objectif affiché : ériger l’union et la vigilance collective en véritables outils de protection et faire du cyberespace un lieu de créativité et de dignité pour toutes les femmes et filles du Bénin.

Augustin HESSOU

Laisser un commentaire