- (Lire l’intégralité de son verbatim face à la presse le jeudi 18 décembre)
Le jeudi 18 décembre 2025, le président de la République Patrice Talon était face aux journalistes pour une séance d’échanges approfondie sur les grandes questions politiques et institutionnelles du Bénin. Au cours de cet entretien, il a abordé le rôle envisagé du Sénat, la nécessité d’un mandat présidentiel de sept ans pour assurer l’efficacité de l’action publique, ainsi que les moyens de prévenir les tensions et les tentatives de coup d’État à travers un appel à la responsabilité des acteurs politiques. Revenant sur son expérience personnelle et sur les défis du développement national, le chef de l’État a insisté sur l’importance de la sagesse, de la concertation et du temps pour mener des réformes durables, tout en encadrant la vie politique pour protéger l’intérêt général et la sécurité des populations.

L’intégralité de l’entretien du Président Patrice Talon face à la Presse
Cotonou, le 18 décembre 2025
Monsieur le Président de la République, la presse nationale et internationale brûle d’envie de vous rencontrer depuis plusieurs semaines, et pour faire suite à cette demande vous avez bien voulu vous prêter aux questions des journalistes qui ont préféré commencer par l’actualité du 7 décembre et aborder ensuite celle du 14 novembre. Merci.
Le Président de la République Patrice Talon : « A nouveau, bonjour et merci pour votre présence. Je suis heureux de vous retrouver, surtout après la frayeur que nous avons tous eue il y a quelques jours. Vous savez, Dieu aime le Bénin, et nous n’allons jamais cesser de lui rendre grâce pour ça. Alors je suis à vous, on se parle, cash. »
Inès Facia, directrice de BNTV Junior. Les enfants m’ont remis plusieurs questions, mais dans ce lot-là, je vous pose une seule. Ils veulent savoir comment vous vous sentez après le 7 décembre. C’est des enfants qui veulent savoir comment se porte le père de la nation. Aussi simple que ça.
Le Président de la République Patrice Talon : « Merci. Je vais bien. Je vais très bien. Je vais bien, même si mon moral a pris un petit coup, pas pour moi-même, mais pour le pays entier, parce que cet incident, c’est comme ça que je le qualifie, parce que pour moi, ce n’est pas véritablement une tentative de coup d’État, parce qu’il faut bien plus que ça pour soumettre un État entier. Je suis peiné, j’ai été très malheureux, j’ai continué de l’être pour l’image que cela donne de notre pays. Et c’est cela qui, en fait, constitue ma véritable souffrance.
Pour moi-même, je vais très bien physiquement, et mon moral a pris un petit coup quand même, pour cela. Vous savez, nous aimons tous le Bénin, malgré nos divergences, nos heurts, nos disputes, je pense que la quasi-totalité des Béninois étaient loin de penser qu’un tel événement se produirait au Bénin. Cela nous ramène à des dizaines d’années en arrière, mais ça va, je veux espérer que tout le monde va bien également. On dit aux enfants que je vais être très bien. »
Je dois vous dire, avec votre permission, la deuxième question, ils veulent savoir, à votre avis, qu’est-ce qui est important que les enfants et les jeunes du Bénin retiennent sur le Bénin aujourd’hui? À votre avis, qu’est-ce qui est important qu’ils doivent savoir du Bénin?
Que le Bénin est un grand pays, une grande nation, qu’ils soient fiers de leur pays, que même les plus grands pays du monde peuvent subir des épreuves. Ce n’est pas parce que nous avons connu une épreuve douloureuse que cela remet en cause la grandeur de la nation béninoise. C’est notre capacité à réagir, à faire face à ce genre de défis, d’épreuves, qui fait de nous aussi un grand pays. Donc, qu’ils soient fiers du Bénin.
Aboubaka Takou, du quotidien du Bénin libéré et BLTV. Monsieur le Président, le coup d’État heureusement déjoué du 7 décembre dernier est l’œuvre d’un démantèlement de la garde nationale, une essence que vous-même avez inspirée et créée. Et à ce qui paraît, cette garde nationale est l’essence la plus chouchoutée de notre ami national. M. le Président, avec le recul, n’avez-vous pas un sentiment de regret d’avoir constaté que c’est plutôt les enfants de la bonne maman qui ont été à l’origine de cette trahison à l’encontre de la République?
Patrice Talon : « Non, je n’ai pas de regrets du tout. Et je peux vous dire que ce n’est pas la garde nationale qui a opéré l’attaque. Non. Heureusement. Vous savez, dans toutes les communautés du monde, quelle que soit l’époque, il y a toujours des marginaux. On ne peut pas reprocher à la nation béninoise d’avoir en son sein quelques voyous, quelques crapules, quelques marginaux.
On ne peut pas reprocher à la garde nationale, à l’armée tout entière, d’avoir en son sein des crapules. Alors, ce qui aurait peut-être permis de qualifier la garde nationale d’un corps en rébellion, c’est si nous avons pu avoir tout le commandement ou une partie du commandement ou du sous commandement, ou bien une frange importante de l’unité. Mais ça n’a pas été le cas, heureusement. Et ceux qui ont opéré l’attaque n’étaient pas tous, sinon, dans la grande majorité, ils ne relèvent pas de la garde nationale. Ce sont quelques soldats qui étaient en séjour dans le camp de Togbin pour des formations, pour des mises à niveau, assurées par quelques formateurs de la garde nationale. Et je peux vous confirmer que l’armée béninoise tout entière, et notamment la garde nationale, elles ont été extraordinaires.
Elles ont, dans les premières minutes, confirmé leur allégeance à l’État, c’est-à-dire à l’armée, à leur autorité, et ont engagé immédiatement des hommes pour venir au secours de l’État, pour venir porter main-forte, pour mater les voyous. Nous avons reçu un détachement de la garde nationale elle-même, qui est à Déssa à Allada, et un détachement également de la caserne de Ouidah. Toutes les autres casernes ont appelé le son de l’état-major général, ont appelé le commandant de la garde républicaine pour demander la conduite à tenir, savoir s’il faut engager toutes les casernes vers Cotonou pour protéger les institutions, protéger le palais, la résidence du chef de l’état, ou bien si l’incident a été maîtrisé.
En tout cas, toutes les casernes, tout le haut commandement, tout le sous commandement ont réagi dans les minutes qui ont suivi l’attaque. Et moi, ça m’a fait découvrir encore une fois que notre pays a franchi un palier. Vous savez, moi je n’appelle pas ça, limite, un coup d’état, ou autant de coups d’état, c’est une attaque. Parce qu’il y a un coup d’état. Se saisir du pouvoir d’état, oui, qui est, certes, qui est une attaque du genre, mais qui est la possibilité que les différents corps d’armes se rallient, qui est la possibilité que l’opinion publique, encore une frange, bonne frange, se rallie, que les institutions ou les principaux acteurs politiques se soumettent ou se rallient ou fassent allégeance. Mais nous n’avons observé rien de tout cela.
Aucune caserne, aucun membre du haut commandement, du sous commandement, ils ont tous appelé, et je peux vous le dire, et je voudrais que vous en soyez fiers, ils ont tous appelé, et les voyous ont pris même l’outrecuidance d’appeler certains pour demander leur alibi. Ils nous ont tout de suite informé de ces appels-là, et ils ont exprimé leur attachement, leur loyauté à la République. Donc, ce n’est pas la Garde nationale, ce n’est même pas un démembrement de la Garde nationale, ce n’est pas un commandement de la Garde nationale, ni même un sous commandement de la Garde nationale.
Je crois que nous devons garder notre fierté à l’égard de la Garde nationale, et le mois d’août prochain, je serai parmi vous, dans le public ou une partie de la tribune, j’aurai le bonheur, le plaisir, l’honneur de me lever et de les applaudir, parce qu’ils ont été extraordinaires. L’une était ma volonté de limiter les dégâts, quand ils ont fui de la télévision nationale et se sont retranchés dans la caserne, la caserne aurait été bombardée. Les renforts qui sont venus d’Allada, de la garde nationale et de Ouidah étaient en position de bombarder le camp de retrait, c’est-à-dire Togbin.
Nous avons imaginé ce que ça aurait engendré comme dégâts humains, aussi bien dans la caserne qu’hors de la caserne, parce qu’il y a eu beaucoup de jeunes soldats en formation qui n’étaient pas avec eux mais qui ont embarqué. Vous avez dû le constater dans la vidéo qui a circulé à l’occasion de leur prise éphémère de la télévision nationale, ils disaient, je crois, il n’est pas avec nous mais suis-le, suis-le. C’était même ridicule.
Une bonne partie des enfants, des jeunes qui ont embarqué ne savent même pas pourquoi. Vous savez, dans l’armée, quand un chef vous dit, venez, il y a une opération, vous suivez. Par discipline. Donc ils ont embarqué les enfants, les garçons, qui sont venus découvrir sur le site de quoi il s’agissait. Et beaucoup, d’ailleurs, leur ont échappé pour ne pas être mêlés à cette forfaiture. Alors mes très chers, notez que l’armée béninoise et la garde nationale ont joué leur rôle et je continue de la garder, je continue d’être fier à leur égard. »
M. le Président de la République, je suis Paul Danogbé du Média en ligne Africaho. Aujourd’hui, dites-nous, quelles sont les mesures qui ont été prises pour que les Béninois n’assistent plus à ces événements, à ces tristes événements ? J’ai presque envie de dire que vous êtes le plus chanceux dans la sous-région. Quel est le secret du Président Patrice Talon ?

Ben non, je n’ai pas de secret. C’est la nation entière qui, comme je viens de le dire, n’est plus à ce stade du tout. Le Bénin, j’aime bien le dire, c’est peut-être un peu prétentieux, mais le Bénin est déjà un autre pays dans l’autre sous-région. Et certes, il y a eu des failles, c’est vrai. Je manquerais de sincérité si je ne vous l’avoue pas. Nous étions peut-être un peu dans un excès d’assurance et de constat de la paix, de la tranquillité d’un pays dans lequel tout le monde, malgré nos difficultés, nos peines, nos heurts, nos divergences, nos tensions, on pensait que le Bénin était loin d’être sujet à une telle chose. Vous savez, si on prend les grands pays dans lesquels ce genre de choses ne sont plus envisageables, les pays d’Europe, développés, les États-Unis, le Canada et les consorts, ce n’est pas une telle idée qui manquerait à certains de les ressortir.
Il y a bien des gens qui se saisissent d’armes de guerre pour aller braquer une banque, pour aller braquer une bijouterie. Mais il ne reviendrait à personne dans un pays d’aller braquer l’Elysée ou bien la Maison-Blanche. Je suis certain qu’il y a plein de gens qui, le lendemain matin, ont peut-être envie de devenir président des États-Unis ou président de la France par la force.
Ça, on ne peut pas dire qu’aucun Français, aucun Américain, aucun Canadien, aucun Allemand n’est capable d’avoir une telle idée folle. Tous les hommes, ils ne sont pas identiques, quel que soit le temps, qu’elle soit l’époque, quel que soit le lieu, il y a toujours quelques marginaux. Autant, on peut prendre des armes pour aller braquer dans ces grands pays, une banque, une bijouterie.
Autant, même si l’envie existe, personne ne ferait d’aller braquer, comme je viens de le dire, l’Elysée ou bien la Maison-Blanche. Pourquoi ? Parce que si quelqu’un le fait, il est certain, 100% certain, que cela ne va pas prospérer, qu’aucun corps d’armes ne suivrait, aucun commandement ne suivrait, le peuple ne suivrait pas, aucune institution ne suivrait. Donc, il ne pourra jamais jouir du pouvoir, jamais.
Cela peut durer une heure, deux minutes, une semaine, même un mois, si c’est celle-ci d’armes très lourdes pour empêcher les autres corps de venir le saisir, mais jamais celui qui penserait que ce sont des gens qui le feraient ne jouirait du pouvoir. Dans certains pays qui ne sont pas à ce stade, si vous le faites, vous avez peut-être une chance sur dix, sur vingt, sur mille d’en jouir. Il peut y avoir une partie de l’armée qui peut se rallier, une partie de l’opinion peut se rallier, des acteurs politiques peuvent se rallier.
Alors, quand la communauté, une Nation est encore à cette étape-là, ce genre d’événement peut arriver. Mais une communauté, une Nation dans laquelle, tout ce que je viens de citer, les institutions, l’armée, les consorts, jamais ne seraient à une telle aventure, dans cette communauté, il n’y aura jamais de coup d’État militaire ou par la force, jamais. Il faut souhaiter que notre pays, qui vient de démontrer qu’il est un grand pays, reste sur ce palier et que notre évolution, notre émancipation, notre compréhension du monde, de la vie, des règles, les consorts, n’amènent plus jamais aucune frange dans la société significative.
Que ce soit le peuple, que ce soit les institutions, que ce soit les armées, que personne ne puisse jamais adhérer ou faire l’allégeance ou approuver une telle chose. Et c’est pour ça que ceux qui ont eu le courage ou l’outrecuidance, ou ce n’est pas moi qui vais l’appeler, de se réjouir de ça. Comme je viens de le dire, les marginaux ne manquent pas, nulle part au monde.
Il y en a aussi au Bénin. Il y en a même parmi la classe politique. Parmi vous, il y en a. Ceux qui se sont réjouis de cela, ils sont condamnables. On ne peut pas applaudir publiquement un crime. On ne peut pas se réjouir publiquement d’un crime. Mais je pense que plus le temps passera, et plus ce genre de marginaux seront en nombre infime, pour que la nation dans sa globalité soit effectivement une très grande nation.
C’est pour dire que c’est au Bénin qu’il faut apporter le salut de ce qui s’est passé, c’est-à-dire que la tentative n’est pas prospérée. Moi, je n’ai pas de secret particulier. Je suis chef d’équipe pour un temps, ça va s’achever bientôt.
Et nos actions ne portent que parce que les Béninois adhèrent à ce que nous faisons, malgré les divergences qu’on peut observer depuis ici et là. Nous ne pourrons pas dire qu’aucun Béninois n’aura plus jamais eu une telle idée, mais il ne faudrait pas que l’idée puisse prospérer à ce point. Même si très vite, nous avons eu le dessus. Ils ont été chassés de la maison, vaillamment. Même moi-même, je n’ai pas eu peur d’être avec la Garde républicaine, parce que je savais très bien que je ne serais jamais cela ne prospèrerai, que nous ferions face. Ils sont allés à la radio, on les a poursuivis.
Ils ont été délogés très vite de la radio, mais il y a eu un temps qui s’est écoulé entre le moment où ils ont été délogés et le moment où le ministre de l’Intérieur est venu s’exprimer. C’était un week-end, il fallait qu’ils viennent de d’Abomey-Calavi. C’était la personne la plus indiquée.
Mais ceux qui sont allés à la SRTB ont bien vu qu’il n’y avait pas eu de résistance. On les a poursuivis, ils sont partis très vite. C’était des voyous. C’est des voyous de petits terroristes qui ont été manipulés, encouragés par quelques acteurs marginaux politiques du Bénin, et puis quelques personnes étrangères que je me garderai d’évoquer ici, parce que la justice s’est déjà saisie de cette affaire-là. Donc, c’est des petits voyous, des ballotins, je ne sais même pas comment il faut les qualifier. Insensés, qui ont été encouragés, manipulés par des nostalgiques et par des jaloux. Je n’en dirai pas plus.
Je suis Emmanuelle Sodji, correspondante de France 24 au Bénin. Ma question est la suivante. Quelle est votre véritable lecture politique de cette tentative de coup de force ? Et puis, deuxième partie, est-ce que vous craignez que cette nouvelle tentative se produise, sachant que les principaux responsables sont encore en fuite ? Merci.
Ma lecture politique de ce qui s’est passé, je n’en ai aucune. Je fais une lecture sociologique de ce qui s’est passé et non politique. Pour moi, cela n’a pas été engendré par une crise politique. Cela ne pouvait pas déboucher sur une remise en cause de notre orientation politique, non. Donc, je ne tire aucune conséquence politique de cela.
Le Bénin lui-même est garant de notre sécurité, de ce que personne ne peut plus emparer du pouvoir par la force. Ce sont ces choses-là qui sont essentiellement les garants de notre stabilité. Donc, s’il n’y a pas d’assurance que la prise du pouvoir d’État par la force de cette manière ne puisse prospérer, je pense que ce sont des choses qui ne se reproduiront plus jamais.
Nous venons de donner un exemple aux marginaux. Donc, pour moi, Madame, cela ne se reproduira plus jamais, juste parce que les uns et les autres ont pu constater que le Bénin n’est plus à ce stade. Toutefois, comme je viens de vous le dire tout à l’heure, les mesures appropriées pour ne pas perturber la quiétude des Béninois seront prises pour que les intentions du genre ne puissent jamais s’exprimer, que cela reste dans la tête des marginaux et qu’ils ne passent jamais à l’acte, ou même s’ils le tentent, à la seconde d’après, que cela ne puisse pas prospérer.
Gérard Agognon, je suis du journal L’Evénement Précis. Le Parlement de la CEDEAO a pris une résolution condamnant l’attaque et faisant des recommandations tendant à engager un dialogue. Comment vous avez accueilli cela, M. le Président ?

Très bien, la CEDEAO est dans son rôle, c’est appréciable qu’un genre d’attaque soit condamné. Il est également du rôle de la CEDEAO d’appeler à la concorde, à la discussion, à la paix dans tous les pays où quelque chose paraît remettre en cause l’ordre constitutionnel, donc politique. Il est évident que la communauté internationale invite le Bénin, invite le président de la République, les acteurs politiques à ne jamais emprunter cette voie pour régler un problème qui pourrait être politique, qui pourrait l’être. Donc c’est évident que la CEDEAO nous demande, au besoin, d’engager des dialogues pour que ce ne soit jamais par les armes que nous réglions nos différends.
Ceux qui ont peut-être encouragé ces enfants et garçons à faire une telle chose et qui ont peut-être des raisons politiques, sont également concernés par ce genre de message. Vous avez beau avoir des divergences avec le pouvoir en place, l’État ou l’autorité en charge, à l’instant, vous ne pouvez pas faire, encourager, inciter les gens à aller s’attaquer à l’État. Donc c’est un message d’ordre général que je prends avec honneur et humilité. Merci.
Bonjour Monsieur le Président, je suis Joël TCHOGBE de Peace FM. Alors ma question c’est de savoir, est-ce que vous pensez que les dysfonctionnements ou les défis de gouvernance peuvent faire le lit à des intentions malveillantes, des tentatives de putsch et ensuite, quelle est la mission de l’armée étrangère qui a été sollicitée pour venir en renfort à l’armée béninoise ? Merci.
Aucune œuvre humaine n’est parfaite. Donc ce que vous qualifiez peut-être de dysfonctionnement de l’action publique, c’est vous qui le dites, je ne sais pas si le mot est approprié. Il n’y a rien, aucune action, nulle part au monde, qui soit capable de faire l’unanimité, aucune action humaine.
Même le créateur ne fait pas l’unanimité. À plus de raison, les hommes et l’action humaine. Donc ce qui a pu, dans le courant de l’action publique, dans le mandat ou les mandats qui se sont écoulés, ne pas plaire à certains ou aux autres, ont pu porter même parfois préjudice à toi ou à raison. Certains peuvent être de nature à ce qu’ils soient souhaités que le président, le chef d’équipe décède. Pourquoi pas ? On peut dire oh là là, si une mort emporte celui-là, mes peines seraient finies. C’est pareil, vous savez, quelqu’un qui pense que la rigueur de l’État, la rigueur des institutions est imprimée par le chef et qui lutte de manière implacable contre la corruption. Et si quelqu’un vide la corruption, il peut souhaiter que tout cela s’arrête par la disparition du chef. C’est humain, c’est humain. Donc pour moi, ce qui a pu se passer, même si des acteurs politiques que j’ai qualifiés de marginaux ont pu encourager les enfants et les garçons à le faire, je ne considère pas que cela est lié à une dérive de l’action publique de l’État, dérive de l’autorité en charge de notre destin commun pendant l’instant actuel, que cela soit lié à un dysfonctionnement.
Je ne sais pas ce qui serait ce dysfonctionnement-là, donc je ne fais pas cette lecture comme je viens de le dire. Alors, pour ce qui est de l’intervention de l’armée de l’air du Nigéria, c’est un peu vers midi qu’après avoir analysé la situation, en discussion avec les responsables militaires, le patron de la garde républicaine, le chef d’état-major général qui était en France, qui a dirigé les opérations de loin et qui s’apprêtait à prendre le vol et venir à Cotonou, c’est après avoir échangé avec eux que nous avons décidé de faire appel à une frappe, à un pays susceptible de nous aider à faire une frappe chirurgicale. Parce qu’ils se sont retranchés à Togbin avec des armes lourdes, avec des blindés.
On avait neutralisé un des blindés devant la télévision nationale, mais ils sont retournés dans la caserne avec des blindés. Vous savez, dos au mur, ils peuvent encore faire des bêtises, c’est-à-dire commencer dans la caserne à tirer, à faire n’importe quoi, sachant que la cause était perdue. Nous avions nous aussi positionnés des blindés non loin du camp pour les convaincre, résoudre à déposer les armes.
On ne peut pas être certain que des gens qui ont fait une telle folie soient quelques minutes après capables de raison et disent « bon, laisse tomber ». Il se pourrait qu’il y ait des échanges qui feraient beaucoup de dégâts. Dans le quartier de Togbin, la base est au cœur de Togbin. Je ne peux pas être prenant le public, c’est parce que j’ai été éprouvé à quelques minutes que je vais dire peu importe les dégâts que ça va occasionner, peu importe les vies innocentes qui pourraient être perdues.
Nous avons dit qu’il ne faut surtout pas que les affrontements entre l’armée loyaliste, l’armée tout court, et ces voyous engendrent encore des pertes en vie humaine. On avait déjà perdu deux personnes. À cette heure-là, je savais déjà que l’épouse du général Bada était déjà décédée, je le savais déjà.
Je savais déjà qu’on venait de perdre un des soldats de la garde républicaine. Je venais de voir un deuxième qui a reçu une balle qui a brisé complètement le bras. Donc pour moi, nous étions en train de perdre déjà trois personnes.
Est-ce que ces voyous, il faut les bombarder, les anéantir et les tuer ? Nous avons aboli la peine de mort au Bénin. Nous n’allons pas, par nos armes, tuer des gens qui sont dans le crime. Il faut les arrêter, les condamner, mais pas les tuer.
Il ne faut pas non plus tuer d’autres soldats qu’on savait très bien dans le camp, mais non partisans de cette affaire-là. Quand je venais de vous dire « Suivez-les, suivez-les, ils ne sont pas avec nous », on savait déjà qu’il y avait plein de gens dans le camp qui n’étaient pas avec eux. Des gens dans le camp nous appelaient.
On a eu des appels de soldats dans le camp qui disaient « Mais non, on n’est pas concernés, ce qui se passe n’est pas bien », et comme ça, qui n’étaient pas avec eux.
Il faut préserver ces villes-là. Nous ne disposons pas d’aéronefs susceptibles de faire des frappes ciblées pour détruire un ou deux de ces blindés, parce que c’est leur seule arme, c’était ça. Ce sont des armes puissantes, en face desquelles il fallait déployer la même force de frappe.
C’est vrai, nous étions en supériorité. Toute l’armée béninoise, avec une vingtaine de garçons, c’est vite fait. Mais il y aurait dans tous les cas, si on avait utilisé nos armes, il y aurait des dégâts.
Il y a un type d’armes dont le Bénin ne dispose pas. C’est des aéronefs susceptibles, très haut, de faire une frappe millimétrée. Peut-être que, les temps à venir, nous allons l’acquérir. Mais vous savez, nous venons de loin, et nous consacrons nos ressources à nous assurer du minimum. Notre stratégie de lutte contre le terrorisme, de préservation de la sécurité intérieure du pays, requiert des acquisitions assez spécifiques. Les terroristes n’utilisent pas des blindés.
Nous ne pensons pas que le Bénin irait un jour en guerre contre les pays voisins. Si on a beaucoup d’argent, on achèterait tout et n’importe quoi. On n’a pas beaucoup d’argent.
On achète ce qui est utile, important, impératif pour nous. Avoir des avions qui coûtent très cher, à l’achat, à l’entretien, à l’utilisation, pour tirer sur des blindés, autant le Nigéria peut disposer de cela, autant ce ne serait pas raisonnable que le Bénin investisse des centaines de milliards pour acheter de telles armes, même si l’utilisation peut s’avérer nécessaire à certains moments de la vie, comme vous venez de l’observer. Pour préserver Togbin, le quartier et la vie humaine, il fallait faire appel à une telle arme pour neutraliser un ou deux blindés de tête afin qu’ils comprennent qu’ils sont totalement nus et qu’ils leur rendent.
Vers midi, nous avons décidé de solliciter le Nigéria. Nous savions, le commandement militaire béninois savait que nos amis nigériens disposaient de tel équipement. On leur a fait appel via la CEDEAO, via le président Bola Tinubu lui-même en personne.
Et nous avons opéré les formalités nécessaires de la journée pour que ce soit une intervention qui se fasse dans le cadre de la CEDEAO, normée, bien précise, et nous avons dit dans quel cadre nous voulions le faire, et nous avons rassuré les mêmes nigériens que cela éviterait beaucoup de pertes en vie humaine. Le président Bola Tinubu a été rassuré de cela. Parce qu’il ne faut pas, pour neutraliser une dizaine de gars, vingtaines, tuer des centaines d’autres.
Donc, c’est exclusivement à cet effet que nous avons sollicité les appareils qui sont venus opérer. Ils ont fait deux frappes. Cela suffit pour que ce qu’on espérait s’est bien passé.
C’est la débandade. Donc, nous avons eu raison d’avoir fait ce choix-là. Le président de Nigéria a souhaité envoyer une troupe terrestre. Vous savez, quand vous êtes éprouvés, il est de bon ton de ne pas refuser l’aide, même si vous n’en avez pas besoin. Les règles de courtoisie requièrent cela. Vous êtes éprouvés, on vous dit qu’on va vous aider.
On envoie des hommes. Mais si vous n’en avez pas besoin, vous dites merci. Donc, on a reçu les troupes terrestres qui sont arrivées vers minuit. Ils ont dû monter. Alors qu’on n’a pas besoin de ça. J’avais déjà… j’étais déjà passé à la télé moi-même dire que les Béninois pouvaient vaquer à leur occupation le soir même.
Pourtant, l’armée nigériane est venue par voie de terre à minuit. Nous avons installé. Cela montre que la coopération fonctionne bien, une fois de plus. Tout cela montre bien que on peut toujours compter sur la coopération internationale s’il y a besoin.
Bonjour Monsieur le Président. Ozias SOUNOUVOU de Bénin TV. Merci de nous avoir assurés sur le maintien et la préservation du pacte républicain qu’on salue aujourd’hui. Cependant, le pays a reçu un coup pour son image. Pascal Tigri et son escouade rapproché sont toujours en fuite. Permettez d’insister sur la question d’Emmanuel Sodji. Est-ce que vous redoutez une nouvelle tentative et est-ce qu’on peut savoir où il se terre si vous ne pouvez pas pour le moment nous parler des complicités du voisinage ? Où est-ce qu’il se terre ?
Moi, je ne le crains pas, le récidive de la chose. Et même si ça devait se faire, soyez tranquilles, peut-être que personne ne saura parce que ça n’ira pas à ce point-là. C’est vrai qu’ils sont en fuite et c’est vrai que nous voulions qu’ils déposent des armes, qu’ils se rendent. Et pour ne rien vous cacher, à un moment donné, nous avons eu Pascal Tigri au téléphone. Le patron de la Garde républicaine lui a parlé au téléphone.
Il lui a dit, garçon, c’est une folie ce que tu fais. Rends-toi, dépose des armes. Il a dit, non, il ne faut pas sous-estimer ma capacité d’usage, ce n’est pas ce qu’il a dit. Non, mais nous voyons que vous voulez nous bombarder. J’espère qu’à un moment donné, ils étaient déjà dans la demande d’un apaisement eux-mêmes. Alors, quand le concerné montre déjà ses faiblesses, il dit, mais ne nous bombardez pas.
Vous comprenez donc que nous ne pouvons pas aller plus loin. Et quand, effectivement, nous les avons réduits et ils ont commencé par fuir, deux choses d’une. Certains ont fui avec leurs armes, qu’ils ont jetées après dans les caniveaux, dans les rues de Togbin.
Puisque nous avons reçu des armes, la population nous a emmené des armes après. Quand ils fuient comme ça avec des armes, vous les poursuivez, c’est l’échange de tirs. Le risque encore de mort devient réel. À l’instant où vous poursuivez quelqu’un qui est armé dans un quartier dansement peuplé. Nous ne savons plus si on avait donné le feu vert aux hommes de la poussière de tirer sur eux, quand ils ont commencé à faire le mur, quand certains se sont mis en civil. Certains se sont mis en civil et sont sortis du camp sous des motos.
Moi, j’ai donné la consigne de ne pas abattre qui que ce soit en fuite. Parce qu’il y a déjà eu un premier lot qui s’est enfui. Quand ils sont arrivés dans le camp, Tigri lui-même est parti du camp en civil et en voiture. Il a abandonné les garçons, il l’a su, il est sorti du camp. Quand la frappe a eu lieu, il n’y était plus. Donc, ceux qui se sont enfuis, tant mieux, nous les recherchons.
Nous avons retrouvé certains parmi eux, mais certains ne sont pas très retrouvés et sont, je crois, ont eu la facilité de quitter le territoire. Parce que vous savez très bien que la convivialité, la bonne cohabitation entre nos deux pays, la CEDEAO, même si parfois ce n’est pas le papier, ce n’est pas la réalité, entre les populations, c’est une réalité. Les échanges ne sont pas totalement libres entre les populations sur les frontières.
Et il n’y a pas que les points de passage officiels qui permettent d’aller du Bénin au Nigeria, au Niger, au Burkina ou au Togo. Donc, ils ont pu passer les frontières. Nous avons lancé les mandats d’arrêt contre eux. Nous avons sollicité les pays concernés pour coopérer et nous les livrer. Je vais espérer qu’ils vont coopérer et qu’ils vont nous livrer ces voyous-là. Parce qu’il faut qu’ils en répondent. Mais je continue de vous dire que c’est moins mal que ce soit un fuit que de les poursuivre de façon à beaucoup de victimes dans Togbin.
Rachida Oussou de BIP Radio. Si vous me permettez, j’aimerais aborder le deuxième thème de cette conférence. J’aimerais évoquer trêve politique. Est-ce que vous pouvez nous expliquer comment ça va marcher et est-ce que ça ne pose pas problème dans un pays démocratique ? Merci.
J’ai donc promulgué hier la loi portant révision de la Constitution.
Et c’est vrai que dans la nouvelle disposition, il y a, je vais le dire abusivement, l’instauration d’une trêve. Mais en fait, ce n’est pas nouveau, madame. Dans le dispositif politique électoral du Bénin, ça, tout le monde le sait, la campagne électorale, en vue du changement des équipes politiques, que ce soit exécutives parlementaires ou aux identifiés locales, la campagne électorale, dans les textes qui organisent les élections aujourd’hui, la campagne ne peut s’ouvrir que, je crois, deux semaines avant le scrutin.
C’est ça, les textes existants. Donc, théoriquement, dans les règles, dans les textes qui organisent la compétition politique, on n’est en campagne électorale que deux semaines avant les élections, avant les scrutins. Et si vous lisez la nouvelle disposition de la Constitution, c’est tout ce qui a été dit.
On dit que la critique par les acteurs politiques est permise, elle est même normale, elle est souhaitée. C’est dans la Constitution. Il faut que les acteurs politiques, notamment ceux qui ne sont pas en charge, puissent commenter, critiquer l’action de ceux qui sont en charge pour qu’il y ait amélioration, pour qu’il y ait des propositions alternatives, pour qu’il y ait des solutions. Parce qu’on ne peut pas dire que ceux qui sont en charge d’une fonction politique ont la science infuse, et qu’à eux seuls, ils détiennent la vérité. Donc, le principe même de la critique de l’action publique est consacré dans la Constitution, dans la nouvelle disposition, et de manière permanente. Il ne faut pas vous laisser entraîner par l’image d’un mot.
J’utiliserais plutôt l’image, mais pas le contenu. Parce que le mot « trêve » paraît très fort. Mais dans son contenu, la trêve ne concerne pas la critique de l’action publique.
Mais nous savons très bien que personne ne respecte les deux semaines de campagne que prescient nos lois. Et c’est pour ça que nous avons voulu mettre le doigt là-dessus. Utiliser un mot fort pour interpeller les consciences, pour dire qu’on ne peut pas être en campagne toute l’année, tout un mandat durant.
Un président qui a été élu un jour J, pour cinq ans, ou sept ans bientôt, ou peut-être dix ans, peut-être on ne sait jamais, ou peut-être pour deux ans ou trois ans. Nous sommes dans un modèle des élections générales. Quand un système, un régime est mis en place qui concerne l’ensemble des diverses fonctions politiques, parlementaires, exécutives ou locales. Il ne faut pas qu’aussitôt après les élections, la campagne redémarre pour les élections qui auront lieu cinq ans après.
Et c’est ça qui a été redit de manière plus forte dans la disposition qui prescrit qu’on ne peut pas faire campagne tout le temps. Et nous avons élargi la période de campagne. On permet même que la campagne a lieu, au lieu de quinze jours avant les élections, elle a lieu même un an avant les élections.
On en est plus ou moins que ce qui existait. Au Bénin, désormais, si un scrutin une élection a lieu le 1er janvier 2027, à partir du 1er janvier 2026, on peut commencer la campagne. Mais pas avant.
Et c’est cette période où on ne permet pas aux acteurs politiques d’être en campagne que nous appelons trêve. Il n’y avait pas un mot pour le désigner précédemment. Nous avons utilisé le mot pour que ce mot soit utilisé avec sa force pour que les uns et les autres sachent et s’engagent à ne pas être en campagne tout le temps. C’est tout. C’est ce que veut dire la trêve. Nous en faisons un foin terrible parce que nous sommes habitués à ce que même quand les textes existent, on ne les respecte pas.
Il suffit qu’on mette le doigt dessus, qu’on dit, oh là là, vous nous interdisez de parler. Mais la disposition constitutionnelle consacre que la critique soit permanente.
Barnabas Orou Kouman, journaliste et promoteur du groupe de presse Daabaaru. Nous sommes à Parakou. Merci beaucoup, Monsieur le Président. Au lendemain du vote de la loi portant à la révision de la Constitution, le gouvernement a fait une tournée dans le pays pour expliquer aux populations le contenu de cette nouvelle loi. Qu’est-ce qui ressort de cette tournée ? Est-ce que ce sont les rapports qui vous ont été faits qui ont permis à ce que plus tard vous promulguiez finalement cette loi ?
Je vous remercie. Moi, j’ai été consulté par les partis politiques. Cette loi qui a été votée n’a pas été votée dans mon dos. Je vais vous le dire. J’ai été consulté et le ministre de la Justice a participé au débat. Et nous avons fait des amendements. Donc, ce qui a été voté était parfaitement en phase avec notre vision. Je change beaucoup avec les partis politiques qui appuient l’action gouvernementale. Je n’exerce pas la fonction tout seul. Je suis en consultation permanente avec les partis politiques qui nous accompagnent. Et d’ailleurs, des lois à caractère politique ne peuvent pas être votées sans qu’il y ait quand même une certaine discussion, convergence de points de vue entre les acteurs politiques qui soutiennent l’action du président et lui-même. Je ne vais pas me dérober sur la question.
J’ai été bien informé. J’ai participé à sa rédaction. J’ai même fait des suggestions d’amendements. Vous savez, les dispositions de la révision de la Constitution sont quelque chose de sensibles. Vous me direz, pourquoi on n’a pas fait ça avant ? Moi, je vais vous dire une chose. Ça me caractérise, même si tout le monde le sait déjà.
C’est quoi le rôle d’un leader ? C’est quoi le rôle d’un leader ? Un leader politique ? Un leader religieux ? Un leader social ? Un leader d’une cause donnée ? C’est quoi son rôle ? C’est de réfléchir à ce qu’il faut. Et de le partager, certes, avec sa cible, ses concitoyens, quand c’est un leader politique. Mais aussi, c’est surtout d’oser proposer des solutions aux problèmes qui se posent à la communauté.
Donc, un leader, ce qu’on attend d’un leader, ce n’est pas simplement tout le temps d’aller recueillir ce que veut la communauté pour mettre en œuvre. Point bas. Et sinon, quel est notre rôle ? Quelle est la compétence ? Quelle est l’énergie ? Quel est le savoir-faire ? Quelle est l’expérience que nous mettons au service de nos concitoyens si nous ne pouvons rien leur proposer ? J’estime qu’il est de notre devoir de faire l’analyse de nos conditions de vie, de notre environnement international, national, et de proposer les solutions les plus indiquées pour que le pays avance.
Si je dois attendre que les solutions viennent de mes concitoyens qui, dans leur quotidien, s’occupent de ce qui les concerne directement et que ce pour quoi ils m’ont élu, ce pour quoi ils ont élu le député, il faut qu’on se dérobe pour aller leur demander sur telle situation, qu’est-ce qu’il faut faire ? C’est une faillite. Non, il ne faut pas se dérober. Nous pouvons voter une loi et rendre compte.
Je crois que c’est ce qui a été fait. Le temps que nous avons mis à promulguer n’est pas lié à la réduction de comptes. Il fallait que la Cour constitutionnelle se prononce sur la conformité de la loi par rapport à la Constitution. Mais j’ai voulu, par respect au peuple, j’ai voulu quand même que tout de suite, dès que la loi a été votée, j’ai voulu que le peuple soit informé de cela, nonobstant la procédure de validation par la Cour constitutionnelle en ce qui concerne la constitutionnalité de la loi.
Le Séant ? Quel sont ses pouvoirs réels ? Beaucoup pensent que c’est une institution que vous avez créée qui se place au-dessus des institutions qui existent et que c’est également pour placer le futur président de la République sous tutelle. Et est-ce que vous êtes le futur président du Sénat ?
Le Sénat tel qu’il a été défini paraît une invention béninoise. N’est-ce pas ? J’ai entendu dire qu’il n’y a aucun élu au Sénat, que le Sénat n’a aucune légitimité. Pourtant le Sénat a un rôle important. Je veux vous dire que c’est vrai que chacun imagine, invente ce qui lui convient, ce qui conforme à ses besoins, à son histoire, à sa réalité. Mais il est rare que les idées même les plus belles, les plus innovantes ou novatrices relèvent d’une exclusivité. Dites-vous une chose, quand vous pensez à quelque chose de très bien, quelqu’un a déjà pensé à ça.
C’est rare qu’on soit vraiment les seuls à avoir une idée novatrice. Le fait que ce soit un Parlement de gens désignés, de compétences, d’expériences, de sagesse, existe ailleurs dans le monde ? Vous le savez, non ? Le Bénin n’est pas le seul pays dans lequel le Sénat est composé à 100% de personnes désignées, aucun élu. Le Canada. Le Sénat du Canada, il n’y a aucun élu dedans. Ils sont tous désignés. Ce n’est pas le Canada qui nous a inspirés.
C’est vrai que la connaissance du monde peut parfois nous amener à faire des analyses de manière circonstancielle. Le rôle qu’on a voulu donner au Sénat requiert que ce soit un Sénat de personnalité pour jouer ce rôle tampon, pour jouer ce rôle d’apaisement, pour jouer ce rôle de régulateur de la vie politique. Au Bénin, il n’y a aucune institution qui régule, qui apaise, qui tempère les ardeurs politiques.
Ce n’existe pas. Et pourtant, c’est notre plus grand problème. Ce sont les heurts politiques qui créent les histoires.
Ce sont les différences politiques qui empêchent l’action politique efficace. Il n’est pas inutile qu’il y ait dans la République un Conseil des sages. Nous avons appelé le Sénat parce qu’il a quand même un petit rôle législatif.
Et le thème consacré pour les institutions qui partagent avec l’Assemblée le pouvoir législatif, ce thème standard, c’est le Sénat. S’il n’y avait aucun, s’il n’y avait pas le moindre rôle législatif dans les attributions du Sénat, on aurait pu l’appeler le Conseil des sages. Mais, tel qu’on l’a défini, le Sénat a également un autre rôle législatif parce qu’il y avait un vide dans le dispositif Béninois, dans la Constitution, en ce qui concerne les divergences entre le Parlement et le gouvernement.
Vous savez, au Bénin, le président de la République, le gouvernement, peut également initier des lois qu’on appelle projet de loi. Le Parlement initie une proposition de loi. Dans tous les cas que ce soit projet venant du gouvernement, venant du président de la République, ou proposition venant des députés, c’est le Parlement béninois seul au Bénin qui vote la loi.
Une fois que la loi est votée, si le président de la République n’est pas d’accord avec certaines dispositions qu’il estime non pertinentes pour l’action publique, pour la gouvernance du pays, pour l’efficacité de l’action publique, le président de la République peut demander une deuxième lecture. À l’occasion, il demande que telle ou telle disposition soit modifiée dans tel ou tel sens. Il peut suggérer même d’introduire de nouvelles dispositions dans la loi qui a été votée.
Et le Parlement se réunit une seconde fois et une dernière fois sur la loi en question pour prendre en compte, pour analyser, pour examiner les demandes du président de la République. Le Parlement est autonome, souverain. Il a beau recevoir les demandes du Président, il a beau recevoir ses commentaires, le Parlement peut ne pas suivre la demande du président de la République.
Et voter la loi telle qu’elle, telle qu’elle a déjà votée la première fois, ou voter différemment, en tout cas, peut ne pas donner suite à la demande du président de la République. C’est la réalité législative au Bénin. Mais nous sommes dans un régime présidentiel où l’ensemble de l’action publique, de développement, d’organisation, de sécurité, de financement, tout cela relève des prérogatives du président de la République.
Quand il y a divergence majeure entre le président de la République, entre le gouvernement et le Parlement, il peut y avoir un blocage. Et on l’observe dans les grands pays où ils ont un système bipolaire, où le pouvoir est véritablement partagé entre un Parlement, le gouvernement de la France, le Parlement et le président de la République. Ce n’est pas un régime parlementaire, c’est un régime présidentiel qui partage son pouvoir exécutif avec la majorité parlementaire.
Il peut y avoir des blocages terribles. Le pays n’est pas dans un régime du genre, mais quand même, les lois peuvent être votées sans l’approbation ou sans prendre en compte les demandes ou les exigences du président de la République. C’est bien pour la démocratie, mais parfois pour les pays comme le nôtre, ça génère des paralysies ou ça génère des perversions.
Et c’est surtout les perversions qu’il faut craindre. Pendant longtemps, pour ceux qui ont la mémoire des choses, pour voter les lois au Parlement, ce sont des valises d’argent qui vont à Porto-Novo. Vous avez oublié ça, apparemment. Pourtant, ça date d’à peine 10 ans. On en parlait de manière confortable. C’est devenu quelque chose de courant.
Ça ne gênait plus personne. Les lois, toutes les lois pratiquement, les lois majeures, notamment si c’est une proposition de loi venant du gouvernement, il faut payer avant que le Parlement ne vote. Si c’est une proposition de loi dans laquelle le président ou le gouvernement a un intérêt particulier sur une disposition particulière, elle a beau être pertinente, s’il ne paye pas, ce ne sera pas voté.
Les valises d’argent circulaient entre Cotonou et Porto-Novo. Tout le monde le savait. Et ça nous convenait bien. Nous étions tombés dans une perversion qui est devenue quelque chose de sport national, comme la plupart de nos travers. Mais j’ai été très vite confronté aussi à cette demande-là. J’ai dit, pas avec moi, pas question.
C’est fini, ça. Moi, je suis venu pour réformer. Et c’était une des raisons pour lesquelles j’avais dit, je ferai un seul mandat de réforme et ça me suffira parce que j’ai considéré qu’il fallait combattre nos tares, nos perversions, nos vulnérabilités et que cela allait améliorer l’action publique. La bonne gouvernance allait instaurer la bonne gouvernance. J’ai combattu, j’ai refusé. Mais ce n’est pas n’importe qui qui résiste à ça.
Mais j’ai entrepris, moi, honorablement, de parler avec la classe politique entière, tous les partis existants, y compris le FCBE d’alors, en proposant un pacte, en proposant qu’on travaille ensemble. Une partie a accepté, d’autres ont reçu le dictat de leur chef, mais j’ai réussi à recomposer une majorité au Parlement pour accompagner l’action publique. Je ne peux pas, parce que moi, je suis chanceux, parce que je suis parfois un peu kamikaze, je ne peux pas voir des imperfections, des choses graves qui génèrent des travers et un partant dit bon, tant pis, moi, je m’en suis sorti, le reste, on verra bien.
C’est mon pays. C’est le pays de mes enfants, de mes petits-enfants, de vos enfants, de nous tous, de mes concitoyens, les gens de mon village, les gens du village voisin, les gens du village lointain, bref, c’est le pays de mes concitoyens. Et si Dieu me donne une longue vie, je serai béni encore peut-être pendant quelques années et je vais subir la gouvernance de mon pays.
Je ne peux pas voir quelque chose qui mérite d’être corrigé, quelque chose qui est une faiblesse, une tare, une perfection et laisser ça ainsi. C’est pour ça qu’on a suggéré qu’il y ait un organe qui soit capable d’arbitrer entre le président de la République et le Parlement en cas de blocage, au cas où une loi serait votée par le Parlement.
Le président de la République demande une deuxième lecture. Le Parlement ne tient pas compte de la demande du Président. Donc, il y a deux positions.
Et cela peut être une loi importante. C’est vrai que les lois de finances, la Constitution a prévu les voies et les moyens pour contourner les blocages. Mais il y a plein d’autres lois qui sont d’importance pour la République et qui parfois font l’objet de blocages entre le Parlement et le gouvernement.
Nous avons dit qu’il peut y avoir un Conseil de sages, de sachants, des gens qui ont été au Parlement, qui ont été dans la fonction, qui ont été dans la Constitutionnelle. Ce sont des personnalités diverses qui peuvent examiner la demande du Président, La loi votée par le Parlement est dit, le Parlement a raison, le Président de la République a tort, ou bien le Président de la République a raison, c’est le Parlement qui a tort. Un tel organe peut permettre, si le Président de la République a des observations, des demandes qui vont dans le bon sens, qui sont d’intérêt général, un tel organe peut permettre que cette loi soit votée, soit promulguée selon les demandes pertinentes du Président, afin que ce ne soit pas des considérations politiques mesquines, qui empêchent la mise en œuvre de quelque chose qui est bon pour le pays.
Nous considérons que, ne regardez pas le Sénat à l’entame, imaginez le Sénat dans 10, 15, 20 ans, un organe du genre qui rassemble autant de personnalités, qui ont été dans ce genre de fonction, forcément a quelque chose de plus que le gouvernement lui-même, quelque chose de plus que le Parlement lui-même en matière d’appréciation de l’intérêt général. Un tel Sénat peut être un bon arbitre, parce qu’il se prouve aussi que le Président de la République va y faire quelque chose qui ne soit pas de l’intérêt général, ou bien qui soit purement relatif à un calcul politique. Voilà l’une des raisons pour lesquelles nous avons dit que le Sénat peut avoir un petit rôle législatif.
Le Sénat ne peut pas reformuler la loi. Il peut simplement dire que telle position paraît plus conforme aux intérêts de la Nation, que telle position donne raison à l’une des positions. Et quand le Sénat arbitre, la disposition ou la loi, ou les dispositions de la loi qui ont reçu l’arbitrage du Sénat s’imposent.
Et en ce moment, le Président est tenu de la promulguer, ou sinon la Cour constitutionnelle proclame la loi exécutoire. Voilà un aspect qui relève de ce que je sais, de la fonction que j’ai exécutée pendant bientôt dix ans. Le Sénat également peut demander parfois une deuxième lecture.
Le Parlement a voté une loi et le Sénat estime qu’il y a telles et telles dispositions qui ne sont peut-être pas suffisantes, pertinentes, ou qui ne vont pas dans le bon sens. Le Sénat peut demander au Parlement, je vous suggère d’examiner telle ou telle chose. Vous votez la loi.
Si le Parlement vote la loi à nouveau, sans tenir compte des observations du Sénat, le Sénat ne peut rien faire. Le Sénat s’incline, parce que le Sénat n’a pas véritablement le pouvoir législatif direct. Il peut arbitrer, il peut conseiller, mais il ne peut pas voter une loi.
Donc, si l’Assemblée nationale n’est pas favorable aux observations du Sénat, l’Assemblée vote en son armée consciente, souverainement. Et maintenant c’est une affaire entre l’Assemblée et le Président de la République qui sont les deux qui détiennent la légitimité du pouvoir législatif et exécutif. Voilà pourquoi nous avons instauré le Sénat.
Il y a une troisième prérogative, mission du Sénat, c’est d’appeler de temps en temps les acteurs politiques à la raison. Vous savez, on me dit que la Cour constitutionnelle est déjà un organe qui régule la vie politique, mais ce n’est pas vrai. On dit que les acteurs politiques peuvent répondre devant la loi de ce qu’ils font, mais on ne répond pas souvent devant la loi, les acteurs politiques, de nos actions politiques.
Il y a plein de choses que le politique peut faire, peut dire, qui ne soient pas condamnables au pénal, mais qui peuvent porter un préjudice grave à la nation entière. Tout à l’heure, je vais vous donner deux exemples. La Cour constitutionnelle ne statue que sur la conformité des textes, des lois, des règlements par rapport à la Constitution.
La Cour constitutionnelle ne statue pas sur le caractère politique, le caractère pertinent des actes, des lois et autres, jamais. Or, l’action politique qui induit l’action publique conditionne notre vie. Vous me direz, comme le peuple a voté pour le Parlement, il a voté pour le président de la République, peu importe ce qu’ils font.
Mais est-ce que c’est mauvais d’instruire un organe pour des fois dire aux gens, rappeler les gens à la retenue, rappeler les gens à l’ordre, conseiller les gens ? Un exemple. On interdit les filets qu’on appelle pour la pêche, il y a un filet, un équipement de pêche qu’on appelle « Mèdokpo konu ». Ça dit, vous faites la pêche avec ça, vous ramassez tout. Les menus fretins, y compris même les alevins.
Tout, tout, tout, vous ramassez tout. Et quand on utilise ce genre d’équipement, on appauvrit le plan d’eau, le cours d’eau. Et la pêche finit par, la richesse de l’outil finit par mourir complètement. Donc, l’État régule et empêche les équipements qui ne sont pas conformes à l’intérêt général. Un homme politique, conseiller communal, député, ministre, non. Parce qu’en général, les règles, en un moment, sont fixées par le gouvernement, et un ministre qui fait ça, il va être démis tout de suite.
Mais, vous prenez un acteur politique, chef de parti politique, conseiller communal, ou député, qui dit à ses parents, dans sa localité, « Ne faites pas attention à cette règle, à cet arrêté du ministre, des histoires, continuez de pêcher avec votre filet « Mèdokpo konu ». C’est un acteur politique, ce n’est pas un citoyen ordinaire. Donc, c’est une personnalité du pays. C’est une personnalité qui est écoutée, qui aspire à gouverner, ou soit qui a déjà gouverné, donc qui exerce une certaine influence sur la population.
Et il appelle la population à ne pas tenir compte de ça. Un maire prend un arrêté pour interdire le prélèvement du sable, du gravillon, dans une carrière, en disant que cette carrière a atteint un niveau où continuer déstabilise l’environnement. Il dit interdit, interdiction de prélever, continuez à exploiter cette carrière.
Un homme politique arrive et dit à ses parents, il dit n’importe quoi lui, continuez. Alors, qu’est-ce qui va se passer ? Si la personne continue, elle va répondre devant la loi après. C’est elle qui va payer, qui va être sanctionnée par la loi.
Si le pêcheur continue d’utiliser son équipement de pêche et qu’il est confondu de cela, c’est lui qui va être pénalisé. Et parfois, il va y avoir une rébellion sur l’eau. La police fluviale va sur l’eau pour contrôler le filet, et les populations vont se soulever contre la police fluviale.
Coups, blessures, désordres, et même parfois pertes en vie humaine. Le véritable auteur c’est qui ? C’est l’homme politique. Mais aller devant la justice, en pénal, correctionnel, c’est un délit.
Il appelle les gens à ne pas respecter la loi. Vous êtes magistrat, on vous présente un acteur politique qui a appelé les populations à ne pas respecter la loi, contester la loi. Et il va dire non, moi je n’ai absolument pas critiqué la loi.
Mais il conteste la loi, il soulève les gens contre la loi. Vous ne pouvez pas le condamner pénalement. C’est du mal. En plus, un acteur politique. Voilà les limites. Je ne suis pas un juriste, moi je ne suis pas magistrat et consort, mais je vis au quotidien ce genre de choses, je suis face à ce genre de situation.
Où un homme politique va dire ça, et il va être devant la loi, mais ce n’est pas lui qui a fait la bêtise. Ce n’est pas lui qui a pêché avec un filet. Lui, il a simplement dit aux populations, mais j’estime que le texte de loi, le règlement, ou l’arrêter, consort, était excessif ou bien n’est pas pertinent.
Et consort, je n’ai dit que ça. Mais ça, ce n’est pas condamnable. C’est n’est ni un délit, ni un crime. Il faut que les juges aillent très loin pour aller trouver la culpabilité pénale d’un tel comportement politique. Et ça fait des dégâts énormes dans nos communautés. Il y a des choses qu’un citoyen lambda peut dire, tant qu’il n’a pas un frein, il n’a pas commis un délit, il peut continuer de le dire.
Parce qu’on n’arrête pas les gens, on ne pousse pas les gens, juste parce qu’ils disent cette loi-là, moi je ne vais pas la respecter. Et si quelqu’un nous dit ça, on ne lui fera rien du tout. Il conteste la loi alors qu’il n’a pas le droit.
On n’a pas le droit de contester les textes, les règlements, les lois d’une république. On peut les critiquer, on ne peut pas les contester. Pour les contester, il faut aller devant les juridictions qui ont la compétence de recevoir les contestations et de statuts qui vous disent, ah, le citoyen a raison, telle loi, tel règlement, tel décret n’est pas conforme à l’ensemble des dispositifs positifs légaux de notre pays.
Mais en dehors de la contestation devant les juridictions, théoriquement, théoriquement, personne n’a le droit de contester l’autorité de la loi, des règlements, dès lors qu’ils sont en vigueur. Donc, que les citoyens, même si on ne doit pas le faire, qu’ils contestent l’autorité de la loi, des règlements, on ne peut pas mettre les gens en prison pour ça. Mais qu’un acteur politique, une personnalité politique qui a de l’influence, qui aspire à gouverner, qui a même déjà gouverné, fasse de telles choses, ce n’est pas pénalement qu’il faut régler ça, il faut régler ça politiquement, il faut l’appeler à la raison.
Il faut qu’il y ait parfois, comment dire, un observatoire qui dit tel ou tel, ce que vous faites pour un politique, pour un chef de parti, pour un ministre, pour un député, pour un conseiller communal, ce n’est pas bien parce que vous remettez en cause l’ordre global. Le Sénat a aussi ce rôle-là, de pouvoir interpeller les acteurs politiques sur des choses qui sont contraintes à l’intérêt général, qui sont contraintes à la sécurité, qui sont contraintes à la paix. Quand un homme politique dit, moi je vais appeler les miens, vous venez ici, vous allez vous affronter sur le terrain.
D’un homme politique, ce n’est pas bien. Mais est-ce que vous allez poursuivre un pénal pour ça ? Parce qu’il a dit, je vais appeler les miens, vous venez s’affronter. Non. Ce n’est pas tout qui est pénal. Il faut éviter aussi d’amener les acteurs politiques systématiquement devant la loi parce que ça crée trop de problèmes. Ce qui n’est pas convenable politiquement.
Il faut qu’il y ait un organe pour leur dire, ce n’est pas bien ce que vous faites. Ne faites plus ça, ne dites plus ça. Et si les personnes refusent, récidivent, vont jusqu’à demander qu’il y ait un coup d’État, vont jusqu’à demander qu’il y ait la guerre civile, vont jusqu’à demander que les populations s’affrontent. Là, on peut dire, alors là, vous exagérez. On peut prononcer même sanctions politiques contre ces personnes-là. C’est tout.
Nous mettons en place dans notre pays des dispositions qui accompagnent notre dynamique de développement, la compétition politique, l’activité politique, comme dans tous les autres domaines, où quand on est dans un métier, il y a des codes de déontologie, il y a des lois, des règlements qui les organisent, qui sanctionnent. Il n’y a qu’un politique où aucun texte, aucun règlement, aucune institution n’appelle à recadrer l’activité politique, l’action politique ou le propos politique. Ça n’existe pas au Bénin.
C’est le seul métier. On peut faire ce qu’on veut et il n’y a personne qui peut vous rappeler à l’ordre. Si vous êtes médecin, infirmier, artisan, policier, je ne sais pas quoi, Zémédjan et consort, votre activité est réglementée.
L’activité politique, non. Vous pouvez faire ce que vous voulez. Vous pouvez appeler les gens à se tuer. À la limite, on ne vous dira rien. Est-ce que c’est un tort de proposer qu’il y ait un Conseil de sages qui appelle les uns et les autres à la raison pour que nous vivions plus en harmonie et que l’action politique publique soit efficace et non chaque fois objet de conflits, de guerres. Voilà, mesdames et messieurs, l’intérêt du Sénat.
Je pense qu’il serait bien que nul ne se dérobe. Que nul ne se dérobe. Que toutes les personnes qui ont servi ce Bénin, ce pays, qui ont une certaine personnalité, une certaine expérience, une certaine notoriété, acceptent, pendant qu’ils sont encore un peu vigoureux, d’être dans ce Conseil du sages.
Moi, je ne vais pas me dérober. J’espère que personne ne se dérobera. Personne. Ce n’est pas très contraignant d’être dans ce Conseil, dans ce Sénat, pour donner son opinion, pour apprécier ce que font les uns et les autres, pour conseiller et pour apaiser, pour servir, de tampons. Non. Je pense et je veux l’espérer que toutes les personnes visées vont accepter de siéger au Sénat, y compris moi-même.
Monsieur le Président, je suis Éric Guédenon de Canal3 Télévisions. La loi que vous avez promulguée, il y a la question des mandats. C’est vrai qu’on ne doute plus de votre volonté de faire jouer le Bénin dans la Cour des grandes nations. Cependant, aucun grand pays démocratique majeur n’a instauré 7 ans. Pourquoi le Bénin a fait l’option de 7 ans ?
Le Bénin aspire à être dans la catégorie des grands pays. Les grands pays font 5 ans et le Bénin fait 7 ans.
C’est comme si nous, on recule, on se met dans la catégorie des pays qui… Non, je vais vous dire pourquoi. J’ai eu, en 2016, à proposer à mes concitoyens qu’on instaure un mandat un peu plus long que 5 ans, mais un mandat unique. Parce que j’ai dit que 5 ans, c’était trop court pour agir efficacement et pour avoir un résultat.
C’est trop court. Mais j’ai dit que la quête d’un second mandat permettrait l’action courante. Parce qu’on a les yeux rivés sur le second mandat et on est un peu même populistes. C’est pour ça que j’ai proposé les deux choses. Allonger le mandat pour avoir un temps plus long pour l’efficacité de l’action publique, mais un seul mandat pour ne pas être conditionné par le besoin de renouvellement. 10 ans après, et ayant été à la charge, je peux vous dire que je ne suis plus que jamais convaincu que 5 ans, c’est trop court.
Surtout, surtout, si ce n’est pas un mandat unique. C’est un paradoxe, mais c’est pareil. Surtout si ce n’est pas un mandat unique, 5 ans est trop court. Parce que celui qui est élu pour un premier mandat, s’il a un nom politique, il voudrait forcément un second mandat. La vocation politique ne s’exprime pas seulement pour exercer la charge de la fonction une seule fois. Vous le savez tous très bien, la plupart des acteurs politiques qui postulent pour être le président de la République, ils voudraient bien faire le nombre de mandats qu’il faut, 2, 3 ou 4 si possible.
Donc, le fait de vouloir un second mandat requiert que le premier ait un bilan. Si vous faites un premier mandat qui n’a pas de bilan, vous ne pouvez pas solliciter de vos concitoyens de vous reconduire dans la charge. Mais comment on fait pour avoir un bilan visible au bout de 5 ans ? On ne fait que des choses visibles en apparence, mais qui manquent souvent de profondeur et de qualité.
Une telle situation pousse les gouvernants, le président de la République, le régime dans la précipitation et tout ce qui est fait est bâclé. Sans études, sans compte d’expertise, sans donner le temps qu’il faut aux entreprises pour exercer, quand c’est des travaux, c’est une réforme, tout ce qui relève de la somme publique est fait de la précipitation. Parce qu’on veut, au bout de 2 ou 3 ans, avoir un résultat visible.
Les pays qui font 4 ans, les grands pays, 4 ans, 5 ans, c’est des pays dans lesquels tout est déjà fait. On va prendre l’exemple des États-Unis qui font 4 ans. L’exemple de la France qui est passée de 7 ans en 5 ans.
Mais quand vous écoutez les attentes des populations aux États-Unis, en Allemagne, en Italie, en France, c’est quoi l’attente des populations ? Quelle est leur demande face aux acteurs politiques ? Quand vous écoutez l’offre politique des acteurs politiques italiens, espagnols, français, canadiens, américains, quand vous écoutez l’offre politique de quoi ils parlent, vous n’entendrez jamais les populations françaises, américaines ou italiennes demander de l’eau à leurs acteurs politiques. Il nous faut de l’eau, il nous faut de l’eau, jamais. Qui a déjà entendu ça une fois dans les réclamations des populations en France ou aux États-Unis ? Jamais.
Vous n’entendez jamais demander de l’électricité. Ils ne demandent jamais la route. Ils ne demandent jamais les hôpitaux. Ils ne demandent jamais les écoles. Même pas les universités. Peut-être les centres de recherche.
Pourquoi ? Parce que l’eau, ils l’ont déjà depuis longtemps. La route, ils l’ont depuis longtemps. L’électricité, les gens naissent avec ça, ils ne s’imaginent pas que ce soit un bien particulier.
C’est une banalité. Vous n’entendez pas les gens dire, de ma région, je veux une université. Les gens ne demandent pas ça. Les populations vont dire, nous voulons lutter contre l’immigration. Pour qui on va voter pour qu’ils combattent l’immigration ? Pour qui on va voter pour qu’il assure notre sécurité dans les quartiers, dans les villes ? Sécurité. Lutter contre l’immigration. En même temps, nous ne voulons pas aller à la retraite à 65 ans, on veut continuer à la retraite à 60 ans. Les choses qui relèvent du confort de vie et non des fondamentaux de survie même d’existence. Nous sommes sur deux planètes différentes.
Nous sommes dans deux mondes différents. Le président américain, jamais ne quelqu’un lui demandera, eux, électricité qu’on soigne, l’école qu’on soigne, jamais. Lui, il va parler d’impôts.
Il va parler d’immigration. Il va parler de la rivalité avec la Chine. À la limite, on peut élire un président américain pour un an. C’est suffisant. Parce qu’on veut qu’il prenne des mesures tout de suite contre l’immigration. Un décret suffit. Une fois qu’il a pris le décret, il peut dire bye-bye. Il a satisfait les besoins de son électeur. Une fois qu’il a fixé le taux de douane sur ce qui doit venir de la Chine partout, il peut dire bye-bye, c’est fini.
Donc, le temps d’action pour un président américain, un an peut suffire pour qu’il satisfasse les besoins de sa population. Un an peut suffire. Si vous allez en France, il faut qu’on mette de temps à un gouvernement pour voter la loi, prendre un décret pour mettre la retraite à 60 ans, soit en 65 ans, soit en 70 ans.
Il ne faut pas 2 ans, il ne faut pas 5 ans. Il faut qu’on mette le temps pour prendre un texte pour modifier les conditions d’immigration en France. Pas du temps.
Alors, nous imitons des gens qui n’ont pas du tout le même problème que nous. Alors que pour construire des routes, on attend de vous dans chaque localité, qu’il y ait des routes dans chaque localité. Si vous faites ça ici, vous ne faites pas ça là-bas, après les 2 ou 3 ans, vous aurez des élections, ils ne voteront pas pour vous.
Vous n’aurez rien à faire pour eux, pour la route. Moi, je suis arrivé, j’ai espéré qu’au bout de 5 ans, j’aurais atteint 90%, 90% de couverture en eau potable. C’était mon plan, c’était ma volonté.
On était engagés là-dedans. Il y a encore des endroits où on dit, mais on a demandé de l’eau, on est venus ici en campagne, on n’a pas eu l’eau. Certains n’ont pas eu de marché, pas eu de stade. Nous avons une course contre la montre. Ça a été terrible. Moi, j’ai pris 20 ans en 5 ans. Oui, ce n’était pas comme ça il y a 10 ans. Et quand je regarde ma coupe de vieillesse, je vois que je suis sorti de la courbe. J’ai vieilli plus vite que je devais l’être.
Mais c’est pour dire que le temps de l’action efficace est beaucoup plus long que le temps de la réédition des comptes, le temps politique. Mais quand les gens vous demandent des centres de santé, les gens vous demandent des écoles, les gens vous demandent de l’eau, c’est d’une telle urgence. Mais malheureusement, si au bout d’un ou deux ans, vous n’avez pas fait ça, les populations ne comprennent pas que le temps imparti n’est pas suffisant, qu’il faut beaucoup plus que ça.
Vous vous rappelez, j’ai invité les femmes ici, tantôt pas, ici à la présidence. Je les ai invitées, j’ai dit, tantôt pas, on ne peut pas rester là indéfiniment. Insalubrité, incendie, c’est plus conforme au commerce.
Dans 20, 30, 40 ans, le Bénin sera à 50 millions d’habitants. On ne peut pas garder tantôt pas là. Vous allez accepter de partir de là. Ça fait huit ans. Dantokpa pas n’a pas encore déménagé. Pourtant, nous sommes acharnés au travail.
Ceux qui connaissent la zone peuvent aller voir. Mais il a fallu des études en telle matière, il ne faut pas des études n’importe comment. Des expertises, des contre-expertises, des financements, des contrats d’entreprise. Nous sommes en fin de mandat. Ça a été l’une des priorités de mon action en termes d’infrastructure marchande. Neuf ans après, Dantokpa pas n’a pas déménagé encore.
Même si les travaux sont finis. Nous avons décidé que le bitume goudron allait partout au Bénin. Je n’ai jamais réussi à le faire en cinq ans. Jamais.
Mes chers amis, si nous passons notre temps à imiter, à copier les autres, nous n’allons jamais réussir à faire ce qu’ils ont fait dans le passé quand les conditions étaient différentes, quand ils avaient le temps plus long. Nous faisons un saut dans l’avenir avec nos besoins qui datent du Moyen-Âge.
Et nous voulons utiliser les mêmes outils, les mêmes tests, les mêmes temps que ceux qui ont fini avec ça il y a 50 ans, il y a 100 ans, il y a 200 ans. Si nous voulons que nos hommes politiques, les présidents que nous allons élire, ne fassent pas un remake de Maria-Gléta, je leur donne le temps de l’action. Maria-Gléta a été un échec pour deux raisons essentielles.
La précipitation. Le président Boni Yayi, je pense qu’il a lui aussi voulu qu’il y ait de l’adversité. Pourquoi ? Parce que c’est des choses qui, dans votre bilan, vous qualifient.
Tellement ils étaient pressés qu’ils se sont adressés à des gens incompétents. Ils n’ont pas le temps d’apprécier la compétence de ceux qui leur ont fait des études. Ils n’ont pas eu le temps de demander des contre-expertises pour voir si c’est pertinent, sur les choix technologiques qui ont été proposés.
Les vendeurs d’illusions, il y en a partout dans le monde. Vous êtes pressés, on va vous vendre n’importe quoi. On a donné un temps de réalisation qui était trop court.
Même si la corruption a été un élément. Mais je pense que l’élément fondamental d’un tel échec c’est le défaut d’études pertinentes, le défaut du temps nécessaire pour une bonne expertise, le défaut du temps nécessaire pour la construction d’une unité fonctionnelle qui marche et qui est capable de traverser le temps. Et des erreurs comme ça, on en a commis partout. Vous avez vu les vidéos sur l’Assemblée nationale Porto-Novo. Qu’on ne peut pas habiter par ce trop dangereux qui a été démoli maintenant.
Les études ont été défaillantes. Quelque chose a été construit sur la base d’une étude qui avait beaucoup de faiblesses.
Donner 7 ans à un régime est un temps moyen suffisant pour avoir des résultats. Quand on regarde le minimum de temps requis pour la plupart de ce qui relève de nos besoins, les besoins de nos populations, on me dira, mais quand le président il est mauvais, 7 ans ce n’est pas trop long. Là également on a tort.
Quand le temps est court, il ne permet ni aux mauvais de faire quelque chose, ni aux bons de faire quelque chose. Que vous soyez bon ou mauvais, quand le temps est court, vous ne faites rien. Quand le temps est long, suffisant, celui qui est bon fera quelque chose.
Celui qui n’est pas bon ne fera rien, mais ça ne change rien pour celui qui est mauvais. Donc le président qui n’est pas bon, le gouvernement qui n’est pas bon, que le temps soit suffisant, ou trop court, ou trop long, il ne fera rien. Mais il ne faut pas qu’à cause de lui, on vote une disposition qui empêche ceux qui sont bons de faire des bonnes choses.
Non, on regarde le mal pour empêcher le bien de se faire. En fait, voilà la disposition philosophique qui nous guide ici, dans les pays où nous sommes confrontés, au manque de confiance, au manque d’efficacité. Comme peu de gens sont bons, alors on met en place des dispositions qui empêchent tout le monde d’être bon.
Non, donc, ce n’est pas parce que de temps en temps, la communauté aura des présidents qui ne sont pas bons, qui ne sont pas efficaces, qui ne sont pas pertinents, qui n’ont pas de bonne vision, ce n’est pas pour ça. Il faut considérer que jamais il n’y aura de bon président, et en conséquence, on met des textes en place qui ne donneront jamais la possibilité à quelqu’un de bien espérer, de faire des choses pour satisfaire nos besoins.
Voilà pourquoi j’ai estimé que, partant de la fonction, j’estime que ce que je peux faire de bien pour mon pays, c’est de relever tout ce que j’ai pu constater pendant mes deux mandats, tout ce que j’ai pu analyser. Mais quand même, j’ai parfois l’esprit assez critique. Je parviens à observer.
Mais tout ce qu’il faut comme solution pour transformer l’essai, pour que le Bénin aille plus loin, plus vite, plus efficacement, plus durablement pour les temps à venir, je me suis permis de dire, voilà, de ce que j’ai pu observer, ce qui nous permettra de transformer l’essai. De ne pas avoir été dans cette fonction pendant dix ans et partir sans laisser quelques indications pour ceux qui vont se quitter. Ce n’était pas à mon profit. Ce sera au profit de personne, ce sera au profit du Bénin.
Agapit Napoléon MAFORIKAN, de la télévision privée commerciale E-télé Bénin. M. le Président, je voudrais juste rebondir sur les 7 ans toujours, mais concernant les maires et les députés. Cette fois-ci, sept ans renouvelables, une fois. Pour le Président, c’est limité. Une fois, ça peut se comprendre. Pourquoi pour les élus locaux et pour les députés, ce n’est pas limité ? Merci, M. le Président.
Le fait de limiter le nombre de mandats pour des élus qui ne sont pas dans l’exécutif parce qu’on aura appliqué le même principe qu’on a adopté pour le Président de la République, c’est une erreur pour deux raisons suivantes.
Nous sommes dans un régime présidentiel. L’action publique est exercée par le Président de la République. Tout ce que je viens de dire, le bilan, le temps d’action, l’efficacité dans le rôle, l’énergie qu’il faut pour mettre tout ça en œuvre, c’est requis pour le Président de la République, mais ce n’est pas requis pour un député.
Est-ce qu’on est d’accord ? Nous sommes en fait dans deux champs différents de compétences, deux champs d’exigence, deux champs de disponibilité différents. Ce qui justifie qu’un Président ne puisse pas rester longtemps parce qu’il va s’extérioriser, il va se fatiguer, sa vision, il va rester enfermé dedans, il ne va pas pouvoir faire les connaissances qu’il faut, il est dans l’action. Et pour ça, il ne faut pas qu’un homme s’éternise au pouvoir.
Mais par contre, le député le plus efficace, qui va avoir le plus de pertinence dans l’Assemblée parlementaire, c’est le député qui a de l’expérience. Et on peut l’observer. Les parlementaires sont plus pertinents dans les analyses, dans les suggestions, dans les propositions, dans les analyses comparées, quand ils ont de la matière, quand ils ont de l’expérience.
Nous, on prive le pays de ce que les gens ont pu capitaliser comme expérience politique et qui est requis dans l’action parlementaire, et qui est requis dans l’action législative. Voilà une raison suffisante pour dire qu’on a appliqué les critères de la première République aux autres, alors que ce n’est pas du tout la même chose. La deuxième raison, c’est la démotivation que cela peut générer dans l’animation de la vie politique et dans la l’appartenance au parti politique.
Celui qui ne peut plus être un élu, il est démotivé, il n’est plus engagé, il n’est plus actif. Est-ce qu’il faut un renouvellement systématique des acteurs politiques ou bien il faut qu’il y ait un renouvellement mérité ? Est-ce que c’est parce que d’autres attendent qu’il faut nécessairement dire ceux qui ont déjà été acteurs politiques quitter la scène, que les autres montent ? C’est une façon d’amener, de faire la promotion, non pas par le mérite politique, mais par simplement le principe de renouvellement systématique. Ce n’est pas en toute chose dans la vie que le renouvellement systématique est un bienfait, est pertinent.
Il y a bien des domaines dans la vie où il ne faut pas renouveler les gens de manière systématique. Un médecin qui est à capitale de l’expérience, il dit qu’il est trop vieux, qu’il doit le remplacer dès qu’il sort de l’école. Si on fait ça, on va tuer la qualité de la médecine.
Vous direz qu’on n’a pas raison, mais je peux vous dire que si on veut que les partis politiques se renforcent, restent dans la durée, concourt à la stabilité politique, concourt à la continuité de l’action publique, il faut que ce soit les populations qui décident pour qui ils vont voter. Il faut que ce soit les parties politiques qui décident de qui va monter de rang, de cran, de palier, à raison de son intelligence, de son génie, de son engagement, de son militantisme et de ses mérites, au lieu de rendre cela systématique. On a fait une erreur, et j’estime que celui qui est bien né doit pouvoir corriger ses erreurs sans qu’on ne lui répète deux fois.
Merci, M. le Président de la République. Franck Ahounou de Canal 3. Je voudrais savoir quel est le contenu de la critique qui est consacrée par la Constitution. Qu’est-ce qu’on y met concrètement ? Merci.
On n’y met rien du tout. La critique, c’est la critique. Seulement que la Constitution recommande aux acteurs politiques, notamment ceux qui ne sont pas en charge à un moment T, elle leur recommande qu’en critiquant, de proposer des solutions.
Si vous dites qu’une chose n’est pas bon, vous êtes un acteur politique. Parce que c’est facile de dire, vous prenez un test pour organiser la pêche, ce que vous avez dit n’est pas bien, vous ne voulez plus qu’il y ait des filets de tel type, vous avez pris un règlement, arrêtez de le faire, ce n’est pas bon, vous avez raison, voilà plutôt la solution qui permet de régler le problème de non-approvisionnement de nos cours d’eau. Mais si vous dites que ce n’est pas bon, ne faites pas ça, ne le faites pas, ce n’est pas bon, ce n’est pas pour un acteur politique, ce n’est pas bien.
D’autant que nous voulons que par la Constitution, on veut réserver aux acteurs politiques la gouvernance du pays. On les privilégie, on dit ce sont les partis politiques, ce sont ceux qui ont un parcours politique qui vont gouverner le pays. Alors si on leur donne ce privilège, il faut aussi qu’on leur dise quels sont les contre-partis qu’ils vont avoir, critiqués mais proposés.
Même pour l’humain que nous sommes, critiquer sans proposer, c’est de l’insulte. Ou alors, quand vous critiquez, vous dites, je ne sais pas comment il faut faire, mais je pense qu’il y a peut-être mieux à faire. C’est déjà une façon différente de la critique que souvent les acteurs politiques n’ont pas.
Donc, cher monsieur, la Constitution n’a pas limité le champ de la critique. Elle recommande simplement aux acteurs politiques qu’ils puissent de temps en temps faire des propositions quand ils trouvent quelque chose n’est pas bien. Elle recommande également à l’exécutif de mettre en place un cadre de concertation avec les acteurs politiques d’opposition pour que ceci n’est pas que la rue, n’est pas que les médias pour leur proposer des alternatives à leurs choix d’actions publiques.
Donc, la Constitution a recommandé deux choses. A celui qui est dans l’exécutif, de créer un cadre de concertation et recommande à celui qui n’est pas dans la charge de pouvoir faire des propositions concrètes quand il estime que l’action n’est pas bonne, mais la critique est libre. Et pour les politiques, et pour les citoyens, simple. Merci.
Je voudrais, avant de vous adresser mes vœux de manière formelle, vous souhaiter bonne année, vous des médias et de la presse. Le Bénin fait son chemin.
Nous allons souhaiter que 2026 nous apporte davantage que les années passées. Bonne santé à tous, du métier, et qu’il y ait un peu plus de réalisme.

